PROSPER MERIMEE
mœurs de la civilisation moderne. L'Espagne et la Corse se partagent les affections de monsieur Mérimée. Il a voyagé dans ce dernier pa\s. et l'a étudié comme il étudie; et il faut lui savoir gré des détails qu'il en a rapportés, car on nes'imagine pas lis singulières idées que l'on se formait sur la Corse il n'y a pas encore longtemps. J'ai sous les yeux un ouvrage publié en 1807. et intitulé : Voyages de Lyeomède, sans nom d'auteur. Dans cette indigeste compilation, les hommes s " .- 1 1 > 1 1 1 ■ I lent : Viriate, Lycophron, Xantippe; les femmes : Lavinie. Leucothoé, Pallas; et les idées sont en rapport avec les noms. Cela dure pendant deux volumes.
lin comprend qu'un explorateui intelligent n'ait pas eu de peine a faire du nouveau avec un sujet connu de cette façon, et que monsieur Mérimée ait dû trouver dans la vérité, observée avec intérêt et racontée simplement, un 'iginalité que la convention et le faux goût
seront toujours impuissants à donner. La vendetta
for le fond du roman. Sous l'Empire, un jeune
homme, Orso délia Rebbia, lils du colonel délia Rebbia, i suivi son père au régiment, et a fait avec lui une partie des guerres de cette époque. A la Restauration, Orso, arrivé au grade de lieutenant licencie, et prive de son père, assassiné en Corse deux ans auparavant, revient vivre chez lui. où il retrouve une sœur, Colomba, femme de tète et d'énergie quoique jeune encore, et qui seule a conduit les affaires de la famille pendant la longue absence dos deux chefs.
Ici commence l'intérêt par opposition entre le
caractère d'Orso, auquel ses promenades à travers l'Europ t enlevé l'âpreté primitive, et celui de Colomba, qui a conservé la nature à demi sauvage de
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complète de toul moyen extraordinaire el superficiel. Orso, Colomba, miss Nevil. le colonel Nevil, sont de^ êtres comme nous; ils vivent d'une même vie; il semble que nous les ayons vus quelque part, el nous retrouvons chez eux des traits observés maintes fois autour de nous. Avant d'être des créatures littéraires, ce s-iiit des créatures humaines; et cette remarque, qui devrait être une banalité quand on parle d'un romancier-, trouve si rarement de nos jours une application, qu'elle devient une louange adressée à monsieur Mérimée. Le personnage de Colomlia si- détache de tous les types de femmes dus à l'imagination des auteurs contemporains. Monsieur Mérimée affectionné ces types où la décision el l'énergie dominent plus que la don
ceur. Madai le Goulanges, la Périchole, Carmen,
Diane de Turgis, ne brillent pas précisément par la douceur de leur nature; mais Colomba leuresl supérieure, en ce que l'auteur a pris soin de donner plus de vraisemblance à cette énergie inaccoutumée, et
qu'en Second lieu il a su uli-en el , axée uni' lare sagacité. I; ance qui sépare la vérité de l'exagération.
Lorsque Col lia a vengé le meurtre de son père; lorsque comme elle le dit elle-même, après deux années d'attente et de souffrances, elle m lu tête qui a pensé l'œil qui a visé, la main qui a frappé, elle redevient une gracieuse et élégante femme, et finit par manier l'éventail aussi bien que le stj lel jadis.
J'arrive enfin au* études puremenl morales, qui tiennent une place trop petite dans l'œuvre démon sieur Mérimée. Dans toutes celles qu'il a publiées, il a pu une, de façon a donner du regret aux lecteurs, qu'il était un analyste profond el clairvoyani du cœur hu-