‹ Portraits contemporainsChapitre 11 sur 28 · F. LEROUX · texte numérisé non relu

F. LEROUX

avec euK qu'à armes courtoisest et vient à bout de leur persuader qu'ils sont d'accord à diffé* rents points de vue. Sa tolérance est entière, il ne garde pas rancune parce qu'on n'a pas les mêmes vues que lui, et ne cause pas seulement philosophie, arts et politique.

11 est si insinuant, il sait si bien convaincre qu'il adoucit même les Juifs. Lorsqu'il a besoin d'argent, et dans ce temps-ci, cela arrive atout le monde, il en obtient des prêteurs les plus rebelles. Ceux qui exigent des autres des garan* ties doubles l'obligent sur sa parole, ou pour parler plus vrai, à cause de sa parole à laquelle rien ne résiste. Cet argent n'est jamais pour lui, car il n'a pas de besoins, il est d'une simplicité outrée et pousse le mépris de l'élégance jusqu'à Texagération. On aimerait à le voir prendre plus de soin de lui même ; sans être beau il a un de ces visages qui frappent, il est à la fois commun et original. Son regard est superbe et il est excellent; son front est plein de promesses, il rayonne ; sa tête est une des plus grosses que l'on connaisse, et sa physionomie aussi sympathique que sa conversation. Pour être philosophe on n'est pas obligé d'imiter Diogène, d'habiter un tonneau et d'en accepter toutes les conséquences.

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Pierre Leroux soutient sa famille entère, il a plusieurs frères et leurs enfaots, il s'est niarié deux fois et a, de ses deux lits, onze rejetons qu'il adore. Il a soigné sa première femme, morte folle, avec une tendresse et une sollicitude très-rare, sans renier aucune des suites de cette folie et sans se plaindre, au contraire. Dans sa femme, il aime toutes les autres et lui garde une fidélité scrupuleuse. D'une humeur parfaitement égale, d'une grande douceur, d'une bonté compatissante, il rend heureux ce qui l'entoure. Personne n'entend mieux que lui l'art de consoler, il compatit aux douleurs qu'il connaît, et cherche à deviner celles qu'il ignore, afin d'y compatir aussi. Nous avons tous les défauts de nos qualités, il est peut-être un peu faible, ce qui rend son commerce le plus agréable du monde aux indifférents. Ses amis préféreraient plus d'énergie ; à force d'être homme de sentiment, le sentiment devient élastique et se prête trop facilement.

Il aime bien, il est serviable; insensible à la misère, il songe au bien-être des autres sans se soucier du sien, il n'a point d'ambition; ses espérances ne sont que dans l'avenir des âges, il sait qu'il ne récoltera pas ce qu'il sème, il

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