ADRIEN II
CVl* PONTIFE. — PE 867 A 87a.
ÀDBIBN , prêtre titulaire de SaiotrMaFC de Roikie f fut élu pape, à l'âge de 76 ana, peu après la mort de son prédécesseur, et fut consacré le i4 décembre §67, en présence des envoyés de Tempereur. Le* maximes ambitieuses de Rome poursuivaient leurs progrès et devenaient chaque jour plus exigeantes selon les circonstances. Le vieil Adrien suivit les traces d« son prédécesseur. Il traita avec iniqidté le roi Charles-le^Chauve , Hincmar, archevêque de Rhôiilis , et tous ceux qui ne roulaient p«# adhérer aveuglement à ses propositions. Il protégeait en même temps, sa^s estamea, les homn^es les plijis pervers de son temps, tels qu'étaient Carioman , fils rebelle du roi Charles , et Hincmar , évoque de Laon , neveu et ennemi de Vautre Hioc* mar. Il fît tout son possible pour que la couronne de Lorraine ne passât pas à Charles à la mort du roi Lothaire , mais bien à Louis , frère du défunt. Il écrivit a cet effet plusieurs lettres à Charles
lui-knéthe, atix éVéques^ arcKcTéques et autres personnages iôfluetis. YoyaHit que tout était inutile^ il menaça le roi de Texcommlinier, et ordonna aussitôt â Hincmàr^ archevèc|ue de Rheims» et à d'autres évéqûës de se retitet de la communion de Charles. HintthaJb) dans là rëpôtise qu'il lui fit, chercha â lui ptouver pàt* les àutoritçs et par les doctrines fecUes^ qu'il excédait ses pouvoirs, qùll allait aii^elâ des linlités fixées parlés canons, en usant de moyens de petsuàtiofa tout-â-fàit contraires à la paix et à la charité, et qui d'ailleurs n'ayaiônt jamais été eitiplôyés aùff^tdvànt parlés papes, àux^* quels il n'appartenait |)as de se mêler des affaires temporelles du roj'auhie. 11 lui disait qu^il n'avait paê té droit de se séparé/ dé là communion de son toûteraiD, et lui citait eh exemple lés saints papes tt les sdlùts éiFéques qui atâiehtdés liaisons avec acg rèispayens et hérétiques, et n aiiraiênt pas voulu, à p\^ fbrte raisoù ^ ie déf obe^ à Fautoriié d'un foi 41 cathotiqiie*
Ce nionarquë etif etikôfé d'aùîrés contestations èfec Adrien. Ce dehiier^ dans une autre lettre, se )rtài^it de ce que Sa Klajestë ne se montrait paê 4h9cile à ses cort^ctions. L^ëhipei-eur) entré autres ehèaeft lui répondit : « Dans vos lettres précédçntes, Jt'voua me donnez les noms de parjuré^ dé tyran , *àe perfide dlsâipateùt des bieh's dé l'église, sans 4 toutefois chercher a thé convaincre de ce dont iTOOs «ti'àetttseiS^ Dans vott*è defnîère, voiië me •réptadtÈÛ ^éûè uà Haàiûdhkiéût y ce qui est un
• crime selon l'écriture, Voudviez-toiu done.qne^ » dans des circonstances semblables à celles où nous
> nous trouvons , je reçusse de bon gré vos correc- » tions? Ne serait-ce pag me reconnaître coupable et
• me rendre indigne non-setulement des .fonctions »de souverain, mais de la communion de l'église? » Écrivez ce quisiçd à votre ministère jet au mien., » et nous récouterons avec plaisir. Vos lettres conr » tiennent les clauses suivantes : Nous voulons et
> ordonnons d'après noire autorité apostolique %que Hincmar de Laon se* rende d Rome et se 9 présente devant nou^s ^ sous . 4a garantie de » votre pouvoir. Nous désirerions vivement savioir » où l'auteur de cette lettre peut avoir lu qu'un » roi obligé de punir les vicieux et de sévir contre » les délits , doit envoyer à Rome le délinquant puni
> provisoirement selon toutes les règles ; surtout » quand il appert qu'avant sa déposition, le délin-
• quant a été convaincu dans trois conciles d'avoir
> troublé l'ordre public , et qu'après sa déposition » il a. persévéré dans sa* désobéissance» Nous sommes •forcés de vous écrire que nous autres rois de » France , nés de famille royale , nous n'avons pas •joué jusqu'ici le rôle de lieutcnans d'évéques, •mais de souverains de notre pays; car (ainsi que •le disent Saint-Léon et le concile romain), c'est •des empereurs et des rpis établis par Dieu pour » commander sur la terre, qu'est venue aux évéques » la permission de régler les. aflT^res conformément •aux ordonnances souveraines. Relisez b?s registres
de vos prédécesseurs, et vous verrez qu'ils n*ouf pas étritaux nôtres comme tous osez nous écrire ; ne songez donc plus à nous écrire une seconde fois avec des ordres ou des menaces d'excômmuaication contraires â Récriture et aux canons, puisque, suivant ce que dit Saint-Léon , le privilège de Saint*Pierre subsistera tant que subsistera sa Îustice/D'où il suit que si l'on manque à Tun^^, on détruit l'autre. Je vous supplie enfin de ne plus envoyer ni â moi ni aux évéques de mon royaume aucune lettre semblable à vos précédentes/ Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons les respecter. » ^
• Les évèques répondaient au pape sur le même ton. Adrien apprit alors une maxime que ses suocesseurs n'ont jamais oubliée, c'est de fléchir pendant un temps pour mieux réussir plus tard, quand l'occasion s'en présente, sans crainte ni honte de tomber dans des contradictions; il écrivit pour lui donner satisfaction , une lettre pleine des flatteries les plus viles. 11 s'excusait de la dufeté de ses premières lettres, et ajoutait pour sa propre infamie : • Nous avons déjà appris de plusieurs •personnes vertueuses , et en particulier de mon »frère Actard , que vous êtes le protecteur le plus •zélé et le plus religieux des Eglises, de telle ma- •nière qu'il n'y a pas dans tout le royaume un •seul temple ou un seul monastère que vous n'ayez •enrichi. Nous savons aussi que votre désir est de • traiter de la même manière l'Eglise de Saint-
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•Pierre , et de la défendre contre tous ses ennemiB. «Prenez cette lettre et ne la communiquez qu'à »vo$ plus intimes coDG,4^ns , çt je vous .promets »que si vqu^ et moi tio.us ^urifivons k rempcreur, »lors piém^ç qu on moffrirait des cbar^^s d'or, jô »ne reconnaîtrai que vous pour empej^ur romain. •Dès aujourd'hui le clei^é , le p<?uple et la noblesse »de Rome vou^ désireuf; pour chef, pour roi, pour •patrjce , pour empereur et ppvi^ cléfenseujr de •rÉglise. »
Adrien mourut peu de ten^ps après, a^ypir écrit cette lettre en npirembre &7a , et laissa apr^s.lui un nom déshonoré par les deux extrén^es opp^os^, l'orgueil dans le succès , la bassesse dans le rev.çrs e^ Tintrigue dans tous le^ temps ; m^^s cette cçhph duite ne fut que trop imitée depuis par sçs succet^ aeurs. Je ne d!ri|i rien di| mauvais exenupte qp'U donna aussi, en absolvant l'empereur Louii^ d'une promesse faite ai^ duc de Bénévcy^ dout il était k prisonnier» afin d^ l'^n^^ger 4. ^ remettre en liberté.
iwtiMV¥t^v^vti^M^fimyvf¥ymtyv^A't/if¥v^v^A^^rAMWi^^s^^MXyK\%\\x\\\\\\\^
JEAN VHI,
CTO* rowTiFB. — *- i^E &7a a 882.
Jbaji 9 archicHactie de Rome, fut couronné le \ /^ décembre &'j \ , et mourut le i5 décembre 883. ' Il fut le YIII* et non pa9 lè IX* de ce nom , tel qu'il autait du être nommé , si au lieu de rayer Jean VAngHcmfn^ du catâlogvie des papes , et ail lieu â^ défendre de le cèmptet*, ou l-eût r^ardé comme un Yérilable pape.
JeanYIIIsuWit lès maximes de ses deux derniers deraneicrs , et au^enta encore , s*il est possible , les abiift de la papauté' en proportion de l'ignorance générale de TEtirope, d'une paît, et du coDWQtement dtmnédë Pa^itre à Textënsiort progressive des idées romaines,qui ofiraieni'Ies'mbyens de reoerotr sans exaUtèn^ le mensonge comme vérité, et même de traiter cette dernière comme une erreur et un- crime. On ne peut lire les dfx années du pontificat de Jean YIII , sans remarquer une ' chaine d'abus' criminels , et un désordre dans les idées- religieuses dû au- désir d'augmenter la do-
miiKition temporelle et les richesses du pape. Rome était déjà le ceuicc où vea^t aboutir , aprèsplusieurs détours , tout Fargeot du monde , partie pour la consécratioa usurpée des évdchés et archevêchés ; partie pour les continuelles demandes ecclésiastiques que les fausses décrétâtes avaient ccj^tuplées, en les représentant comme aussi antiquçs que le christianisme ; une autre provenant des 'donatio.ns des princes qui , en opposition aux véritables intérêts de leur dignité suprême, accouraient aux papes en certains cas^ et alinientaiont le serpent dont le venin devait détruire leur propre souveraineté; une autre pour des commutations de pénitences personneHe» et pécuniaires au bénéfice de Saint-Pierre leRamaitty itvrcution des papes semblables à ceux que nous avons cités dans le neuvièqie siècle ; et une autre partie enfin pour les offrandes des pèlerins dont la feinte vertu »*appuyait sur Rome ^ au moyen des joyaux d'or et d argent , des pierres précieuses et d'une quantité immense d'ai^ent qu'ils laissaient dans leurs visites aux stations romaines*
L'ambition et l'avarice rendirentJeanYUImen-* teur, perfiide, faible^ arrogfint, orguetU«ux, bas> impje, cruel, hérétique; il plia 4 ses passiims les paroles de l'écriture, et fut tout, selon qu» les circonstances le voulaient^ Je me contenterai d'eu citer quelques traits^
'En l'an 876 , il reprocha aux évèques de France de ne ^'êtve pas armés « eux çt leurs 0uj[cts , pour
a65 i*oppo)er à rentrée de Louis le germanique dans les états, de soù frère Charles-le-Cbauve , lorsque lui, Jean l'avait désapprouvé et s'était offert pour médiateur. Il leur cita à cet effet le témoignage de Saint-Paul qui disait :iVe cotnàattons point contre ta chair et le $ang , muis bien contre les princes et les puiêêanees. Tout le monde sait que dan» cette phrase, Paul voulait parler des princes et des puissances des ténèbres, c'est-à-dire des démons.
U promit à Carloman , roi de Bavière, de le faire eiupereur de Rome à la première vacance qu'on s'attendait a voir très-prochaine, sous la condition qu'il se soumettrait à ce qu'il lui plairait de demander. Carloman consentit^ mais il mourût sans <pie le pape pût accomplir sa promesse. Pendant la vacance; précédente , il avait intrigué pour que le clergé , la noblesse et le peuple de Rome proclamassent empereur Charles*le-Chauve. Jean le couronna lui-même , et donna naissance à l'opi"uion que les empereurs d'Occident recevaient, la couronne impériale de la main des papes, comme si , en effet , les pontifes pouvaient faire don de cette dignité.
Il excommunia Sergius , duc de Naples , parce ({u'il avait envoyé traiter de la paix avec les Sarrazius qui. avaient envahi ses états, et combla d'éloges le cruel Athanase, archevêque de Naples, pour la barbare et inhumaine conspiration qu'il forma contre le duc Sergius , son propre frère , auquel U fit arracher les yeux sous le prétexte de
le punir de -$>*étr6 confédéré airec le» Sarrazms. Lé pape doQaait des élogpes â cette conduite atroce , parce qu'il craignait que les Sçirrazina ne marchassent sur Rome » et qu'il voulait les arrêter par la guerre qu'ils auraient à soutenir contre Naples. 11 eut même Tordre d'attribuer à une inspiration divine cette horrible conduite ; le méchant archevêque Âthànase envaya à Rome quelques prison-^ niers Sarrazins^ , et le pape , de sang froid , fit trancher la tête à phisieurs; Cependant Athànase fit la paix peu de temps après avec les Sarrazins ^ et le pape se vit forcé d'en faire autant.
Après la mort de Saint-Ignace, patriarche de ConstanlinQpIe , il pétabUt Pholius sur son si^e, afin de faire sa cour à l'empereur Basile, dont il vMiulait obtenir le secours contre les Sarrazins. II transgressa tout ce qui avait été ordonné dans le concile et dans les<3anons, et cela, pour un schismatique excommunié et condamné en divers conciles, pour un sectaire de Thérésie de ceux qui niaient que l'Esprit-Saint procédât du Père et du Fils, lorsqu'illsavait de plus, que les' signatures despatriarches d'Alexandrie, d'Anlioche et de Jérusalem* éto lent fausses, et supposées^ Il écrivit au même Bhotius une lettre dans laquelle il soutient' l'erreur, cariexitale sur l'origine do TEsprit-Saint et* transige sur le point principal, tout-^â-Ait' en* faveur de Fhotius, auquel.il dit: «Nous savons «quelle mauvaise idée ooi v^us.adonnée de notre »Ëg4ise et de nouS', et peut-être avee quelque ap^
nparepçe de raispn. Maif , sit«iit d-ayoir Tôtre té^
•ponse, je croU deiroir vous dire au juste ce qui
>eQ est Vous savex qi^e toire commissaire m'ayant
içoDSult^ 4 lit \e syiE|]>otç , il a tu que bôi^s le co&-«
f serrions tel quç noua ravîosis reçu, sans y rien
^ajouter, mais sans y retrancber non plus le mot
ffi/lioqtie ; quiconque se permettrait de le fiiire,
toiétiter^it notre indignation. Aussi, déclaréns-i'
>aQus maintenant, afin de vous donner des ga^
•lanties relati^ençient à cet article qui a causé tant
>de scandée dans l'Eglise , que , non seulement ,'
•telle n'est point notre manière de penser, mai$
•quie nous regarderons commo des transgre^seurs
kde la parole de Dieu et des corrupteurs dé la
•doctrine de Jésus*Christ, des apàtrès et desp^
V^es qui nous ont donné le symbole , ceux qui ont
^cu l'insolence d'employer les premiers cette es-«
^pression, et aous les plaçons à côté de Judas-
\covaafe d^ft*açteurs dt^s membres de Jésus-Christ.
Mais j'ai lieu de croire que savant comme tous
l'êtes 9 TOUS devez savoir combien il est difiicile
d'amener les autres évéques à cette manière de
penser et de changer un style d'une telle impor-^
tance, quand il a été consolidé par l'habitude de
tant d'années. D'après ce motif, nous croyons
qu'on ne doit ordonner à personne de supprimer
du symbole la parole qui y a été ajoutée, et qu'il
convient plutôt d'user de douceur et de prudence
en exhortant peu-à-peu les autres à renoncer à
leurs blasphèmes. Ainsi donc , ceux qui nous ac-
•cusetit de ccMmplicité cKiq» de pareils sentimeni »ne disent pas la, 'vérité. Tout ce ^'ih doivent j^dire, c'est qu*ici même, à Rc^me, il j a des gens »qut emploient cette formule. Yous devez donc » travailler daccord avec nous pour attirer, par la » douceur, ceux qui se sont éloignés du chemin »de la Térilé.» D'après cette lettre, il paraît évident que Jean regardait comme une erreur et comme un blasphème l'addition Aefilioque^ introduite dans le symbole , approuvée et déclarée dogmatique par les conciles decuméniqueà et paiticu-* liers; tant l'esprit d'ambition le dominait. . Le pape fut, toutefois , très- malheureux parce que sa fausse politique ^exposait à de continuefs dangers dont il se t|ra rarement bien. On dit même qu'il perdit la vie par les mains des parens du pape Benoît III, unis dans uûe conjuration avec Pormose, évéquede ï^orto, pour l'intérêt de Martin, dont nous allons parler, et pour plusieui» autres motifs.
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