‹ Portrait politique des papesChapitre 61 sur 190 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

hevley suivant quelques personnes, et natif 6 d^ Mayence. Elle avait reçu de la nature un génie actif, entreprenant^ audacieux et capable de tout. Elle n'hésita donc pas â abandonner, dès Fâge de pudicité , la maison de ses parens ^ et à se revêtir d'habits d'homme pour voyager en. étudiant sous le nom de Jean, qu'elle s'était donné ; elle se rendit à Athènes où florisaaient alors les sciences et particulièrement la philosophie de ce temps, la jurisprudence et la théologie; Elle s'adonna d'abord à la grammaire latine et grecque. Maîtresse de ces deux langues ; elle étudia la théologie et , après avoir fait des progrès extraordinaires dans la rhétorique et les arts libéraux , elle se rendit à Rome où, par ses connaissances littéraires, très-supérieures à celles des Romains, elle s'acquit une grande réputation près des principaux personnages. Là, aussi bien qu*à Athènes, elle se donna pour originaire d'Angleterre. Quelqu'un lui proposa de se faire prêtre, lui promettant un sort agréable , et Jean langiioan , nom par lequel on la distingue des autres Jean , eut le caprice d'ac- 1 éder à la proposition.

Le pape Lcon IV étant mort le 17 juillet 854 > le prétendu Jean fut élu pape, et sans attendre la coiilirmatiou impériale, il fut consacré comme un véritable pontife , à l'âge de 38 ans ou à peu près, veis la fin de septembre de la même année 854* Si nous nous en tenons a quelques historiens du moyen Age, son pontificat dura deux ans, cinq

moii et cinq jours. Platina ^ dans sa tie des papes^ tn fixe la durée à un ab , un mois et quatre jours* Je suis d*aTis qu'il ne régna pas même une an-^ née entière, mais seulement cinq mois et cinq jours, €t )e pense que les deux ans furent ajoutés par quelques-uns de ceux qui copiaient les histoires pour les défigurer; on trouve, d'ailleurs, plusieurs exemples de cette falsification dans les codes antérieurs à Finvention de Fimprimerie» Hab lors même que Ton voudrait soutenir Fopi*nioB commune des deux ans cinq mois et cinq jours, il n'en résulterait pas, pour cela, que ce pontificat est fabuleux, ainsi que Font écrit Baro« lûus, Labbe et Blondel ; il faudrait alors supputer le compte des Pontificats de Grégoire IV , Serpus II, Léon ly, Jean YIII , Benoit III , Nicolas I** et Adriea II , ainsi que le fit , avec beaucoup de fondement. Fauteur français de Fhbtoire de la ]>spesse Jeanne tirée de la dissertation latine ^ Spanhcim, dont la deuxième édition parut en 175*.

Quand on vint lui annoncer son élection , elle était enceinte de trois mois. Cette raison, sans parler des obligations de sa conscience , aurait dû l'engager â ranoncer à la dignité pontificale; mais i'esprit d ambition lui suggéra la possibilité de ca« cher, avec le secours de son amant , et sa grossesse et son accouchement. Mais cet événement se découvrit d'une manière horrible, au mois de mars 955. En se rendant à Saint-Jcan-de-Latran , elle

a44' se seotit attaquée de douleurs trè^-vWes, dans la rue, entre le coly^ée de Méron, et le temple de Saiat-Cléinent. Elle chercha â résister et à feindre, pnais ses efi^rts même lui furent funestes. Elle ^ accoucha dans la rue, et mourut sur la place

même.

Le scandale avait été si grand , qu'il était imr possible fl'en. dissimuler l'infamie. On eut donc rçGours au moyen extrême de fgire effacer partout le nom du pape Jean YIII , et d'en nier même l'exisr tepce. Comme on ne pouvait empêcher le bvuit de s'en répandre dans toute la chrétienté , les Romain^ ^rureqt se l^ver , en donnant au monde un témoi- ^age authej^tique qu'ils n'avaient pas élu ce pape, {larçc qu'ils avçaent soupçonné la vérité. Il firent ériger , à cet effet , un monument d'infamie. On jQt la atatue d'une femme , prête à mourir de dé»- .«espoir 0t de rage dans les douleurs de l'enfànt^ipent, et on la plaça sur le Ueu de l'acouchement, V pu. elle rèsjta jusqu'au pontificat de Pie Y, qui fit

^ détruire le monument, et jeter la statue â la rir

vière,.

Cet événement extraordinaire donna lieu à une

.oer^ainç disposition, que la décence réprouverail si

la nécessité n'y autorisait. On crut indiapensable,

toutes les fois qu'il y aurait une élection pqntv

ficale, d'acquérir les preuves physiques du scse

dv prétendant Pour obtenir ces pn^uvea^ sacs

violer la pudeur publique, on conatnwitun^and

i et. mf^ifique Mége pontifical en mafbre: Placé

due «B endroit élevé, il avait tonte Tappareiice s d'an trône , préparé pour celui qut devait présider ^ ^^ la congrégation. Mais ce siège était creusé en forme de qhalse percée , de manière qu'un homme pouvait passer sous le trône, et toucher les parties sexuelles de l'élu. Un commissaire, chargé de donner à ce dernier lea renseignemens nécessaires , veîHait â ce qu'il prit la position convenable. Aussi** tôt que le sexe était connu , le commissaire s'é-« criait : Papatn viru/tn hahemu$ , notre pape es! un honune. On te proclaiiiait ensuite, on lui leadait hommage , et ôii attendait la confirmatioi» impériale, pour le consacrer souverain pontife. Cette . coutume se conderVa pendant quelques siècles. O ^iège subsistait encore à la fiil du sei<*. liëme siècle , sous le nom de stercora/ria , c'est du voina ce qu'affirme Platine, dans sa Vie de.la pa^ pesse Jeanne, dédiée au pape Sixte lY. Il savait Ib déplaisir qu'avaictit commencé a manifester left Bqmaifis., sur un évèn^siènt qui ne fait pas beait^ coupd'hooneur'aux électeurs de Tannée 854; aussi, oevouluVil pas se faire garant de la vérité de l'histoire ; il assure seuleibent que tout le monde le croyait ainsi. Personne, en effet, ne songea a Id révoquer en doute , jusqu'à ce que les protestant ^ du séisûëme siècle eussent tiré parti de .ce fais , pour en argiimenler contre la succession véritable^ légitime et non-interrompue des pontifes roniamis qui cfeccopèrent le siège de Saint-Pierré. Je regardé comme nuls tous ces arguitiens , par lesquels ils

j46 roulaient prouver au-delà de ce ([uMk poutaieiit faire. Mais les catholiques du même sièete coiw curent un autre dessein , et crurent plus conv^ nable de nier tout-à-fait ie fait , et de lé traiter de fable. En conséquence ^ presque tous les écnyains catholiques romains ont poursuiTi ce nouveau sys^tème , de manière qulls le re^wdent aujourd'hui comme une vérité , démontrée sans appel au tribunal de la critique. Je crois, mal{[ré leurdéclsion, que la religion n*est pour rien dans cette querelle^ qui n'mtéresae que ^histoire. Les témoignages en sont d ailleurs si irrécusables, que ce serait faire insulte à la religion catholique romaine que de le nier 9 par crainte de diminuer la foi qui es» affermie sur des fondemens indestructibles^

Anastase le bibliothécaire, auteur d'une Tîe des papes, et contemporain de Jean, place Ftiection du pape femelle, edtre Léon lY et Benoit III^ époque à laquelle il écrivait lui-néme. Sa narration ne se trouve pas dans la coHeetion que les )ésuites ont publiée des ouvrages de cet écrivain. Us Tont supprimée par égard pour la eourde Rome. Masqua/rd»' Frehero ^ un des plus grands littérateurs^ du seizième siècle, les accuse devant la république littéraire européenne du crime de falsification, pour avoir inoprimé deux exemplaires complets, pour les personnes qui leur avaient confié le manuscrit. Il fit voir que la relation de Texistence du pape femdle se trouvaitdans le manuscrit de la bibliothèque royale de Paris, et

«47 duÈêUêdtmt mânutcrtts d'Heidelberg ^ entoyés i MajreDce aux lésuites, pour rimpressron. Tous ceux qui voulaient s'assurer de la vérité, pouTOteut aisément consulter les manuscrits. Le fameux Bbudère répéta , depuis , le même reproche dans son histoire. Les jésuites eux-mêmes contribuèrent à éraller le soupçon , en mettant en marge des exemplaires mutilés y la note suivante, à la Vie de Benoit III, son successeur. H réêuite clairement éeidj que ie $ueces$eur immédiat de Léon IV iM fut pape femeUe, Jean FIII^ mais bien Benoit lil. C'est bien ici qu'on peut appliquer la maxime de Tacite , que quand ie crime est ma-nifeste, H ne faut plus prendre conseit que de Vaudace. C'est ainsi que celui qui vient de faire im v<d , crie : au voleta, au voleur , pour qu'on ne le soupçonne pas.

Marianus, historien écossais, dévoué d ta cour de Ronif, au commencement du on»ème siècle, raconte l'élection de la papesse , non pas comme une chose nouvelle , mab comme reçue de plu** sieurs autres écrivains , qulne sont point parve* nos jusqu'à nous. Sigebert , moine du monastère de Gemblours, vers la fin du onrièine siècle , prétend que la papesse Jeanne était originaire d'Angleterre, Othon , évéque de Frisiugue, en 1 1 38 , et Godefroy de Yiterbe,.en 1 186, rapportent son histoire. Ranulphe le moine , dans son Poiychroni^ eon de 1 34o^ dit s'être décidé à ne pas consenrer le nom de ta papesse parmi ceux des papes, Théo-

doric de Nien, dacitf sou livre de« Dcalts et Pr£* viléges de Fempire, de Faouftée i4o6, rapporté rérection de la statue» Il est suivi par Loscotiioo^ Chalcordilas , historien j;rec de 1^62^ par*SabeUi<i eus et beaucoup d autres. Saint-Àntomia de FI0-» renée, à la même époque, le rapporte aussi. Guillaume Brevîn, en i470| y ajoute la rdation de la chaise percée , dont parle Platina. Qmiphre Panvinius , dans ses Notes sur ce dernier, rapporte que la substance du même fait avait été consignée dans les ouvrages de Pai^dolphe de Pise , écrivaitt antérieur au onzième siècle , biaa que luinnéme déclare n*y point ajouter foi.

Les critiques romains modernes et leurs aecti^ teurs qui nient cet évènemient, réduisent les ai^pi^ mens aux objections suivantes : i"" plusieurs écri«vains du moyen âge supposeijLt que Benoit III fui nommé pape, immédiatem^eiit après la mort de I^oniy« Mais cet argument est bien faible, quand) on connaît la résolution prise de ne pas parler do pontificat de la papesse , et d*élire comine après une vacance; a** Léon, disent41s, mourut en 8S5; ipois cela, n est pas constant , et jil y a une grande incertitude chronologique, dans les écrivains dU' moyeu 4g.e. Les uns disent qu'il mourut en 853; d'autres , en 854; d autres, ^1 855. En supposant même vraie Topinion commune , qui fixe en* 855^ la mort de Léon; il y a divers historiens qm ne mettent qu'eu 856 l'élévation de Benoit lll au poutiHcat^ et laissent nn Hspai:e d^ temps vscfai

M9 pour la papesse; 3"^ qudque Ttriété qu'il y ait estre iio«8^ ajoutenMls, on ne pourra jamais trouver deux ans j cinq mois et cinq jours pour la papesse. Mais j'ai déjà dit qu'il n'est piis nécessaire de deul ans ; )e regarde ces deux années comme une addi* tien du copiste, et cela tranche la difficulté. Car n un exemplaire mal copié a servi d'original aux autres écrivains , il importe peu pour la vérité matérielle du fait , que tous aient copié ensuite cette erreur. Spanheim, d'ailTeurs, prouve que tous n'en avaient pas été coupables. Ce qu'il y a d'essentiel à savoir , c'est qu'il y a eu un pape femelle ; qu'il ait régné peu de temps ou long-temps, peu importe. L'existence de la statue et du siège , unie à la relation de presque tous les historiens, durant sept siècles , ainsi que le témoigne Platina , dans une histoire dédiée à un pape , donnent une force irrésistible à l'établissement de ce fait ; Iprsméme qu'il existerait entre ces auteurs un dissentiment relativement à l'époque précise. Enfin , Cognard, avocat de Normandie v fit imprimer, en i565, à Saumur, contre Blondel, un Traité, dans lequel 'ù réfute complètement }es;..arguraens de ce dernier. Nous devons legarder comme trèsoertaine l'existence de la papesse Jeanne ; maij) circonscrire dans une époque plus courte, le temps de son pontificat. Ceux qui désireront plus d'ins^ truction sur cette question, la trouveront traitée avec la critique la plu» exacte et la plus judicieuse ^ dans Vlhstoire deiapapesêe Jeanne j publiée exi

français » en deui Tolnm^ In^i s. Sans compter les témoignages des contemporains', Anastase et Ranulplie le moine, à cause des doutes qu'ils émettent, Fauteur a réuni le témoignage d'un écrÎTain du onrième siècle ; de trois du doiunème; de trois du treizième : et de quatre-Yingt*trois du quatorzième et du quinzième^

%%l(l>»^ill»l(tt»%^%»»W»»IM>»l<^»W%»IN»W<M>l»WM<l»>^^^

BENOIT m.

«lY* poNTin. — os 8.55 ▲ 858.

Dizihne schisme»

« Si Teiistence de la papesse Jeanne fournit une preute évidente que ce n'est point FEsprit-Saint , mais plutôt Fesprit d'ambition qui dirige les élections pontificales, la fréquence et la multitude des schismes en est u^e autre preuYe d'un genre diffSérettt; puisque tous .ont produit des meurtres , des désordres , des parjures , des faux témoignagnes , et be^coup d'autres péchés ou crimes. Nous allonslevoivde nouveau dansl'électiondeBenottlII. Un certain Anastase , prêtre déposé par le pape

Léon ly y dans vn eolieile romain de Tannée 853 ^ ajant réuni un parti suffisant pour se^ faire élire pape dans le tumulte , et à Taide de beaucoup de mkncey engagea à le soutenir plusieurs nobles nHnains, ainsi que l'ambassadeur mémedeLouislI, et fonna le dixième schisme de Téglise romaine. Les mois d'avril , mai , juin , juillet , s*écoulèirent au milieu de ces troubles. Enfin, Anastase ayant été Taincu » Benoit l'emporta , et l'empereur ayant eDToyé sa confirmation ^ la consécration eut lieu m septembre 855. Les historiens ecclésiastiques de ce temps croient dire beaucoup en répétant , â la plupart des élections papales , que l'un ne you* lait pas accepter » qu'il s'était caché , qu'il refusa sous prétexte qu'il n'était pas digne , et beaucoup d'autres choses semblables. Bfais toutes ces assertiens sont nées de l'adulation. Leur but était de l^aire aux jMipes , et de fortifier la croyance et un mensonge y auxquels les papes étalait intéressés. Ces ouvrages ne disent pas , bi^i qu'on le Yoye aiaes par les faits , que tous , ou presque tous lea papes étaient dévorés d'une* extrême ambition , au grand dommage de la religion oatholique et au préjudice immédiat des soiMrerains temporels , des nations qu'ils gouvernaient , et des évéques placés par l'Esprit-Saint , et non parle pape ou par Saint- Pierre 9 comme pasteurs du troupeau chrétien.

Ce qu'il y a de plus certain , c'est que Benoit enrichit, sa famille, particulièrement Grégoire et Etienne j ses frères > tous deux fils , ainsi que lui ,

de Théophilacf e » imnieiiclate«i de Home ; Gom^ tantm et GonstantiDe ses neveux , fils de Grégoire , eC qu'U maria sa nièce au .sénateur Georges. T0U4 ces deniers unis i Formoso , évéque de Porto , formèrent ensuite , ainsi que nous le verrons , une conjuration contre Je»& YllL Benoit est le patrkp* ehe-du népotisme p^pal,

NICOLAS r,

et* POKTiFE. — nx 858r a 867.

Nicolas , diacre de Ronre , fut coBsa<»^ pi^ le a4 9Yrll 358 , en présence , et aveo l'autorisatioa de r^mpereur Louis II. On prétend qu'il se cacha pour ne point accepter le pontificat , et qu'il y fut entraîné par force. J'ai déjà déclaré quecea préten* dus refus si multipliés , ne me semblaient mériter aucun crédit, et étaient démentis pat la conduite postérieure de ces pQpes, qui avait prouvé leur ambition illimitée , leur orgueil insupportable , et leur désir constfoit de teniv scnis kura pieds tous les autres honiRies.

L'empereur Louis III y qui se piquait plutôt

d*ètre lu zélé catholique souinto au successeur de 6aint"-Pierre , que le souverain de Tempire d'Occideot , accompagna Nicolas à pied , tenant , pendant plus d'une portée de flèche , la bride de sott cheval. On a coutume de citer ce trait , comme un acte d'humilité de Louis le bègue ; moi j|e n'y vois qu'une basse.s8e indigne d'un empereur qui traite afec un vassal , et capable d'ajouter un nouvel aliment à l'orgueH du pontife. Cet orguett fut asset prouvé, dans la suite , par sa conduite avec le même Louis 9 avec son frère l'empereur et roi , Charles le chauve , avec ton neveu Lothaire , noi de Lorlaiiie , avec les reines Tiedbergue et Yaldrade leurs ^Kmses, avec Michel, empereur de Constantino* {)fe,avec Hincmar, archevêque de Rheims, primat de France, avec Gonthaire , archevéquede Cologne , Teugalde, archevêque de Trêves, primat de la 9ûh gique , Haganon , évéque de Pergame , Rirfade , èvéque de Boissons , Jean , archevêque de Ravenne , et plusieurs autres personnages.

U les traita tous avec un orgueil despotique, tl donnait ses ordres aux rois et aux empereurs^ tomme à ses esclaves , avec des expressions plus dures, plus sévères, plus audacieuses, et plub imprudentes , que Jamais aucun des papes ses pré^ décesseurs , n'aurait osé le faire , même dans les occasions où ils mâmifestèrent l'orgueil le plus effréné , et le désir le plus ardent dé so«Âeoir leur supériorité

a54 NJcola» ne te contenta pas de ce qu^on appdât à lui deft décifliûiis de révèque^étropolitaln, côn^ fermement à rinterprétatioa injustement d<Muiée au concile de Sardes, sur le consentement de ceux qui n'étaient point obligés à y souscrire ; il étendit cet appel aux décisions des membres du clergé et des laïques de la plus basse dàsse, s'autorisant, à cet égard , des fausses décrétâtes antésiriciennes , et all<%uant qu'il importait peu que ces'décrétales se trouvassent comprises ou non comprises dans les collections des canons, concites , et lettres pontificales ; qu'il devait en être de ces lois comme des ofidoimances des emp^eurs non comprises deins les codes , et auxquelles on obéissait dès qu'wi avait connaissance de leur contenu. Une serait pas facile de comprendre en peu de mots les attentats produits, par l'ambition, Forgudl et le despotisme du pape Kicolas , à en juger seulement par ses lettres* Quiconque les lira dans la collection qui en a été faite , ou dans les extraits qu'on en a donnés dans l'histoire ecclésiastique ,< se convaincra aisé-^ ment de cette vérité. Un seul trait peut toute fois le faireapprécier. Dans le 7 1 ' caûon du titre 96 de la collection des canons , vulgairement appelée le décrei jde Gratien^ se trouve certain fragment de la lettre écrite par Nicolas à l'empereur d'Orient Michel 111. On y lit la phrase suivante : «11 est 9 proiivé jusqu'à l'évidence que le pontife ne peut > être ni absous , ni condamné par le pouvoir se-

I ailier. Le {lieux empereur Conatantin ne lui «Ion- >Dait-il paB le nom de Dieu? et qui oserait préten- *(ire que Dieu peut être \ugé par les hommes?»

H n'est pas nécessaire d'en savoir bien long pour coDclme que si Nicolas croyait ce qu'il écrivait , c était un hérétique, et dans son. sens le plus iteodu, un impie blasfAiémateur de la divinité, el que, s'il ne le croyait pas, il ne présentait qa'iiDe preuve insuffisante de ce qu'il avançait. Qttd toB^ si on le compare seulement avec celui quejNrenaient.ses prédécesseurs des quatrième, daquième et «Uièmc aièdes ?

Onue doit pas trouver étoimant que Gonthaiie , archevêque de Cologne, lui ait écrit â Rome, en iOQ nam et au nom de Teugalde, «rdievéque de Trè?es, les propositions suivantes qui devaient sans doute Hiriter personnellement. « Ecoutei , pape •Nicolas; no« çoU4^[ues nous ont envoyés pour •TOUS consulter sur les résolutions que nous avons > prises dans notre concile , et nous ont chargés de •TOUS faire, part des autorités et des motifs qui •leur ont servi de r^le. Notre but était de con-» •naître votre opinion et de vous supplier hum- •blement de nous éclairer , bien décidés â suivre •la doctrine que vous nous démontreriez être la •uieilleure; mais, voici déjà trois- semaines que •nous attendons votre réponse, et vous ne nous en •afcs donné aucune cathégorique^'Yous vous êtes •contenté de nous dire en public que, d'après •1 exposé de notre mémoire, nous vous paraissions

excusables. Yons nous wez enfia ordonné de comparaître en Yoh:^ préseace ;;BcKia' Ta'fofis fait ' sans crainte, et au màme matant 'les pottes^ se sont fermées sur nous , et nous nous sommes tus entourés d'une troupe de prêtres et de laitues, De^là, sans convocation de<x>ncâe, sans examen canonique , sans accusateur , sans témoins , sans nous convaincre par des raisons claires , sans recevoir nos aveux , sans l'appui et même i Tinsça des autres métropolitains , ou de nos évéques sutfragans; l^ous aveie prétendu nous condamner à votre gré, d'api^ès les seules inspirations ée voire fwteur îyrannifue. Mais nous, nous ne nous soumettons pas à ^yotre sentence maudite^ si éloignée de la charité d*un père ou d*un firère : nous la regardons comme un discours injurieux, nous vous répudions vous même. de notre "cornmtmion comme un homme qui entretient des liaisons avec les excommuniés^ nous noils contentons 'de la communion ^e nos frères , répétée par votis, quand votre hauteur et vaère ertth gance vous en rendaient indigne. You^ vous êtes condamné vous même, quand' vous évét lancé l'anathéme contre ceux qui ne se soumettaient pas aux préceptes dits apostoliques, car vous avez été le |>remier â les briset*, lorsque vous avez cherché A anéantir, autant qu'A était en vous , les lois divines et les sacrés canons , et  vous éloignier du chemin suivi pat* les papes vos prtdécesseurs. »

Je ne nierai pas qu'il y ait dans ce fragment des expressions Trdtfhent outrageantes , et je n'approuverai jamais le manque de respect â un supérieur; mais on s'expose à Tinsulte quand on agit comme le fit Micolas. H excotamuniaTempereur Michel, Lothatre, roi de Lorraine , avec son épouse la reine Yaldrade, ainsi que plusieurs é\éques et archc- Téques ; il menaça des mêmes foudres Tempereur d'Occident, Charies-le-Cliauve, en même temps roi de France ; il se montra enfin téméraire , imprudent et tout opposé au portrait que font de lui les historiens ecclésiastiques, pour flatter Rome qu'ils craignent. Les faits seuls qu'ils rapportent dans leurs propres histoires snflimient pour leur proufer qu'ils sont ou de mauvais logidens ou de lâches adulateurs. • '

Nicolas mourut enfin lef i3 novembre 867. C'est Icdemier des papes dont Anostase le bibliothécaire écrivit la Tie; c'est le premier qui, d'après ce que rapporte cet auteur, ait porté une couronne sur sa mitre ou tiare; Cette circonstance ne laisse pas que <le prouver encore combien . à chaque règne; l'ambition pontificale faisait de nouveaux progrès.

Page 1