‹ Portraits bretons des xvii et xviii sièclesChapitre 1 sur 9 · Portraits bretons des xvii et xviii siècles · texte numérisé non relu

Portraits bretons des xvii et xviii siècles

Parmi les projets que j'arrêtais , à vingt ans y avec une ardeur et une ignorance également outrecuidantes , et qui se justifient l'une par Tautre , figurait aux prer miers rangs le dessein d'écrire l'histoire de la Bretagne depuis la fin des guerres de la Ligue ^ jusqu'au eommenceiûent des guerres de la Révolution. Si jedonne'une date à ce projet , ce n'^st pas pour m'en faire un mérite f quoique ce ne fût pas ^ il y a quinze ans^ comme aujourd'hui, la mode la plus générale de choisir pour sujet d'études intimes , le xvii* et le xviii* siècles. La raison de mon choix était la témérité même de mon âge et le désir

juvénile de m'écarter des routes iiattues ; les diffîcidtés de Tentreprise ne m^épouvantaient pas , par la raison toute naïve que je les ignorais absolument. Je dois à mon bon sens cette justice de dire que je ne fus pas longtemps sans reconnaître que le plan de cet ouvrage était bien audessus de mes forces , et que d'ailleurs il ne pouvait être rempli, même d'une façon superficielle et incomplète, par un homme dont les lettres n'obtiennent que les rares loisirs d'une profession qui compte au nombre des plus tyranniques et des plus absorbantes.

Mais en renonçant avec regret à cette œuvre capitale , qui semble pourtant réservée à ce temps-ci , à voir Tardeur avec laquelle les meilleurs esprits en réunissent les matériaux ^ je me réservais quelques fragments du plan : fragments qui , hélas ! sont allés en s'amoindrissant successivement eux'-mêmes , jusqu'aux humbles proportions du [petit livre que j'offre aujourd'hui à mes amis.

Ce qu'il &ut chercher dans cette pé* riode de l'histoire bretonne , dont nous parlons , ce ne sont pas les événements généraux ; ils sont rares : la révolte des tabacs et du papier timbré et la conspira* tien héroïque de Pontcallec marquent à peu près seules l'un et l'autre des deux siècles. La Bretagne réduite à l'état de Province , n'a plus de vie politique qui lui soit propre ; son histoire guerrière et dramatique est terminée ; mais à ce même moment commence pour elle une histoire intime , dont tout le monde pressent l'im^ mense et profond intérêt. Ce pays y si essentiellement indépendant , pour lequel la bonne Duchesse , en devenant Reine de France , avait stipulé des privilèges et des franchises que nos pères estimaient à leur valeur , et que Ton n'estimait pas moins à Versailles , tient toujours le premier rang dans les luttes administratives des deux derniers siècles , et nulle part on ne peut mieux étudier ce qu'ont eu de dé* plorable à tous les points de vue , les en-

vahissements progressifs de la centralisa* tîon et de la paperasserie.

Mais plus attachante encore que Fétude des institutions et de la législation , et tout aussi instructive , nous avons Fhistoire privée des hommes , le tableau des mœurs. Il est vrai de dire que toujours mêlés à des guerres sans fin , les Bretons jusqu'au xvii^ siècle n'avaient pas eu le temps de vivre à leur guise et suivant leur nature. Quand les horribles brigandages, qui marquèrent la dernière période des guerres de la Ligue en Bretagne , eurent à peu près cessé , la Province apparut comme un désert où campaient quelques sauvages. Comme aux v* et vi® siècles j le Christianisme vint apporter la civilisation à ces nouveaux barbares, et les noms de Michel Le Nobletz et du P.

Maunoir , dignes émules de saint Vincent de Paule , de saint François de Sales , de saint François Régis , du bienheureux Pierre Fourier , réveillent les mêmes souvenirs que les noms des Samson , des

Melaine , des Paterne , des Brieuc , àeû Tugdual et des Corentin. Les Bretons , ainsi régénérés , se montrent au milieu du grand siècle avec toutes les qualités qui firent la grandeur de cette époque ; et , tandis que la corruption du siècle suivant gangrenait les sommités de la société , la noblesse de Cour , la bourgeoisie des grandes villes et toute la foule des lettrés ; la Bretagne gardait ses mœurs et ses vertus , perpétuait les traditions saintes d'un autre âge j et préparait à la Révolution les plus illustres de ses martyrs.

Il est assurément fort curieux d'étudier la vie privée de pareils hommes , et ^ Ton en doit tirer un profit moral d'autant plus direct y que ces existences , confinées dans une province qui a cessé d'être le théâtre de grands événements , sont plus vulgaires et se rapprochent par presque tous leurs points de l'existence du commun.

OVf les biographies des Saints et des personnes vertueuses assimilées aux Saints^

Page 1