‹ Portraits d'artistes - peintres et sculpteursChapitre 12 sur 12 · GÉRICAULT. 3S · texte numérisé non relu

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nioaieuse les traits gravés dans la pensée. Que Géiicault Luimùt pail'aitenieiit le but de la peinture, qu'il se lut rendu compte de toutes les conditions de son art, je ne songe pas à le mettre en doute. Le Radeau de la Méduse, j'en demeure profondément convaincu, n'eût pas été son dernier mot. Cependant, comme nous devons le juger d'après ses œuvres et non d'après les pensées que nous pouvons légitimement lui attribuer, nous sommes forcé de caractériser ce tableau d'après les seules qualités qu'il nous révèle. Or, ces qualités, sur lesquelles j'ai appelé l'attention, estimées d'une façon générale, se réduisent à l'expression de la réalité. Et s'il est vrai, comme je le pense, sans vouloir essayer de le démontrer, que la tâche du peintre n'est pas renfermée tout entière dans l'imitation, il faut bien recomiaitre que Géricault, malgré son prodigieux talent, n'est pas un peintre complet. Je lui rends pleine justice, mais il m'est impossible de voir en lui un homme digne de prendre place à côté de Léonard, de Michel- Ange, de Raphaël.

Je n'ignore pas qu'une telle déclaration semblera puérile à tous les esprits i'amiliarisés avec l'histoire de la peinture. Aussi n'est-ce pas pour eux que je parle. Je m'adresse au public français, habitué à entendre citer Géricault comme chef, comme rénovatem* de la peinture française. Combien de fois le nom de Géricault n'a-t-il pas retenti à mes oreilles comme le nom d'un maitre qui défie tous les reproches ! Le réalisme a fait, depuis quelques années, des progrès effrayants dans toutes les branches de la fantaisie. L'invention est considérée par la tuule, et malhemeusement aussi par un grand nombre de peintres, de statuaires et de poètes, comme une condition secondaire. Imiter, transcrire littéralement, s'appelle aujourd'hui faire preuve de génie. Or, Léonard, Michel-Ange et Raphaël, qui sans doute connaissaient la nature aussi bien (juc les réalistes de nos jours,

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n'ont pas circonscrit leur tâche dans ces étroites limites. Pour ces génies privilégiés, l'imitation était un moyen et non pas un but. Si la Cène de Sainte-Marie dos Grâces, le Jugement dernier, r École d'Athènes, n'oKrdiient pas cà nos regards quelque chose de plus que l'imitation fidèle de la réalité, Léonard, Michel-Ange, Raphaël n'occuperaient pas dans l'iiistoii'e une place si considéral)le. 11 y a dans leurs œuvres un mérite indépendant de Timitation. On trouverait sans peine dans l'école hollandaise, dans l'école lUimande, plus d'un maître dont le pinceau a copié la nature avec une fidéhté que Rome et Florence n'ont jamais connue, et pourtant Rome et Florence tiennent le premier rang : pourquoi? C'est que Rome et Florence ont compris toute l'importance de l'idéal dans la peinlme.

Géricault, voyant l'école française s'épuiser dans l'imitation servile de la statuaire antique, a voulu la rappeler à la source même de toute vérité, à l'imitation de la natm-e. A l'heure oii il est venu, peut-être n'avait-il rien de mieux à faire. Quelque jugement que nous portions sur ses œuvres, nous devons reconnaître qu'il a exercé sur l'école française une action salutaire. Pour marquer nettement le rang qui lui appartient, il faut étudier son rôle en même temps que ses œuvres : c'est la seule manière de lui rendre juslice. Si le temps lui a manqué pom- nous révéler toute sa pensée, s'il n'a pas satisfait à toutes les conditions de son art, s'il a toujours attribué, du moins dans ses œuvres, trop d'importance à la réalité, il a laissé dans l'école française une trace profonde, et vouloir contester les services qu'il lui a rendus serait se rendre coupable d'ingratitude. Le Radeau dr la Méduse, d'où l'idéal n'est pas d'ailleurs complètement absent, n'est pas le dernier mot de la peinture^ ce n'est pas non plus le dernier mot de Géricault : je prends à témoin tous ceux qui ont vécu dans son inti-

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unie, cl qiii savent ce qu'il pensait, ce (lu'il disait de cet ouvrage si justement admiré. Géricaiilt est à Nicolas Poussin ce que Ribeiia est à Murillo, ce ([u'Amerighi est à Raphaël.

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