Portraits d'Ignotus [pseud.]
Ce n'est pas une préface, pas même une introduction — c'est tout simplement une note explicative. L'auteur confesse naïvement qu'il a dû conserver avec regret à ce livre le pseudonyme d'Ignotus. Mais quand il a voulu jeter son masque, — c'était trop tard. Le masque était devenu bien plus important que la figure! On a beaucoup raconté sur l'auteur. Il n'a jamais répondu. Il continue à croire que sa vie est moins intéressante que son œuvre. 11 n'en parlera pas. Cependant il doit dire ceci qui intéresse son livre. Deux fois élu conseiller général, nommé huit fois membre du bureau, l'auteur a cependant échoué aux avant-dernières élections des députés, dans l'arrondissemen: de Nantes. Quoique dépassé seulement de deux mille voix, il s'est retiré après le premier tour de scrutin. Appartenant par son père à une des familles qui ont servi de plus près la vieille monarchie française, il est aujourd'hui de son temps. L'auteur est de l'opinion conservatrice et libérale, modérée et moyenne. Les 3.400 électeurs de l'arrondissement de Nantes qui lui ont donné leurs voix appartenaient à différents partis conservateurs et libéraux. Cette situation indépendante, qui a nui à l'auteur devant le suffrage universel, devait lui profiter devant le public lecteur. L'auteur est devenu un écrivain. Il a quitté la carrière purement politique, à l'âge où nos pères la commençaient à peine.
L'auteur n'a rien changé, en dehors des détails simplement artistiques, à ces portraits qui, tous, ont été publiés dans le Figaro. C'est que ces portraits ayant eu, par ce journal, la plus grande publicité du temps, en ont reçu une sorte de Patine qui leur donne un caractère de vérité. L'auteur n'a pas voulu effacer cette sorte de glacis qui rappelle la couche bitumeuse que le temps met sur les tableaux. Certes, peu de portraits ont reçu autant de pluie et de soleil! L'auteur n'a pas osé y mettre des repeints. C'est pourquoi ses portraits ne sont pas mis absolument à l'heure — ainsi que cela lui eût été si facile. Ils retardent de quelques mois. Cependant l'auteur les croit toujours ressemblants. Il a changé dans ce livre leur ordre d'apparition. C'était sa coquetterie tic prouver que la ressemblance demeurait, en dépit de ces déplacements. Il avait vu de prés tous les hommes dont il