‹ Portraits à la plumeChapitre 27 sur 65 · ii I de · texte numérisé non relu

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PI! OS PEU MERIMEE. 105 Gazul contribua beaucoup à faire pencher la balance de ce côté. Je ne sais si je me fais illusion, et si la connaissance du véritable auteur influe sur mon jugement; mais je crois que c'est précisément par la couleur locale que pèche le théâtre de Clara Gazul, — si. par couleui locale, on entend cet ensemble qui existe entre les œuvres, les mœurs et les faits d'une époque et d'un pays. 11 n'a rien de commun que le nom el quelques détails insignifiants avec les pièces de Calderon et de Lope de Vega; il me semble, en outre, que, puisque ces pièces avaient la prétention de défendre la liberté de la scène, c'était un assez mauvais moyen que de prendre précisément pour arguments des œuvres impossibles à la représentation. Les critiques faites, el en considérant le théâtre de Clara Gazul d'une façon abstraite, je reconnais l'intérêt de cette lecture. Plusieurs personnages sont esquissés avec une grande originalité, el il faudrait bien peu de chose pour leur donner une réputation que monsieur Mérimée a vu infliger à plusieurs de ses inventions par les vulgarisateurs brevetés De ce nombre est Madame de Coulanges, des Espagnols en Danemark, ul celui de la Périt Imlf, dans la pièce anecdotique du Carrosse du Saint-Sacrement. I.rs nuances du caractère de madame de Coulanges sont ménagées avec un art infini. Habituée par s.- Te au métier d'espion, et à ne considérer sa beauté que comme un appâl de plus offert à ceux qu'elle doit surveiller, elle n'est pas née vicieuse cependant, et l'opprobre du métier qu'elle exerce lui apparaît peu à peu, à mesure que la passion entre

dans s :œur. La notion du bien pénètre avec l'a-

i i comme la lumière avec la chaleur, et, lorsque

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PROSPER MERIMEE. 107 milière à monsieur Mérimée, et qui partage sa prédilection avec l.i Corse ; les Ames du intryatoire ne sont pas une œuvre de polémique littéraire^ c'est un récit ilniil le luit est d'intéresser le lecteur et qui y atteint à merveille. C'est l'histoire des amours, des duels, du repentir et de la conversion du personnage populaire en Espagne, de don Juan deMaràna. Comme monsieui de Musset et madame Saml. monsieur Mérimée n'a |>as considéré ce type au point de vue philosophique, il n'y a pas vi personnification du désir cherchant le bonheur sous le voile de la volupté, essayant d'éteindre sur les lèvres île ses maîtresses la soif qui le dévore, il n'a pas cherché à lui donner la forme selon laquelle il le rêvait. Sun but était tout antre. En voyant dans le don Juan espagnol une légende, il a voulu faire la part du personnage, bien marquer ce qui lui appartenait et ce qui était le l'ait d'un autre, et donner enfln une chronique pure île tout alliage étranger. Monsieur Mérimée commence par établir nu point peu important | la philosophie, mais intéressant | i la chronique : à savoir

que don Juan île Marana n'a rien île commun que le prénom et le même amour des femmes avec don Juan Teiiuiiu. connu en France par les drames de Molière et île Mozart, et auquel arriva la singulière aventure de

la statue du c mandeur. Cette question vidée, il entre

en matière. Je ne prétends pas analyser cette charmante histoire après monsieur Mérimée. Ce qui m'en plaît, c'est la rapidité du récit qui ne laisse pas un m'h! instant le lecteur dans l'attente et donne un intérêt toujours actif et toujours nouveau au seul sujet qui en Forme le fond : la séduction des femmes. Un narrateur consommé nouvaitseul tourner cel écueil sans -'\ briser.

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PROSPEK MERIMEE. 109

comme la Guzla, dont je vais dire quelques mots.

Guzla est le nom d'un instrument de musique, dont sr servent les rapsodes de la Dalmatie et de la Croatie pour accompagner les chansons qu'ils récitent à la mort ou au mariage d'un de leurs compatriotes. C'est l'in-

stiu ni national comme la guitare espagnole, le pi-

broch écossais ou le liiniou breton. Sous ce nom générique, monsieur Mérimée réunit plusieurs liallades de sa composition, qu'il publia une première fois comme authentiques et composées par un Morlaque nommé Hyacinthe Maglanovieh. Le tout était accompagné de la vie d'Hyacinthe, faite avec le même soin que celle de mademoiselle Gazul. On voit que monsieur Mérimée est coutumier du fait. Dieu merci, le public n'en a gardé' aucune rancune au spirituel auteur! Monsieur Mérimée, dans une seconde préfacé, a dit, pour s'excuser, qu'il avait voulu faire de la couleur locale dans la Guzla. En vérité, si c'est de cela dont on se contentait en t82!l. on n'était pas fort difficile, car, sauf quelques noms propres el quelques mois techniques placés adroitement, la plupart de ces poésies ressemblent à toutes les ossianeries connues. Mais, en laissant de côté l'originalité des chants morlaques, je crois que monsieur Mérimée s'est vanté dans sa seconde préface; que, pour faire ce recueil, il a travaille beaucoup plus qu'il n'affecte de le dire; qu'il s'est livré à de nombreuses recherches; qu il a compulsé, en un moi, comme il sait le faire quand il le veut bien.

Il prétend que l'ouvrage de l'abbëFortis lui a été fort

utile, .l'end , car, sauf la ballade de la fem l'As

san Aga, l'abbé Fortis ne dot aucun échantillon de

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PIl.OSP.EH MERIMEE. III

lui-uièuie. L'auteur de la Chronique de Charles l.\

n'a pas commis cette faute. Les figures historiques de Charles IX, de Fa m irai de Goligny, de La Noue. n'\ apparaissent qu'au second plan, assez près pour pouvoir être nettement indiquées, assez loin pour ne pas gêner la marche de l'action. Bernard de Mergy, chose rare puni' un héros de roman, n'est ni fade, ni niais, m exagéré. Placé, dès son entrée en scène, en lace de Comminges, la plus fine lame du royaume, et de Diane de Turgis, la plus séduisante femme de la cour, il accepte les provocations de l'un et les avances de l'autre avec l'émotion d'un débutant et le courage d'un homme de cœur, mais sans fatuité et sans faiblesse; et, lorsqu il a tuéson adversaire, lorsque la Turgis, affolée de lui, veut, dans la fatale nuit du 2i août, le retenir an nom îles souvenirs les plus enchanteurs ei de l'amour le plus ardent, Mergj retrouve assez d'énergie pour repousser ce charme amollissant et aller venger

l'assassinat de ses coreligi taires. - Dii de Turgis

est, après Colomba, la plus charmante création de monsieur Mérimée. Elle mêle et confond dan- une mesure des plus heureuses l'élégance spirituelle de la France et l'impétuosité italienne, rapportée et mise à la mode par Catherine de Médicis. La pruderie de notre époque peut s'effaroucher de ses amours avec Mergj ; mais il faudrait ne pas connaître une seule chronique du

seiziê siècle peur prétendre qu'ils ne soni pas dans

les i urs du temps, et c'esl principalement là le hul

de l'auteur. Je ne puis adresser le mê iloge au capitaine George, et, toul en reconnaissant l'habileté avec laquelle ce personnage est dessiné, je dois dire qu'il laii tache au milieu de la vérité historique, de la cou-

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