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Il e3t toujours difficile de parler suffisamment bien d’une belle personne. Si on la loue avec excès, on mécontente ses rivales ; si les compliments sont raisonnables, on la blesse ; elle ne reconnaît pas dans la vérité les exagérations de ses adorateurs ; elle croit qu’on ne lui rend pas justice, et, loin de savoir gré au peintre réservé de ce qu’il a dit de gracieux, elle se souvient seulement de la critique, si légère qu’elle soit. Nous devons prendre notre parti d’avance de ces accusations, et, lorsque nous aurons à nous occuper d’une femme, ne pas compter sur sa reconnaissance; c’est, d’ailleurs, la dernière chose dont il faille se soucier en ce monde, si l’on ne court pas après la pierre philosophale.
Madame Arnould-Plessy est assurément fort belle à la scène tt à la ville. On pourrait lui appliquer ces vers, adressés par un poète du dix-
lûC MADAME A RN OU LD - 1* LESSY.
huitième siècle à une duchesse qui ne comptait ses années que par les printemps :
• La nature, prudente et sage,
« Force le temps à respecter « Les charmes de ce beau visage « Qu’elle n’aurait pu répéter. »
C’est toujours Célimène, Sylvia, Araminte ; elle nous est revenue de Saint-Pétersbourg telle qu’elle était partie: c’est la même taille, la même nonchalance dans les mouvements ; c’est le même regard humide, ce regard de biche blessée, lorsqu’elle souffre ou qu’elle est mélancolique ; ce sont ses blanches mains, aux doigts effilés, c’est la même voix un peu chantante, un peu pointue. Pour me servir d’un mot célèbre: elle n’avait rien appris ni rien oublié, et tant d’autres oublient, en pareil cas, s’ils n’apprennent point 1
Madame Plessy a du talent; elle manque de charme, à force de chercher à en avoir. Elle dit bien, elle dit juste; mais ct.'c dit, elle joue ; le naturel n’est pas dans ses cordes, elle tourne ses yeux et sa tête ; elle appuie, elle souligne ses effets ; elle gâte enfin les dons remarquables que lui a prodigués la nature, pour vouloir les trop
MADAME ARNOlLD-FLESSY. Uî
mettre en relief. Si elle restait elle-même, comme cela lui arrive quelquefois, lorsque la situation remporte, elle y gagnerait tout ce quelle nous fait perdre. Elle a des moments délicieux quand
elle ne les travaille pas. Le théâtre de Marivaux lui sied mieux qu’aucun autre; son papillotage entortillé s’accorde à merveille avec l’affectation coquette de l’actrice. La franchise et la vérité de Molière lui sont moins favorables. C’est chez elle une habitude passée dans la nature, elle 11e pourrait être autrement. Un peu moins de beauté l’eût mieux servie. Si l’on eût été plus sévère dans ses débuts , elle aui ait moins songé à plaire et elle aurait plu davantage. Malgré elle sans doute, ayant devant les yeux la perfection de mademoiselle Mars, elle tâcha de l’imiter ; elle se composa une manière qui tenait de la grande comédienne et de mademoiselle Anaïs, si charmante cependant, jpar les qualités qui manquent à madame Arhould. Sa voix prit de leurs inflexions à toutes deux ; elle perdit de son individualité et n’a jamais pu la reprendre.
Celle quelle s’est créée n’est pas la véritable. Sans être une comédienne franche et accomplie comme mademoiselle Augustine Brohan, qu’on doit mettre en dehors de toute comparaison en ce temps-ci, elle n’en occupe pas moins, et