XIX- SIÈCLE
PIE vu.
CCUU* PÛJHTIFE. — M 1799 A
Barnabe Chiakahonti, né à Césène, moine bé-'
nédictin, cardinal romain, créature de Pie YI,
fut élu pape â Venise, le i4 mars 1800. Il prit
le nom de Pie , comme son prédécesseur, et TÎt encore en ce moment, âgé de quatre-vingts
ans.
La vacance du Saint-Siège dura sept mois, prolongée de la sorte par les circonstances où se trouvaient rEurope,et surtout Tltalie. Il est très-certain (quoique Ton veuille maintenant défigurer la vérité ) , que la vacance aurait duré bien plus long-
«9^ temps , sans la détermination de Napoléon Bonaparte, alors premier consul de la République française. Ses efforts se dirigeaient vers les moyens d'étouffer les anciennes divisions, et de réunir la nation aux idées générales du bieo commun* Il pensa qu'il pourrait facilement en venir à bout, en rétablissant leculte catholique public, presque totalement éteint depuis les temps malheureux de Robespierre, et en remettant dans Rome un souverain pontife avec qui l'on put traiter l'affaire, ensorte qu'il n'y eût point d'obstacle an séjour .des prêtres constitu*tionnels avec ceux qui avaient refusé le serment , auxquels il permit de rentrer en France. En con- . séquence , il facilita la réunion des cardinaux à Venise , afin qu'ils fissent , en pleine liberté , l'élection d'un souverain pontife. Ce fut Pie YII, et son cœur serait ingrat, s'il niait qu'il doit à Napoléon Bonaparte la liberté de son élection et la paisible possession de son siège à Rome.
Le premier consul continua à suivre le plan qu'il s'était formé, et concerta avec Pie YII les moyens de rétablir le cuite public , de maintenir le clergé , et de soumettre à des lois fixes les rapports de l'Eglise gallicane avec le chef de la reli«gion catholique. On établit un règlement ^ et Pie YII l'approuva, en comblant le premier consul de louanges pompeuses. Dans le bref de confirmation, Pie YII canonise Napoléon, et lui donne les noms d'homme juste y de restau^rutewr de (0
«97 retigian catholique en France , et de ptûteete%iT spécial du cuite public. Que Ton dise maintenant ce qu'on voudra, d'après le changement des circonstances , le fait est que Napoléon a opéré ce que Pie YII a confessé alors , et que s'il ne Feùt pas voulu , la France était dans la position de res* ter tranquillement sans culte public , et seulement avec le culte particulier que chacun se procurait. Les Français voulurent élever leur premier consul à la dignité d'empereur, et Pie VU se transporta, de Rome à Paris^ volontairement , pour Je couronner, ce qu'il effectua avec une pompe incomparable. Les affaires politiques prirent» dans la suite, un autre aspect, et l'empereur dépouilla Pie YII de la souveraineté temporelle des Etats Romains. Voilà la véritable source des nouvelles discordes. Je ne suis pas surpris /{ue Pie YII en ait conçu du ressentiment , parce qu'il n'est pas agréable au cœur humain de se voir privé des honneurs temporels <lont il est en posse^sipn. Mais , ce qui doit étonner, c'est que Pie YII entreprit de couper les relations spirituelles , comme si nous eussions été dans les temps voisins du mauvais exemple de Grégoire VII. La çondyite subséquente du pape envers Napoléon, prouva que les conseillers intioies de sa cour étaient im-* bus des mêmes idées que dans le onzième siècle , et qu'ils , voulaient , par des moyens spirituels indirects , réduire l'empereur à lui restituer se9 an-
ciens domaîiics tempords, ou mettre la nation française dans le cas de se soulever, sous préteite de la rel^ion. De semblables moyens ne sont pas conrpatibles avec les lumières actuelles, ni avec l'exemple des saints papes anciens, qui jamais, pour des motifs humains , ou pour obtenir des biens séculiers , ne se refusèrent au ministère pastoral des âmes.
Napoléon a perdu son empire, el la cour de Pie VU a mmifesté des passions toisines de la vengeance.
Elle a refusé dVxpédier les buttes de rarcheTéché de Paris et d'autres éréchés , à ceux qui avaient été nommés par Napoléon, conformément au Concordat. Gela est d'autant plus remarquable^ que Sa Sainteté avait déjà préconisé les mitres en faveur de ceux qui avaient été nommés ; et certes, en cela il ne faisait que ce qui était juste , puisque tout individu présenté a le droit d'y être confirmé) à moins qu'il n'en soit formellement indigne.
La mort naturelle du patron ne peut détruire leSet des présentations faites dans un temps légitime; tout le monde sait qu'il en est de niéuie dans le cas de mort civile.
Par suite des malheurs de Napoléon , Ferdinand Vil règne en Espagne. Pendant la révolution, H y eut des prêtres séculiers et réguliers qui, renonçant à la douceur sacerdotale et â la tran-
quillité ecclésiastique, abandonnèrent leurs églises
«J9 peut se faire chefe de bandes. ^ prenaient k litige de délenseur» de Fa Mberté espagnole contre finvaaioD des Français , et ils passaient lewr vie à tiwr et à piBer , nen pas les Français y devant qm ils fuyaient (à moins qu'ils ne les trouvassent écartés et seuls }^ mai» tes Espagnols euiE-mémes, sous préteste de leur adbéston vraie ou supposée aïs roi Joseph. H suffisait, povir cdta, d'être riche, ou présumé t^; car ils regarcfeient avec in*différence ceux qui n'avaient pas d^argent R y eut quantité de moines quf,)etant}eflre€, prirent te même parti , et ces derniers , aimi que les pré-' tres^ {oignirent aux crimes d'assassHis et de vokurs , celui de la kmure la plus effrénée et de la vie la plus scand^ieuse dans tous les sens. Comme ils avaient Fair d'agir en faveur de lia cause de Per* dinand , le pape a regardé avec une bénignité sans exemple , les crimes de ces monstres , dont Fhis^ toire publiera penf^tre un jour les iniquités , et, » la demande de Ferdinand, il a expédié une buUe de dispense pour toutes les irrégularités et pour toutes les censures qu'ifo ont encourues. Ceci est contre toutes les dispmitions des canons et contre l'exemple de ses prédécesseurs Léon X , Adrien YI et Clément YII, qui ordonnèrent de poursuivre eriminellem^it Tévéque de Zamora et to«s les prêtres ou moines qui avaient pris les armes dans fe guerre civile, appelée la guerre des coTnmtmeSy sous le régne de Chaffes-Quint. tf est
3oo pourtant très-certain qu'ils ne le firent que pour la défense légitime de la liberté espagnole, et qu'ils commirent moins de critnes que les bri-gands ou guériHdê de la dernière révolution espagnole.
La conduite de Pie VU est d'autant plus éton« nante, qu'il s'est même refusé à faire passer au roi Ferdinand le plus léger oflice en faveur des ecclésiastiques qui, pour éviter la mort dont les menaçaient ces mêmes bandes, se sont réfugiés en France, sans d'autres délits que d'avoir blâmé et détesté la conduite et l'imposture des mauvais prêtres et des moines guerriers. Un autre sujet d'étonnement encore plus fort , c'est de voir que, contre les principes ordinaires de la cour romaine, le pape permette que la puissance temporelle dé-* clare vacante les prébendes des absens , au mépris de la nature perpétuelle de la collation canonique.
La manière dont la cour de Pie VU s'est conduite depuis sa réintégration dans son ancienne souveraineté , ne lui fera pas honneur dans l'his^ toire. Une des clauses du traité de paix générale de l'Europe , a été que personne ne fût inquiété pour ses opinions politiques, quand bien même il eût été partisan du gouvernement précédent. Pie yil , en qualité de vicaire du dieu de paix , de miséricorde et de bonté, était obligé d'accomplir cet article avec encore plus d'exactitude que les autres souverains : malheureusement il est arrivé
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tout le contraire; Tempcreur de Russie, les rois d'Angleterre et de Prusse et d'autres , que Pie VII traite d'hérétiques et de schisma tiques^ ont manifeste les vertus chrétiennes de la modération et du pardon des offenses , de la manière la plus héroïque, et la cour du chef de TEglise catholique a exercé ses vengeances contre des hommes d'un mérite éclatant envers la patrie , seulement parce qu'ils avaient témoigné leur satisfaction de la voir délivrée du joug ecclésiastique.
L'histoire ne pardonnera pas non plus aux sou* verains , auteurs du traité de paix , l'injustice et la mauvaise politique d'avoir remis les Etats Ro* mains sous la domination papale. La Russie, la Prusse, l'Angleterre, et les autres puissances, sa- Taient qu'elles se sont séparées de la communion de FEglise romaine, seulement à cause des désordres nés de la réunion du pouvoir temporel d'un territoire particulier, avec le pouvoir spirituel et universel sur tout le monde chrétien; et, après ^avoir extirpé la racine du mal, ils la replantent de nouveau, pour qu'elle produise les chardons et les épines des discordes, qui subsisteront autant que le vice de l'ambition de Rome et cette restitution Tétemiseront. S'ils croyaient que l'existence d'un souverain particulier pour les Etats romains était nécessaire pour leur politique, pourquoi ne les donnaient -ils pas au roi d'Etrurie? N'est-ce pas une chose honteuse , que le refus
jde Tendre la Toscane et le 4iiché de Parme â cette branche de raiigustc fsiixiiUe des Bourboas, â qui jls étaient dÙA de droit?
Pie VII viant de jpublier une buUe qui lui donnera mne bien naauTai^e note dans rfalstoire* Il a t'établi Tordre des Jésoites supprimé par Clémeat .XIV, à la demande de tous les souverains de la .famille r4>yale des Bourbons et de plusieurs aatrei, |Mir des motils infiniment justes, puissans et trais. Non content de cela, il est devenu ie panégyrùle des jésuites « dans un autre bref adressé a Fatlinand VU , dans lequel il le comble d'éloges, poar . an>ir accueilli £siVorablement les jésuites , lui annonçant que leur nouvelle admission lui attirera de grandes félicités, et en ajoutant en mtoe temps ^e les accusations portées contre eax avaient été calomnieuses. Pourquoi u'a-t-il pas parcouru a«^paravant aes a|tchiv«s pontificales? N'y aurait41 pas trouvé complètement prouvés tous les délits du Paraguay et ceux de la Cbîae, en &veur des rites id<dâtres? Ne oonserve-t-oa pas, â Lid>onne9 des preuves de conjuraUan . contre le rot de Portugal? Ne trouve^t-on {ms, dans les arcUves de Paris, leur intervention coasl;atée dans les régicides des juonarques BouriK»ii? N'y a-t41 pas, À Madrid, une infinité de dociimens rassemblés par le conseil extraordtfiaire, pour faire voir les maux qu'ils avaient causés eo Espagne? Que l'on lise leurs ouvrages imprimés,
où ils ont déposé les témoignages de leur doctrine sur le régicide, sur le serment avec des restrictions purement intérieures, et tant d'autres désordres moraux , qui contribuaient à accroître le pouvoir et la richesse de leur corporation , sans considération pour les moyens qui pouvaient les faire réussir ! Que la cour de Pie YII dise, après cela, que tout ce qu'on impute aux jésuites est une calomnie ! Elle ne le dirait pas , et ne fermerait pas Toreille aux recherches de la vérité, sans le quatrième vœu que font les jésuites d'obéir en tout à la volonté du pape : d'où il résulte que ce sont les plus forts agens du despotisme pontifical.
Enfin Pie YII, considéi^é comme individu , est personnellement très-bon, très- vertueux , trèshonnéte , rempli de prudence et des qualités les plus dignes d'éloge; mais, comme pape, il s'est laissé gouverner par des hommes qui ont montré plus d'amour pour la politique mondaine, que pour la doctrine de l'Evangile.