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par la chaleur de l'impression; la manière académi- Marc-Aurèle , Lucius Vérus ou Commode. La que se retrouve encore dans l'exécution de la direction du regard langoureux, la tête tournée chevelure. La hardiesse de l'époque flavienne de trois quarts sont aussi caractéristiques du type trajane a ouvert, en quelque sorte, le champ à une élégance sobre et calculée. Les portraits qui ne représentent pas des personnalités de la cour impériale conservent beaucoup plus du vigoureux naturalisme des époques antérieures (cf. 248 a).
des œuvres de la période des Antonins et des Auréliens.
Les hermès de kosmètes nous montrent la physionomie que pouvait avoir un noble Athénien du second au troisième siècle ap. J. C.
Si le portrait de Sosistrate de Marathon (pi. 258 b)
Contrairement aux dames romaines qui, pendant est assez romain d'inspiration, d'autres œuvres sem-
la période flavienne-trajane portaient un édifice blent, par leurs physionomies, se rattacher direc-
de boucles fort élevé et artistement disposé, Sa- tement aux portraits de philosophes hellénistiques
bine, femme d'Hadrien, est coiffée d'une manière (pi. 259). Des œuvres telles que la magnifique
beaucoup plus simple, plus naturelle (pi. 257). tête de philosophe cynique du Louvre n'influent
Les cheveux sont partagés en deux au milieu et pas seulement sur la physionomie, mais aussi sur
ramenés en arrière par des bandeaux ondulés. la technique du type et d'exécution. Pourtant la
L'ovale fin du visage, l'arrangement de la coiffure manière de traiter la chevelure a perdu, en se
très seyante montrent l'influence du type idéal de perfectionnant, beaucoup de sa fraîcheur et de sa
Praxitèle, dans la belle tête du musée national de force.
Rome (pi. 257 b). Ce qu'il y a de très particulier Nous possédons, dans un magnifique portrait dans cette œuvre, ce sont les traces de peinture d'Athènes (pi. 261), un représentant d'une race très visibles sur le manteau jeté par dessus la sémitique qui contraste beaucoup avec les têtes tête, qui était rouge, et sur la chevelure qui était grecques. Une épaisse chevelure bouclée tombe noire. De nombreux exemples prouvent que, dans sur les épaules; la beauté captivante des traits les portraits des premiers temps de l'empire, on du visage, la mélancolie douce et pensive de peignait les cheveux, les yeux et les lèvres; pour l'expression ont fait croire, bien à tort, à quelles cheveux et les lèvres, on employait un brun ques critiques que cette œuvre serait une tête de rouge foncé. Ce portrait-ci nous prouve que cette Christ. Ce n'est pas non plus un portrait d'Hérode manière de peindre fut en usage jusque sous Atticus. Ce qui est certain, c'est que cette œuvre Hadrien; mais pendant la période antonine, elle dans laquelle sont unies si merveilleusement le
disparut; on ne se servira plus dorénavant que de moyens purement plastiques pour séparer le visage de la masse des cheveux.
tempérament de la race et la personnalité de l'âme et du caractère, compte parmi les chefs d'œuvre de l'art de l'époque antonine. On ne peut lui
Si l'on cherche les raisons et les sources de comparer, pour la finesse harmonieuse et la subtilité
cette nouvelle manière, il ne faut pas oublier l'influence de l'activité artistique en Grèce qui, sous le protectorat bienfaisant d'Hadrien, faisait éclore une nouvelle et fraîche floraison. Si l'on réunit avec soin les portraits du second siècle après
de l'expression, aucun autre portrait du deuxième siècle.
Combien les portraits romains de l'époque d'Antonin et d'Aurélien paraissent incolores, à côté de celui-là! Ce qui domine, dans la physio-
J. C (pi. 258 — 263) on constatera peut-être, avec nomie des nombreux bustes d'empereurs qui nous
surprise, que la force d'impulsion de ce dévelop- sont parvenus, c'est la pose, l'élégance arro-
pement vient, même en cette époque tardive, du sol gante. Les types de visages efféminés trahissent
grec. Il n'existe pas, en Italie, de portrait d'Hadrien le goût de la débauche, l'intelligence bornée et
dont la technique soit aussi perfectionnée que celle la faiblesse de caractère. La figure noble et douce
du buste de l'Olympieion (pi. 258a). Le regard du philosophe-empereur (pi. 265, 267a) contraste
languissant, la finesse de la peau font songer avec l'élégance antipathique et douçâtre de Com-
à l'élégance efféminée des despotes orientaux. mode (180 — 193) (pi. 270), qui, dans son fol orgueil,
L'empereur y est dépouillé de tout caractère es- se fit représenter en nouvel Héraclès, comme nous le
sentiellement romain. Dans le rendu des cheveux voyons dans l'admirable buste du Palais des Con-
frisés, on admire déjà la virtuosité qui atteindra servateurs (pi. 270 a). Un trait caractéristique de
sa perfection dans les marbres de la période an- la décadence du goût, c'est la grandeur exagérée
tonine, ainsi que le témoignent les portraits de des bustes qui comprennent maintenant toute la
poitrine et les bras. L'impression que cause le pilles, qui fut employé jusque vers 240 ap. J. C.
contraste entre la partie supérieure du corps si „Tandis que la pupille est plongée dans l'ombre,
développée et le petit socle étroit est déplaisante; la prunelle est vivement éclairée, procédé qui
le sculpteur s'est pourtant efforcé de bien rendre imite bien le rayonnement lumineux que l'on voit
la coquetterie théâtrale de l'empereur. Ces têtes aux yeux vivants. Cet effet de lumière change,
ont maintenant un aspect tout oriental. Les types dans ces portraits, selon que varie l'incidence des
de vieux Romains austères on disparu. Sous rayons lumineux, comme dans les yeux vivants"
Septime Sévère (193 — 211), l'empereur lui-même (H. Lehner).
est un véritable Africain animé de la haine ineffaçable Les regards des portraits d'empereurs antonins
et de l'énergie farouche d'un bon Carthaginois ont presque tous une douceur fade, raffinée, qui
(pi. 267b); on reconnaît, dans tous les traits de sous la longue paupière baissée, semble même
son visage, le fils d'une race étrangère. maladive. Ce n'est que dans quelques bustes de
L'importance artistique de la plastique du portrait, à cette époque, réside dans la manière de traiter la chevelure, selon le principe du clair obscur, la masse des cheveux frisés a maintenant un éclat doux et coloré; le regard ne perçoit aucundétail nettement sculpté, on cherche bien plutôt à fixer les reflets d'ombre et de lumière des cheveux. Pour bien comprendre cette nouvelle manière de traiter la chevelure, il est d'une importance capitale de remarquer qu'ici on emprunte à d'autres matières les formes de style dontellessontsuceptibles pour l'adapter au marbre; on reconnaît partout, dans la douceur du modelé, le
Fig. 16.
Buste en marbre de Pietro Mellini, de Benedetto da Majano.
philosophes que nous retrouvons encore la tradition hellénistique. Dans le beau portrait d'homme barbu du musée du Capitule (pi. 273 a), toute la vie intérieure du philosophe sceptique est rendue par le modelé des sourcils et les rides du front; on croirait volontiers que l'artiste, en exécutant ce portrait, avait présent à l'esprit lesbeaux portraits grecs dans le genre de celui de Diogène.
Parmi les nombreux portraits privés de l'époque des Hadriens et des Antonins se trouve le buste, dont l'authenticité est certifiée par une inscription, de l'architecte de la cour, Apollodore (pi. 276) qu' Hadrien envoya en exil,
travail du bois. Voyez, en particulier, les deux puis à la mort, parce qu'il avait critiqué ses plans
têtes de LuciusVérus (pi. 269). De même, l'habitude d'architecture. La tête abonde en détails individuels,
de creuser qui a remplacé l'emploi de la couleur dans les oreilles, par exemple. La physionomie ne
s'explique par cette transformation profonde dans présente aucun caractère essentiellement romain. II
la manière de traiter le marbre. Ce que les portraits est intéressant de comparer cette tête à un excellent
de la période antonine ont, presque tous, de plus buste du musée de Naples (pi. 277) pour y suivre
typique, c'est le poli du marbre, et la direction les progrès de la technique du marbre. Dans ce
oblique du regard. buste, les cheveux retombent encore sur le front,
Si l'art grec avait donné au regard toute sa à la mode d'Hadrien, mais la barbe frisée est déjà
puissance d'expression par le jeu physionomique exécutée selon la technique plus avancée de l'époque
des muscles, dans les portraits de la période anto- antonine. Si l'on trouve, chez Apollodore, l'intelli-
nine, la sculpture emploie les moyens les plus gence précise, mathématique d'un génie technique,
raffinés pour donner l'illusion de la mobilité des ce qui domine dans le portrait de Naples, c'est
yeux. C'est sous Marc-Aurèle que l'on trouva l'expression d'une intelligence de poète et de
le plus grand raffinement, l'art de creuser les pu- philosophe.
Une œuvre de grande valeur, au point de vue C'est surtout de profil que l'on voit bien la grâce
de la culture historique et artistique, sous les An- un peu boudeuse du petit visage sérieux; le front
tonins, c'est le buste d'un nain de cour que l'on est couvert d'une frange de cheveux piats, et les
avait cru, à tort, être le portrait d'Esope (pi. 279) petites tresses sont soigneusement relevées sur le
(Rome, villa Albani). Sur un corps bossu, déformé, derrière de la tête. Les portraits de Faustine l'aînée
nous voyons une tête d'homme barbu spirituelle, (105 — 141) (pi. 283) nous montrent la beauté volup-
subtile; les railleries et la joyeuse humeur de ce tueuse et sensuelle d'une dame noble; le regard attire
nain devaient chasser de l'âme de l'empereur les comme un aimant; on y lit la coquetterie irrésistible
soucis et les inquiétudes. Bien des siècles plus d'une jolie femme sûre de son pouvoir sur les
tard, Vélasquez se trouvera devant un semblable hommes. Les cheveux frisés et la couronne de
problème à résoudre. cheveux qui orne le sommet de la tête encadrent
Les artistes ont aussi trouvé plaisir à rendre bien le visage. Le portrait de Faustine la Jeune
les physionomies différentes des races barbares, toujours plus nombreuses, dont les représentants offraient des typesanthropologiques et physiques du plus vif intérêt. La hardiesse furieuse, la sauvagerie brutale de ces physionomies de barbares font un contraste violent avec la douceur efféminée, l'élégance nonchalante des portraits de cour. Nous ne savons pas à quelles races appartiennent la tête déjeune homme du musée du Capitole (pi. 280 b) que l'on a cru, à tort, être celle d'Arminius, ni la tête de barbare du musée des Offices (pi. 280 a); par contre, il est aisé de reconnaître un type nègre
Fig-. 17.
Buste en marbre de Matteo Palmieri, d'Antonio Rossellino.
(pi. 284 a) (t 175) offre un mélange de sérieux et de volupté; les cheveux partagés sur le milieu du front, forment une succession de petits bandeaux ondulés. Les traits du visage de la tête de femme de la glyptothèque de Copenhague sont pleins d'individualité (pi. 286), le regard a comme une expression de mécontentement. La coiffure en bandeaux ondulés et le chignon très bas sur la nuque sont caractéristiques du temps de Lucilla (147—183). La glyptothèque de Copenhague possède dans un merveilleux portrait de jeune femme, un œuvre de premier ordre (pi. 287). Le
dans la magnifique tête du musée de Berlin (pi. 281). visage rond, légèrement penché de côté rayonne
„I1 y a dans ce visage quelquechose de la beauté de grâce féminine et de beauté; le modelé est
et de l'orgueil dédaigneux d'un carnassier . . . On des plus soignés. Les chairs blanches et bien polies
éprouve presque une sorte de malaise à contempler tranchent avec le ton d'un brun doré de la che-
cette rude physionomie qui par le jeu d'ombre et velure. La coiffure nous est bien connue; c'est
de lumière des pupilles et des prunelles très celle que l'on voit sur les médailles de Manlia
creusées, passe de la sombre mélancolie à la Scantilla et Didia Clara, ce qui fait supposer que
férocité . . . L'œil regarde au loin, non dans le cette tête date des dernières années du deuxième
vague, mais avec une expression d'assurance, de siècle. A cette coiffure naturelle et seyante vont
commandement, et comme pour viser" (Schrader). succéder les perruques énormes et savamment
La puissance énergique et féroce de cette tête la disposées telles que nous les voyons aux portraits
rapproche des portraits de Caracalla. de Julia Domna, native de Syrie (y 217) (pi. 288 b)
Parmi les derniers portraits de femmes de la où le visage apparaît tout aminci sous l'édifice
période antonine, citons une jolie tête de jeune de la coiffure; sur la nuque, les cheveux sont
fille du Musée National de Rome (pi. 282) dont le réunis en une sorte de gros nœud. Les sculpteurs
charme aigrelet rend bien l'impression enfantine. s'efforcèrent de satisfaire la vanité des nobles
dames syriennes, spécialement en ce qui concerne germaniques; c'est l'ancêtre gothique qui se retrouve la coiffure, et c'est ainsi que l'art du portrait put en lui" (Furtwàngler). Le portrait de Maxime resuivre les rapides changements de mode. Na- présente un homme élevé dans la rude discipline tuiellement, cette puissance absuide de la mode militaire; le contraste entre cette œuvre et les excita la verve des satiriques. Martial poursuit de portraits de ses contemporains laisser a une vases satcasmes — et à bon droit — les ridicules leur historique fort significative, exagérations de son temps. Un portrait de Copen- La tête colossale du jeune Gordianus 111 (238-244) hague"' offre un intéressant exemple de perruque date de l'époque suivante (pi. 292). Les formes que l'on peut ôter. L'ovale tendre du visage, entouré sont indiquées plus sommairement, à cause de la de cheveux plats, le regard fatigué, voilé, qui plonge dimension de l'oeuvre; l'expression est concentrée au loin s'unissent pour donner une impression de dans les yeux que le froncement de sourcils rend délicatesse raffinée, noble et frêle. On pense in- durs et tristes. Les cheveux, le regard un peu volontairement, en le voyant, aux bustes de marbre louche, la petite verrue du menton sont rendus si tendres de Laurana. ~ '. Un trait caractéristique d'une manière très individuelle, de l'art du troisième siècle, c'est la grandeur du Le magnifique buste de Philippe l'Arabe buste, ainsi qu'on le voit au portrait de Julia (244 — 249) (pi. 293) montre à quelle perfection l'art Domna (pi. 288b); sous le vêtement, on devine le du portrait put s'élever à Rome, au troisième siècle mouvement du bras droit tout entier. ap.J. C. La poitrine est revêtue de la toge drapée A cette époque on exécute souvent des bustes selon la manière si caractéristique de cete époque en marbre et albâtre de couleurs variées dont tardive. Le regard faux et l'expression renfrognée l'effet décoratif pouvait se déployer dans les salles nous renseignent bien mieux que les documents splendides des palais impériaux. Tirés du milieu incomplets sur la nature de cette âme. On reconpour lequel ils furent exécutés, ils ne peuvent naît bien l'Arabe qui a fait son chemin non par être appréciés comme ils le méritent, dans les la vaillance énergique, mais par la ruse et la fourgaleries encombrées de nos musées actuels. berie. Parmi les portraits privés de cette époque, Le portrait de Caracalla (pi. 290) marque le citons seulement la tête de Munich (pi. 295 b) et le dernier épanouissement de l'art du portrait romain, buste intéressant d'un acteur tragique, au musée du qui ne dura que vers 250. La fureur sombre et Capitole (pi. 295 a). La gravité du premier est aussi l'énergie qui animent le regard et tout le visage parfaitement rendue que l'arrogance du second;
le masque tragique sur l'épaule gauche indique bien que celui-ci est un acteur. Avec Gallien (213-268), les cheveux redeviennent plus longs et la barbe est taillée plus courte. On cherche à reprendre — mais sans succès — la manière de traiter la coiffure selon la mode antonine;
comme une caricature des portraits d'Alexandre. l'exécution reste pauvre et sèche. La tête colos-
Caracalla (211 — 217) fut le premier empereur qui sale du musée national de Rome (pi. 298) est
porta de nouveau les cheveux et la barbe courts; aussi parmi les meilleurs portraits que nous possé-
dans la manière de traiter les petites boucles dions de l'empereur. La mollesse de la physio-
épaisses, on reconnaît encore la tradition antonine. nomie trahit le goût de la débauche et la sen-
Les portraits de l'empereur Maximinus Thrax sualité ; seul le regard sombre révèle l'énergie
(235 — 238) (pi. 291 a) ont aussi les cheveux courts, assoupie. La bouche très petite et la lèvre supé-
et une barbe courte et rude. De ces portraits, rieure dont le milieu pend sur l'autre comme une
le meilleur est celui de Munich"'', en bronze. Les goutte sont des traits tout personnels. Le por-
portraits de marbre aux chairs molles et affaissées trait de Gallien (cf. pi. 299) est la dernière grande
avec de profonds plis verticaux à l'attache du nez production de l'art du portrait à Rome; à par-
représentent l'empereur dans un âge plus avancé. tir de l'an 250, nous ne verrons plus de portrait
Leur forme et leur expression ne sont nullement romain vivant.
romaines. „Ils sont encore plus éloignés du type II en est de même, naturellement, pour les por-
oriental que l'on voit si fréquemment aux portraits traits de femmes. L'apogée et la décadence se
des derniers temps de l'empire, que du type romain. sont suivies dans le cours du troisième siècle.
Les traits francs de cet homme sont évidemment Les bustes des altières femmes syriennes, avec
de Caracalla, le mouvement violent de la tête qui se retourne font un contraste saisissant avec les figures élégantes et efféminées des empereurs antonins. La cruauté et l'abjection de cette épouvantable figure sont admiiablement rendues; dans le désordre hideux des traits, on croit reconnaître
leur expression d'énergie noble et de gravité intelligente sont parmi les meilleures productions de l'art romain. Les deux têtes de la glyptothèque de Copenhague (pi. 303, 304) exécutées vers 230 — 250 ap. J. C. sont d'une vie surprenante. Les expressions sont variées avec beaucoup de finesse; chez l'une, la gravité rude et austère d'une profonde mélancolie; chez l'autre, un visage spirituel, insouciant, au regard franc et gai. La coiffure ne change pas beaucoup pendant cette période; la masse des cheveux entoure le visage comme un casque (pi. 300 — 302). Au temps de Gordianus III, les cheveux tressés par derrière, remontent et sont fixés sur le sommet de la tête (pi. 304).
A partir de la seconde moitié du troisième siècle, la plastique du portrait va s'affaiblissant. Si l'art romain produit encore, à cette époque avancée, de bons portraits, il est pourtant facile de distinguer le commencement de la décadence. Les principes de style qui caractérisent l'art du quatrième siècle ap. J. C, la symétrie inflexible, la tendance à l'effet décoratif sont absolument anti-individuelles. Cette seule observation est déjà un blâme, car un art qui a perdu la faculté de rendre les formes individuelles ne peut plus produire de portraits vivants. Dans les œuvres postérieures de l'art romain, on ne trouve plus d'expression morale; les visages regardent fixement devant eux ; le regard est immobile. Les particularités de formes sont réduites à des schémas décoratifs, sans puissance. Nous possédons encore quelques œuvres de valeur de l'époque de Constantin. D'abord, les deux statues colossales de magistrats romains (pi. 306) , puis une tête colossale dont l'attribution n'est pas certaine (Constantin Ier ?) (pi. 307 a) qui se trouve dans la cour du Palais des Conservateurs à Rome, une tête qui se trouve à la glyptothèque de Copenhague et qui, d'après la découverte de Ponte Sisto serait la tête de Valens ou Valentinianus I" (364-392) (pi. 305 b), et un portrait du musée des Offices (pi. 307 b). Dans ce dernier, on perçoit l'effort pour rendre
les masses de chair amollies, d'une manière caractéristique. Les rides du front et les sourcils froncés sont d'une bonne observation. L'expression réside dans les yeux légèrement levés; pourtant l'effet produit par les pupilles en forme de croissant est brutal et superficiel.
Le succès des tendances décoratives, après l'époque de Constantin, devait être fatal à l'art du portrait. Les têtes font maintenant partie d'un ensemble décoratif (pi. 308); les formes fastidieuses et ternes ont un aspect presque enfantin, primitif, et font involontairement penser aux monuments orientaux. Les yeux sont agrandis et cernés d'un contour dur, les sourcils relevés en forme d'arc; les lignes de la chevelure recouvrent le crâne comme une calotte. Le modelé manque dans les détails du visage ainsi que le sentiment des proportions et des rapports.
Des principes aussi opposés à l'individualité devaient nécessairement conduire l'art antique du portrait à une fin rapide. Les brillantes qualités qui avaient créé tant et de si diverses manières de rendre les traits humains, au point de vue physique et psychique, ces qualités qui nous ont peut-être valu les plus beaux portraits de tous les temps se perdent, à la fin du quatrième siècle, lentement mais irrévocablement.
Des siècles et des siècles s'écoulèrent avant que fleurît sur le sol italien un art plastique capable de créer des têtes humaines que l'on pût comparer aux chefs d'œuvres antiques. — Si l'on compare attentivement le bronze de Ludovic III Gonzague, de Donatello"', au portrait de Norbanus Sorix, ou les têtes de Romains (pi. 137, 143 a) au buste en marbre de Pietro Mellini, de Benedetto da Majano (fig. 16) et au portrait de Matteo Palmieri, de Rossellino (fig. 17) on retrouvera dans le caractère physionomique rude et paysan des uns, de même que dans le réalisme sobre, profond, des portraits du quattrocento, quelquechose d'essentiellement italien, l'héritage des anciens Romains. Et cette remarque offre le plus grand intérêt au point de vue de la critique historique et artistique.