Archives de Nantes
rejoint le H par sa mère et sa sœur, la princesse Henriette; le 12, il couchait à Vieillevîgne ; le 13, à Legé; le 14, il chassait de Tîle de Ré le prince de Soubise et faisait sur lui six à sept cents prisonniers, qu'il envoyait à Nantes quelques jours après.
Le zèle du nouveau prélat, sa charité toute évangélique, s'exercèrent au milieu de ces troubles : le 27 mars, François L'Huillier, prévôt général de la connétabhe de France, des camps et armées du Roi, rendit contre tous ces prisonniers un jugement qui condamnait treize d'entre eux à la potence et les autres aux galères^ Cospeau, informé de ces mesures si rigoureuses qui devaient s'exécuter le jour même, voulut voir les condamnés, et, si ses démarches ne purent faire lever ou retarder la sentence, du moins ses bonnes paroles acquirent à la religion catholique cinq conversions. Sa bonté n'abandonna pas les autres; à ses instructions, fréquemment répétées, cinq ou six cents d'entre eux abjurèrent le calvinisme, et bientôt le Roi écrivait de Montpellier à la ville de Nantes une
1. Le Mée dit quatorze. < Quatorze rebelles ayaiis esté sententiés de mort dans l'Islo de Rô pour crimes personnels : ce Religieux Euesque se présenta pour les secourir en ce dernier deuoir: mais auee quel transport de charilé! On le vit marcher le long des rues, d'vn des bouts de la Ville où estoit la prison, iusqn'à Tautre où estoit le supplice, les tenant embrassés chacun d'vne main, les arrosant de ses larmes, les embrasant de ses soupirs, leur disant des paroles de feu et de ilnmes, et les encourageant de telle façon qu'ils sembloient trouuer les délices dans la douleur, la gloire dans Tignominie, la satisfaction dans Topprobre, et la vie dans la mort. Il ne se rebutoit point d'estre personnage dans vn spectacle qui donnoit de Tborrour et de i'effiroy à tous les spectateurs. »
lettre (4 septembre 1622) qui montrait Tintérêt que prenait le pieux évoque à ces pauvres gens : « Afin que vous soyez deschargez de ceulx qui se sont volontairement convertis, nostre volonté est que voits les mettiez en libertéy ayant trouvé bon de leur accorder cette grâce à la prière qui noiLS en a esté faite de la part de Cevesque de Nantes. Vous n*y ferez donc faulte, car tel est nostre plaisir. »
Cette même année, Cospeau, à qui le Roi avait abandonné, comme il Tavait fait à plusieurs de ses prédécesseurs, ses droits de régale, réclama du chapitre les émoluments du sceau perçus pendant la vacance. Ces droits, fort modiques, restaient ordinairement au secrétaire ; aussi estil à croire que le nouvel évoque, en les réclamant, défendait plutôt un principe qu'il n'agissait par intérêt; car, dit le cardinal de Retz dans ses mémoires*, « il soutenoit répiscopat avec une piélé sans faste et sans fard, et son désintéressement étoit au delà de celui des anachorètes. » Aussi, le factum du chapitre, tout en combattant ses prétentions, rendit pleine justice à son insigne piété et à son savoir éminent, et montra une impartialité, qui prouve \nen qu'il n'y avait dans ce débat rien de personnel. D'ail- Icurs, sans cesse occupé de son diocèse, qui depuis cinq ans n'avait pas été même visité par les évoques ses prédécesseurs, il cherchait à réformer les abus que le temps avait apportés, et faisait publier un Propre des Saints de Nantes^ rédigé par Vincent Charron*.
1. Mém, du cardinal de Rets.— Genève, Fabry,1751,4 vol. in-12, l, I, p. 58.
2. « Qui pourra dire, s'écrie René Le Méc, avec quel zèle il 3*est comporté en ce sacré ministère...? Et ne faut-il pas confesser
Après avoir ainsi pourvu aux affaires les plus pressées, il partit pour Paris : il y était appelé par Taffection qu'il portait à la famille de Retz, qui venait de perdre un de ses membres, l'évêque de Paris, cardinal de Retz, mort à Montpellier, dans le camp du Roi.
Quand le corps du défunt fut apporté, la ville fit mettre sur pied un assez bon nombre d'archers, et Talla recevoir jusqu'à réglise de Saint-Jacques du Haut-Pas, dans le faubourg Saint- Jacques, avec les plus grands honneurs: l'on était au 6 octobre. Le lendemain se fit à Notre-Dame le service des morts; une contestation s'éleva entre la Cour des comptes et le chantre de Notre-Dame, qui voulait avoir son siège au-dessus de la Cour, comme le duc de Montbazon, gouverneur de la ville, avait le sien audessus du Parlement; l'office fut un instant troublé; mais le chantre se retira, et Cospeau, qui était chargé de l'oraison funèbre, put rendre au cardinal de Retz l'honneur qu'il avait déjà rendu à la maréchale de Retz en 1603, à son début dans la carrière de la prédication : malheureusement, ces deux discours, qui ne semblent pas avoir été imprimés, sont probablement perdus.
Cospeau n'attendit pas la mort du cardinal de Bérulle, dont il était l'ami, pour se déclarer son apologiste; dès que les persécutions de l'envie s'attaquèrent au vénérable
que par ses soins infatigables, 11 a réussi en telle sorte que ceux qui dormoient dans le clergé se sont resueillés de leur sommeil...? que par son moyen, les laïques ont esté éblouis de la pompe des vestements sacrés, que les plus grands et les plus sages du siècle ont confessé que la charge des seigneurs et des sénateurs de la terre n'etoit point si illustre que celle d*yn prestre de Jésus-Christ?-
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fondateur do TOratoire, Cospeau mit sa plume au service d'une cause qui lui était chère.
Les ouvrages du cardinal de BéruUe sont aujourd'hui peu consultés : son style, plein d'onction, a le défaut d'être un peu diffus; mais le rôle important de leur auteur attirait alors sur eux l'attention ; lorsqu'il publia ses douze Discours de Célat et des grandeurs de Jésus, ses ennemis, qui ne pouvaient lui pardonner sa faveur auprès de la Reine, se levèrent en masse contre lui ; « on poussa les excès à un tel point, qu'on voulut le lapider, et qu'on osa l'accuser d'hérésie.
> L'orage commença à Bordeaux; on y assembla plusieurs docteurs, et l'on eut bien soin de cacher aux juges l'auteur des Prières en question. La vérité triompha*. -»
M. de Bérulle, ferme et modeste, dédaigna de répondre à ces attaques, dont il ne chercha à se justifler qu'après une dizaine d'années d'un silence patient. Ses ennemis profitaient de sa longanimité, pour répandre dans le pays libelles sur libelles, calomnies sur calomnies; le pieux cardinal, qui eut l'occasion de voir le Roi lorsqu'il passa à Poitiers pour se rendre à Bordeaux, ne parla même pas des persécutions dont il était l'objet. Mais ses amis s'émurent pour lui; et Cospeau, qui avait joint son approbation à celle que les évêques de Poitiers, de Langres et de Belley avaient accordée au livre de leur respectable ami, fit paraître en 1622, chez Ant. Estienne, une petite brochure de quinze pages, intitulée : « Reverendissimi do-
l. Vie du cardinal de Bérulle,— Paris, Nyon, mdglxiv, in-12, pautm.
mini Philippi Cospeam\ Nannetensium episcopi, ad illustrissimum cardinalem Benlivolium, Galllarum proteclorem, pro reverendo pâtre BerulUo epistola apologelica. » Il ne peut s'élever avec trop de force contre deux diminutifs de moines [fraiercuU)^ dont le devoir est de pleurer et non d'enseigner, qui ont eu Taudacieuse folie d'allaquer le P. de Bérulle, le plus parfait modèle de la piété, le plus heureux des hommes dans ses luttes contre riiérésie : s'ils ont fait paraître leurs libelles sans nom d'auteur ni d'imprimeur, c'est qu'ils n'ont pas voulu, — sagesse de fou, — signer un mensonge. — Suit l'examen de quatre passages du père de Bérulle, à qui l'auteur donne les plus grands éloges.
Cospcau, qui prenait volontiers en main la cause de l'opprimé, ne partageait pas contre le poète Théophile la haine que lui témoignaient les Garasse et les Guério. Il avait défendu M. de Bérulle vertueux et persécuté; il nabandonne pas plus Théophile coupable peut-être de mauvaises mœurs et d'impiété, mais à coup sûr d'un fort mauvais livre, et c'est à peu près a la même époque qu'il lui montre toute sa bienveillance. Aussi Théophile, avant sa sortie de prison en 1624, parle-t-il de lui avec éloge.
Un autre poète, aussi débauché, mais moins impie que Théophile, et qui était en ce moment à Belle -lie auprès du duc de Retz, Saint -Amant, ne sait quelles louange? donner à Cospeau, qui avait accepté la dédicace de son poème du Contemplateur : Vous, lui dit-il,
Vous, par qui i'espere estrc exempt De choir en l'éternelle dame,
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Âpostre du siècle présent, Cause du salul de mon ame, Divin Prélat, sainct Orateur, Juste et souverain Destructeur Des infernales Hérésies, Grand Esprit, de qui tout prend loy, Et dont les paroles choisies Sont autant d'articles de Foy ;
Vous qui gardez dVn soin si dous Le cher troupeau de vostre Maistre, Luy donnant, en despit des lous, Le sacré pain de grâce à paistre :
Yray Ministre d'Ëslat du Ciel, Cœur débonnaire, Homme sans fiel.
Qui viuez comme font les Anges, Et méritez qu^en chaque lieu On vous fasse part aux louanges.
Que vous mesmes rendez à Dieu ;
Vous, dis-ie, qui daignant chérir Les Nobles travaux de la Muse, Auez voulu vous enquérir A quoy maintenant ic m'amuse; Je vous le veux dire en ces vers...
Malgré le charme que devait trouver Cospeau à vivre au milieu de beaux esprits dont il avait partagé l'instruction, ou qui s'empressaient de rendre hommage soit à ses vertus, soit à son crédit, révoque ne prolongea pas son séjour à Paris jusqu'à la fin de Tannée, et il put assister aux Etats qui se tinrent a Nantes, en décembre 1622, sous la présidence de Jean de Rieux, .marquis d'Assérac.
400 PORTRAITS DU ORANÛ SIÈCLL.
Bientôt après, nous le voyons commencer à témoigner de sa faveur pour les établissements religieux; les Carmélites et les Bénédictines du Calvaire surtout étaient Tobjet de ses aiïections : c*est en Faveur de ces dernières qu'il proposa au chapitre, le 23 janvier 1623, d'admettre Tordre à Nantes; en même temps, il faisait demander au bureau de la ville, par Raoul de la Guibourgèrc, sénéchal et maire de la ville de Nantes, Tautorisation nécessaire pour que les religieuses s'établissent dans un des faubourgs.
Cospeau ne pouvait mieux montrer son amitié pour M. de Bérulle qu'en favorisant les Carmélites, dont celuici était allé chercher le noyau en Espagne', ni son désir de seconder le I^. Joseph qu'en soutenant ses efforts pour répandre par la France Tordre si rigoureux des Bénédictines du Calvaire. Les sympathies ne sont pas en général attachées au nom de Vdme damnée de Hiclielieu; mais si VÉminence grise a trop écouté son ambition dans les affaires d'Etat, on est forcé, quand il s'agit de Télablissement des religieuses du Calvaire, de lui reconnaître des qualités qui semblent incompatibles avec son caractère politique. Son zèle ne se dément jamais quand il s*agit d'elles; c'est surtout de Poitiers et de Paris que sont datées ses lettres; mais nous en voyons aussi de Bordeaux, de Metz, de Ratisbonne même : par son active correspondance, il vit au milieu d'elles*; son langage est empreint d'une dou-