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avec justice, un rang distingué dans le théâtre moderne. Nous nous contentons facilement de ce qu’elle est, en regrettant ce qu’elle aurait pu être. La différence n’est que du plus au moins.
Madame Plessy a travaillé son éducation avec courage et persévérance ; elle parle plusieurs langues, elle les parle facilement. Sa diction dans la langue française est pure et son accent parfait ; elle ne grasseye pas, elle n’a que des locutions excellentes. Elle s’écoute peut-être trop elle-même, et c’est d’autant plus singulier qu’elle est peu sensible à l’harmonie ; elle n’a pas d’oreille, elle ne peut battre un air en mesure et ne saurait chanter une note qui ne soit effroyablement fausse.
Sa nature est toute particulière ; elle n’a rien d’une comédienne ; ses goûts sont tranquilles et sédentaires, elle est presque bourgeoise, elle vivrait de préférence dans un intérieur de famille calme et rangé. Elle ne s’occupe jamais, ou du moins semble ne pas s’occuper des propos ■et des tripotages de théâtre, dont elle est, paraît-il, instruite après tout le monde.
Madame Plessy déteste la représentation; c’est pour elle une véritable corvée que d’être
MADAME ARNOUI.D-PLESSY. 149 obligée de se montrer parmi des gens qu’elle ne connaît pas beaucoup. L’intimité est son rêve, elle envie le sort de ceux qui cachent leur vie, entourés des leurs, écartant les soucis de la célébrité et de la gloire. Elle a élevé elle-même son jeune frère, Mathieu Plessy, devenu un chimiste distingué; elle soutient sa mère et son beau-père. C’est une personne honorable dont l’aspect digne et honnête frappe aussitôt qu’on l’aperçoit.
Ses congés se passent à la campagne, à la vraie campagne, où elle se ferait volontiers fermière. Elle marche beaucoup, elle boit du lait, elle se couche et se lève en même temps que le soleil ; elle ne fait point d’idylles à rubans roses, mais des bucoliques en sabots et en cornette. Elle oublie complètement les arbres de carton, les prairies factices pour la réalité ; elle quitté es champs à regret. Paris lui bourdonne aux oreilles comme un essaim de mouches importunes, dont elle fuit encore plus le bruit que les piqûres.
C’est une personne romanesque et sentimentale ; elle se crée des illusions qu’elle a la douleur de voir s’envoler trop haut pour qu’elle puisse les atteindre. Cette tendance de son es-
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prit forme un désaccord complet avec ses penchants. Elle lit beaucoup, presque toujours des choses sérieuses : les œuvres d'imagination ne lui plaisent guère, elle étudie enfin et sévèrement. Sa conversation est empreinte de ces dispositions, elle manque de traits et de saillies ; pourtant elle a des aperçus remplis de sagacité. Elle ne fuit pas la discussion et soutient chaudement son avis. Ses admirations lui sont sacrées, elle ne souffre pas qu’on les attaque.
Son humeur n’est pas égale ; elle passe d’un abattement extrême à une animation éphémère.
Lorsqu’elle est gaie, elle rit comme un enfant mignard, elle a même des éclats bruyants qui ne rappellent pas toujours Célimène ou Araminte : ils tiennent plutôt de la bucolique de tout à l’heure. Ce sont des contrastes perpétuels.
Elle a peu de penchant pour le luxe, bien qu’elle soit élégante et convenable, autant dans la tenue de sa maison que dans sa toilette. Elle n’a pas hérité de la recherche exquise de mademoiselle Mars, de ce goût parfait qui la rendait l’arbitre de la mode. La beauté de madame Plessy n’a point tout l’éclat qu’elle mérite, peutêtre parce que la science de la coquetterie lui refuse ses secrets. Elle a feuilleté le livre à