P. LEROUX
n'en prodigue pas moins cette semence, divine croit-il, enfouie longtemps peut-être, mais devant produire des arbres géants , dont les branches abriteront l'univers entier. Tel est son rêve.
En affaires , il est oublieux, les intérêts matériels lui sont trop inférieurs, ce qu'il dépense pour le bien-être du genre humain ou pour le triomphe de tidfe est jeté dans le gouffre de l'immensité et devient pour lui un instrument brisé, auquel il ne pense plus.
Comme tous les penseurs, il déteste le monde et n'y va jamais. On ne le voit à aucune réunion, encore moins au café ou dans un club, excepté lorsqu'il s'agissait de politique militante. Sa sobriété est celle d'un Spartiate, je ne crois pas qu'il sache ce qu'il mange ou ce qu'il boit. Il fait de très-longues courses à pied dans la campagne, car il habite les champs et ne vient à la ville que par exception. Il a maintemant planté sa tente à Jersey, sans que lien l'y oblige, il y vit dans la même retraite qu'auparavant.
Ainsi qu'il a peu de besoins, il a peu d'arrangement, chez lui la pensée envahit tout.
Dès son plus jeune âge il se distingua dans les études sérieuses, il était à dix-neuf ans secré-
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tsàre du ministre de la guerre. Son écriture ressemble à son visage, elle est bizarre, elle est grosse et bien formée, elle est belle, elle est lisible, et pourtant elle étonne.
Au total, Pierre Leroux est une individualité très-marquée, un de ces êtres destinés à jouer un rôle, et que Dieu a créés avec un dessein particulier sans doute. Il a reçu les dons nécessaires à sa mission providentielle, à côté de ces dons se trouvent les inégalités dont ils sont la source. L'avenir dira si ce rôle tracé a été rempli, et la postérité seule peut juger de tels apôtres, lorsque leur doctrine a porté ses fruits, ou lorsqu'elle est retombée dans les utopies.
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Il y a toujours deux hommes dans un écri* vain, il y a celui que le public connaît et celui qui se révèle seulement à ses amis ; celui qui met souvent en action des principes tout opposés à ceux qu'il proclame, non pas parce qu'il est double, mais parce qu'il interprète sa pensée autrement qu'elle n'est génémlement comprise, et aussi parce que toutes les maximes ne sont pas aussi faciles à suivre qu'à inventer.
Ainsi on se crée des physionomies fantastiques, on fait de ses auteurs favoris des portraits qui ne sont ressemblants que dans l'imagination, et si Ton vient à les connaître, on est tout surpris de les trouver justement le contraire de ce qu'on les supposait.
Louis Jourdan est dans cette catégorie.
En lisant ses articles du Siècle^ <f une critique un peu acerbe quelquefois, ses attaques