XXX VII
Il n'y a pas un seul nom propre dans les Maximes de La Rochefoucauld ; pour un penseur de cette condition, c'eût été déroger.
11 y a cela de singulier dans certaines Maximes de La Rochefoucauld, qu'on peut les retourner et avoir un sens tout aussi juste ou piquant. 11 dit: «Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison. » Ce que M™® de Grignan retournait ainsi : « Nous n'avons pas assez de raison pour employer toute notre force. » Il dit : « On pardonne tant que Ton aime. » On pourrait dire aussi bien : « On ne pardonne pas tant que Ton aime. » Hermione s'écrie :
Ah ! jo l'ai trop aimé pour ne le point haïr !
Au reste, cette contradiction possible à l'égard des Maximes en justifie, s'il se peut, Tesprit ; elle ne fait que mieux trahir la contradiction même du cœur.
Le philosophe systématique et le moraliste sont volontiers mal eosembie. Le moraliste, en souriant^ importune l'autre ; il sait la ficelle secrète et gêne les grands airs du conquérant. Descartes et La Rochefoucauld^ s'ils s'étaient vus, auraient pu difficilement se souffrir.
Une grande partie des qualités du style, chez tel auteur brillant, tient à un défaut du caractère. L'inquiétude chatouilleuse où il est de chacun le force dé s'ingénier aux nuances : plus calpae, il ferait «loiqfi.