ACHILLE FAURE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
23, BOCLEVARP SAIHT-MABTI!f, 9S
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M. DE JOCY
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Cî-fpt M. de Joinr.
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grognards littéraires: — &9 k T'c Tcct Vét.
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pire a été soarcît cùr/zrrétizz^ c» ierrîîr^ tençs, & qoe ce n ^ pas ^jct i i»^ riîîrtè p2u.-* rt femme en dooîl^etie oendrtt e:;'o!î a v^^'ji it nous Êdre Toir. J'en sc5$ ficfat pc^:;r cî;::x q^ rjt connaissent qoe lespoé»cs o«iar:ir ijtsi it Bflr^^- LcMinian & ks rocîar* de P5»:t:}t'L^.r:^ — cet iKxnme de ktires de î*Err,pcre c^^ tcr.^/î sur une schabraque- Mai^ je la;^ T^ .•trt:^ r/^;çr."t & d^antres Kvres; gi^Tkrjx Sc re^ptàîi^ctr^ c*r.r de Chateaubriand^ par extirp^:^ de K'>;:^tr & de madame de Scsé3^ qui m'c^ tc/.x/:^t fe^t
penser qu'une semblable époque, — une époque de vingt ans, — ne méritait pas la raillerie & le dédain avec lesquels là plupart de nos critiques ont rhabitude de la saluer.
Il en eft bien peu de ceux-là qui n'aient à se reprocher un bon mot sur M. Jouy, — une épigramme sur M. Jay, — une plaisanterie sur M. Arnault. On ferait un volume d'un tel recueil, & ce recueil pourrait être intitulé sans inconvénient la Cravate blanche littéraire.
Laissons dire. Celui de qui je veux parler aujourd'hui valait bien les trois quarts de nos écrivains d'à-présent, je vous l'attefte. Ses vaudevilles étaient tout aussi spirituels que les nôtres, ses tragédies tout aussi froides, ses livrets tout aussi ridicules. Seulement c'était un autre ridicule, une autre froideur & un autre esprit. La pensée & le flyle ont leurs modes^ conmie on sait, & ces modes ont leur Longchamps. La phrase se taille comme Un habit, tantôt courte & tantôt longue, hier en vefte & demain en redingote. La littérature d'alors portait un carrick, celle d'aujourd'hui porte un paletot.
Ne nous moquons pas du carrick de M. de Jouy. Le carrick eft un bon & honnête vêtement, très-ample & très-chaud. Et personne mieux que M. de Jouy ne savait porter le carrick. C'était un homme charmant en société, un
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oraek de goût, un modèle de galanterie, rho'mfrie de son ftyle en un mot. Sa plume avait des précautions inimaginables. Je dis précautions & non délicatesses, parce que la délicatesse inême était dangereuse dans ce temps de' censure irritée, ce qui rendait le métier d'écrivain fort difficile. Au régime des suspeds politiques avait succédé le régime des suspefts littéraires. On arrêtait, pour un hémiftiche, les tragédies de Lemercier & les comédies d'Etienne. M. de Jouy fut à peu près le seul homme à succès de l'Empire. Il eft vrai que l'empereur ne l'a Jamais regardé comme un idéologue.
Je compare M. de Jouy à Marmontel,>— le Zémire & A^ùr de la littérature.
Donnez un habit pailleté à M. de Jouy, & vous aurez Marmontel. Jetez un carrîck sur les épaules de Marmontel, & vous verrez M. de Jouy.
C'eft absolument la même façon dédire, devoir, de sentir. C'eft le même bonheur dans le même talent. Je vais plus loin, ce sont les mêmes ouvrages. — Comme Marmontel, M. de Jouy a fait des tragédies, des opéras & des romans.
C'eft la même plume qui a écrit le Zirphile de l'un & la Guirlande de l'autre ; c'eft la même penséie qui a didé Fernand Corte^ & les Incas. Marmontel a fait les Contes moraux y M. de Jouy a fait V Ermite de la Chaussée-d'Antin.
Tous les deux enfin ont mis au monde un Bélisaire. — Trouvez-moi l'exemple d'une plus frappante analogie.
Il y a comme cela un homme qui se perpétue à travers tous les siècles, — un beau masqueyje te connais^ qui revient tous les cinquante ans avec un habit neuf, — un même académicien qui occupe sans cesse le même fauteuil, — un auteur qui n'eft éternellement occupé qu'à se dédoubler & à se tirer à plusieurs exemplaires. Au dix-septième siècle, ce personnage s'appelait Quinault, au dix-huitième Marmontel, au dixneuvième M. de Jouy, Chacun d'eux n'a' jamais été que l'édition revue & corrigée de son prédécesseur. Ouvrez le volume : il n'y a de changé que la reliure; hier en veau, aujourd'hui en maroquin. Barbin & Panckoucke remplacés par Didot. Quant au texte, c'eft toujours le même, avec cette différence seulement que l'anneau royal d'AdraJie eft devenu l'aspic de Cleopâtre, — qui lui-même eft devenu la perruque de Sylla,
Ce fut une perruque qui fît la réputation de M, de Jouy. — Mais qui n'a pas eu sa perruque, au temps où nous sommes î La perruque de Liszt, n'efl-ce pas un peu son sabre d'honneur? La perruque de George Sand, n'eft-ce pas un peu son pantalon ? — Cherchez bien au fond
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de toutes, nos célébrités. Vous y trouverez unç perruque.
Seulement, la perruque de M, de Jouy était une- perruque véritable. C'était la perruque de Talma; — à peine deux ou trois mèches qui, tombant plates & noires sur le front du comédien, lui donnaient une vague ressemblance avec Tempereur. Rien qu'avec cette perruque, M. de Jouy & Talma ont épouvanté tout Paris. .
Il eft vrai que c'était la première fois qu'on osait rappeler cette grande figure. A cette époque, l'empereur était encore chose neuve & soudaine, M. de Jouy eut la gloire d'être le premier à déshabiller cette ombre augufte, & son exemple ne tarda pas à être suivi de toutes parts.
M. de Jouy a surtout été un homme, — & un talent — de cirçonftance. Il fut tour à tour le , seul & le premier^ deux grands mérites. Le seul prudent sous l'Empire, le premier hardi sous la Reftauration. Il a cultivé tour à tour l'à-pro^ pos innocent dans le tableau des Satines & Ttppo-Saëby & Tà-propos séditieux dans Bélisatre & Sylla. Et quand il n'y eut plus hommes ni choses à exploiter, il en vint à se mettre luimême en exploitation, lui & son succès. De même qu'avec une bouteille d'eau de Cologne il y a des gens qui ont l'art de faire quinze bou-
teilles d'eau de Cologne, de même M. de Jouy trouva le secret de faire quinze Ermites avec son premier Ermite : « Ermite, bon ermite, »
comme dit la chanson. —Cette littérature en cagoule dura assez longtemps, puis on finit par s'en lasser & par la trouver fade. On s'attendait vainement à voir frétiller la queue du diable sous la robe du capucin; la robe ne laissait rien passer. Saint Antoine n'eut pas de tentation.
Je me suis toujours étonné que la vie de M. de Jouy n'ait pas réagi davantage sur ses écrits. -7- C'était bien la peine d'avoir quitté la France à treize ans, d'avoir traversé les mers, d'avoir vu les Indes, Chandernagor ; d'avoir été lieutenant, capitaine; puis d'être revenu, d'avoir eu sa tête à prix, de s'être mis en voyage une seconde fois, de s'être promené au bord du lac de Genève, en Belgique, en Hollande, en Italie, — &cela, pour en rapporter V Ermite de la Chaussée-d'Antirty tout simplement. Il eft vrai que tant d'autres écrivent sur l'Inde, la Suisse, la Belgique^ la Hollande & l'Italie, qui n'ont jamais mis le pied hors du Palais- Royal.
Il fut le premier feuilletonnifte de genre de ce temps-là. Il retroussa ses manchettes, comme faisait le comte de Buffon, & se prit à nous raconter en petits tableaux anodins les mœurs & la société auxquelles il avait l'honneur d'appar-