‹ Portrait politique des papesChapitre 23 sur 190 · W%\\%%MA^%«V^^M · texte numérisé non relu

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V SIÈCLE

INNOCENT r,

XL* PONTIFE, r— DE ^02 A 4*7»

Nom allons parler d'un autre Pape, canonisé à cause de ce même zèle pour Tagrandissement de l'Eglise romaine. 11 eut â soutenir de Tiolens débats ayec les patriarches d'Alexandrie, d'Antipche ft de Jérusalem , et aTCC le nouveau patriarche de Constantinople , successeur de Saint-Jean Chrysostôme, pour la sentence de déposition qui avait été publiée contre ce dernier dans les deux conciles de Chalcédoine. L'empereur d'Orient Arcadius favorisa les patriarches de son empire contre les usurpations d'Innocent, qui en était venu au point de connattre des causes les plus légères, comme par exemple de ce que Jean , patriarche de Jérusalem , avait souffert qu'on inquiétât dans leur vie d'anachorète les deux vierges Eustochie et Paula, dirigées par Saint-Jérôme. Le pape Innocent ne put voir patiemment Arcadius accorder sa protec-»

tion aux patriarches , et bannir Saint-Jean Cbrysostôme,. tl eut même Taudace d*excomnyuiier l'Empereur. Les souverains peuvent apprendre par un tel événement kpiel doVAmagé ils se font à eux et à leurs sujets, en permettant aux Papes d'avoir un rang et des dignités autres que celles dont jouissaient Saint-Lin et ses onze successeurs immédiats. Un siècle ne s'élmt pas encore écoulé que les Papes , grâces à Tim^olitiqûe Constantin , jouaient déjà un rôle dans le monde , et moins de cent ans avaient suffi pour qu un Pape osât lancer des excommunia cations contre un successeur de ce même Cons^ tantin ; tant avait eu de pouvoir un système suivi avec constance et uniformité*

D* temps des ^uie jiiisirtîcrs Papes , les pa-. trlaVches etlè^ piiitiats étàteùt "Isî îtidëpèndans de i^oliife f^ans les àifaîi^cs d'e dio^me, qu'à peine comti^uniquaient^Is avec elle. Péû à peu , les Papes se mêlèrekit des lâffaîres du gouvernement, et ils en vinrent au peint qu'Innocent 1* nsa les menacer de rexcommùmcàtibn s'ils ne se coiiformaîent pas en tout point aux décidions de TÊglise romaine. En bànùissant Salnt-Jèan Chrysostàme , Veilnpereur Arcadius n*aVaît fait qti'user de la souve- .^ Pailleté tempoireïïe ; sur l'exercice de laquelle la éouveraineté spirituelle dé Rome ne conférait au* clin dtoit. Il résulta du zèle ' alner et pétulant dlnnocent, ce qui devait en résulter. *L*empereur Aï*(radtii8 s'exaspéra, et Safnt-Jean Chrysostdmc mourut dans son bannissement.

Une autre action du même Pape, donne lieu à

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des réflexions d'une différente nature.* L'auteiit* des f^oyages volontaires des Papes ^ depuis In nocent V* jusqu'à Pie YI , imprimé en français a Tienne en Autriche, l'an 17612 , par les libraires réunis 9 rapporte et prouve, sur fautorité d'un histori^i contemporain , Zozyme , et sur d'autres témoignages, que, pendant le siège de Rome par Alaric, roi des Goths, en 4 10 9 ^ sénat rèmain, composé de sénateur idolâtres , réëcdut de faire des sacrifices aux dieux tulélaires de Roilie , et s'adressa au pontife chrétien comme au personnage le plus éminent en autorité, pour le prier de iom»loir bi^i agréer ce -sacrifice, puisque Tempereur Honoriiis doneurait à Ravcnne. Itmocent voyant le sénat et les habitans plongés dans raffliction; répondit qu'il y consentait, à condition que ce se^ niit ^1 secret. Le sénat désirait donner au peuple un témoignage de son zèle. Croyant d'ailleurs que les Dieux lui sauraient peu de gré d'un sacrifice qui ne serait pas célébré avec toute la solennité possible, il. suivit lui-même en pomp^ la cérémonie au Capitole, avec les prêtres de ses Dieux , et offrit le sacrifice au milieu du plus grand appareil. Cependant les rigueurs du siège n'en continuaient pas moins , et le sénat se vit forcé de capituler avec Marte. Il nomma. des députés pour aller à Rarenncobtenir de l'empereur Honorius son agrément â cette capitulation. L'empereur refusa d'y souscrire. AlaricentradansRome. La ville souffritdescalaniilés

de toute espèce, et Innocent resta h Ravenne sans

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Toidoir retourner i Rome tant que la ville n'aurait pas repris sa tranquillité.

Une multitude de réflexions se présente déjà sur Tabandon qu'il fit de sa propre ^lise dax^s un temps de calamités , que la présence du souvera^i pontife aurait peut*étrepu alléger. Il y aurait encU^beau* coup d'autres remarques à faire, mais la principale y celle qui se rapporte plus immédiatement à la présente histoire, c'est le consentement qu'il donna au sacrifice offert aux idoles par le sénat romain. L^unlque raison peut-être , pomr laquelle Salomon avait été accusé d'idolâtrie, était pour avoir approuvé l'idolâtrie de ses femmes. La conduite d' Innocent à cet égard e^t d'autant plus remarquable , qu'il poursuivait dans le méiioe temps , avec une rigueur incroyable, PrisciUienetd'autres, qui pourtant , à proprement parler , ne s'étaient pas rendus coupables d'idolâtrie , puisqu'ils professaient la religion chrétienne , et qu'ils ne différaient des autres chrétiens que par l'interprétation particulière qu'ils donnaient à quelques articles de foi.

Au souvenir d'un tel événement , jéne puis m'empêcher d'être étonné qu'Innocent soit placé au nombre des saints; non pas qu'il ne le fût point (car celui sera peut-être un mérite auprès de Dieu d'avoir cédé bénignement, et pour l'amour de la paix, aux désirs du sénat et du peuple romain) ; mais parce que cette conduite répugne tout-à-fait aux principes adoptés dans les canonisations. Je suis certain que si Innoceiït n'eût pas été Pape , il

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eàt été imposeible de le canoniser. Osius , évêque de Cordoue, avait bien moins d'obstacles contre lui 9 et son mérite était d'une bien autre nature que <»lul d'Innocent; cependant, on ne put obtenir la canonisation d'Osius* Je ne sais , de plus , si îamais Innocent fut canonisé par un décret formel , et j'en dois d'autant plus douter qu'il n'en reste aucun acte authentique. 11 ne suffit pas qu'on le trouTc cité avec le surnom de Saint : c'était là un «sage introduit dans les siècles de barbarie par le$ B<Hnam8 , qui exploitèrent l'ignorance générale à leur profit , et persuadèrent à tout le monde que la vertu et la vérité étaient le patrimoine perpétuel de TEgliae romaine , dont les pontifes avaient presque tous été des saints, conséquence nécessaire , suivant eux , de l'affection particulière avec laquelle Dieu lui-même conduisait l'affaire importante des âections du souverain pontife, en leur envoyant le Saint-Esprit en personne pour diriger le jugement et la volonté des électeurs.

La multitude de schismes et d'autres crimes commis ensuite par les élus ^ fait assez connaître que c'est là une imposture. Mais on n'allait pas si loin aux siècles de barbarie : la créduUté des ignorans de ce temps avait donné aux Papes modernes des armes pour combattre les critiques qu'ils taxaient d'impiété. Si c'était là de l'impiété , euxmêmes en seraient coupables les premiers, puisqu'ils ne croient pas aux choses que par intérêt ils voudraient faire croire aux autres*

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