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Vie du cardinal de Bérulle

2. 1" vol. — Epistres écrites a plume volante aux religimis» bénédictines de la congrégation de nostre Dame du Calvaire, par le

PHILIPPE COSPEAL*. 4Ul

ceur, d'une onction toute paternelle, et le style en est fort remarquable pour sa date (1619-1631 environ), s'il n'a pas été retouché au moment de la publication.

Ses efforts, vivement aidés par révoque de Poitiers, pour ramener les couvents, alors si déréglés, aux rigueurs de leur institution, trouvaient un appui non moins puissant dans Cospeau : comment ne se serait-il pas rendu aux plaintes si sages du fondateur?

Le P. Joseph indique aux religieuses de ces monastères les péchés auxquels elles s'exposent par le luxe de leur église ou de leurs vêtements, par leur facilité à accueillir les visiteurs, par leur empressement à recevoir et à faire des présents, et il termine sa lettre par ce passage :

« Maintenant il n'y a maison si réformée où toutes les dames de la Cour n*ayent permission d'entrer : n'avoir point ce privilège, c'est une marque de peu d'autorité. Oui, je dis des plus réformées, car pour les autres l'on ne daigne y aller. Or, non seulement elles y entrent, mais encore elles y demeurent les huit ou quinze jours, y mangent et y couchent et mènent avec elles cinq ou six jeunes filles; chaque religieuse en prendra une : c'est ma cousine, ma confidente et ma dévote. Jugez durant ce

Fondateur de sainte mémoire, le très R. P. Joseph de Paris, capucin, -pp. 1-221.

2« vol. — Plusieurs epistres fort spirituelles du très Révérend Père Joseph de Paris, capucin d'heureuse mémoire, écrites à plume volante à une illustre religieuse, grande servante de Dieu, sa Disciple, conduite de Dieu par un trait de souffrance et de grandes épreuves intérieures, — pp. 1-237. Id-8», 1677. — Pour ce passage, voy. pp. 195- 196, lr« partie.

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temp^ comme tout va, quel silence, quelle retraite, régularité et mortidcalion il y a dans une maison : Ton rit, Ton décharge ses sentiments à son amie, l'on murmure de celles qui ne sont conformes à son humeur, etc. i

L^évêque de Nantes s'associa pleinement aux vues du père Joseph, et seconda ses efforts pour fonder ou réformer les couvents. Il faisait de fréquentes visites dans les communautés. Voici, à ce sujet, quelques détails que nous empruntons à Touvrage si rare de René Le Mée :

« Il n'auoit pas seulement la pudeur pour soy mesme, mais encore il la communiquoit aux personnes qui Tapprochoient; et il a souuent changé les fiâmes de Babilone en celles de Jérusalem, Tamour profane en vn amour sacré. G'estoit le respect de la virginité qui Taitiroit à la fréquentation de quelques deuots monastères, pour y reuerer une vertu qui transplante le Paradis en terre, et qui fait voir des personnes qui viuent dans vn corps humain comme s'ils n'auoient point de corps.

9 L'honneur qu'il portoil à cette diuine qualité ne luy permettoit point de parler seul à seul à aucune fille ny femme ; disant que ce n estoit pas assés de se garder du mal, mais encore qu'il falloit euiler le soupçon et l'occasion Pour preuenir le soupçon aussi bien que le mal,

il vouloit que la présence de ses aumosniers ou de quelqu^autres personnes obseruast toutes ses paroles, et éclairast toutes ses actions.

» Quand il frequentoit quelque monastère, il ne parloit à aucune fille en particulier, et l'on a remarqué dans Font-Eurault qu'après auoir salué Madame, il la suplioit d'ordinaire de faire venir la plus grande compagnie qu'elle

pourroit de ses Religieuses : ce n'estoit pas seulement pour que sa conversation fust plus fructueuse par le nombre des personnes qui receuroient ses bonnes instructions; mais c'estoit encor pour euiter le soupçon qui accompagne les discours solitaires d*vn homme avec vne fille quand ils se font hors de nécessité. »

Malgré Tintérêt qu'il portait aux religieuses, ce fut en 1620 seulement que la première pierre de leur couvent fut posée par la Reine-Mère. Peut-être Cospeau, appelé à Paris pour une affaire grave, avait-il un peu négligé les intérêts de la communauté. En effet, nous le voyons à la fin de 1622 à Paris, où il soutenait en Sorbonne, contre Edmond Richer, deux articles du cardinal de La Rochefoucault, défavorables aux privilèges, encore mal définis, de TEglise gallicane. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans Fabbé Travers, qui a d'ailleurs emprunté ce passage à Baillet, Vie de Richer.

Dans le courant du mois de mai 1622, ou à peu près, Cospeau se rendit à Paris, « où il eut la foiblesse de se prêter au dessein du cardinal de La Rochefoucault, qui étoit de faire signer en Sorbonne deux articles, par lesquels il prétendoit discerner les Richeristes, ou ceux qui ne croyoient pas le pape monarque absolu dans le gouvernement de TEglise, et qui, par conséquent, ne recevoient pas la bulle Unam sanctamf donnée par Boniface VIII . Le dessein du cardinal était de les exclure des assemblées de Sorbonne, et de n'y laisser que ceux qui croyoient le pape roi et monarque de l'Eglise avec un pouvoir absolu.

€ Voici quels étoient ces articles :

4t)4 PORTRAITS DU GRAND SIÈCLK.

» Premier article : Le Pape, comme pape, peut faire dts loix qui obligent en conscience tous les fidèles en gênerai ei chacun en particulier.

» Deuxième article : Le Pape peut donner privilège aux religieux pour ouïr les confessions par tous les diocèses,

» Mais ces deux articles, dont le conseil, les évèques

et les curés sentirent aussitôt les conséquences, furent arrêtés et ne furent point proposés. En effet, ils ruinoient les libertés de TEglise gallicane, faisoient les conciles généraux inférieurs au pape, lui asservissoient les évèques et tout le clergé, le roi et tout le royaume, s'ils avoient passé en Sorbonne, comme cela seroit arrivé infailliblement, si révoque de Nantes n*avoit pas été arrêté dans son dessein, par le conseil et le parlement. » — Peu de temps après, en 1630, il s*étail réuni à une députation envoyée parle même cardinal de La Rochefoucault auprès de François de Harlay, alors archevêque de Rouen, pour rengager à supprimer de son mémoire quelques articles fort innocents, coupables seulement du crime de déplaire au puissant cardinal, aux volontés duquel Cospeau eut tort peut-être de se prêter.

Travers, si complet dans son histoire de Nantes, nous ramène ensuite avec Cospeau aux Etats du 20 novembre 1622, tenus à Nantes sous la présidence du duc Henri de la Trémouille ; nous fait assister à la consécration par ce prélat d*un grand autel détruit vers 1750; nous fait lire une instruction sous forme de catéchisme, sur la dévole communion, avec mandement d'approbation du 19 janvier 1624; nous rappelle enfin un discours prononcé par Tévêque à Saint-Nicolas, le 7 mars, sur les avantages

d*avoir au milieu de soi le Saint-Sacrement : sermon de circonstance maintenant perdu.

Au retour d'un nouveau voyage à Paris, le 18 avril 1625, Gospeau, que Ton a quelquefois de son temps cherché à montrer un peu trop attaché aux biens de la terre, changeait avec son chapitre une rente de cent livres pour un mince revenu de douze livres. Certes, s'il gagnait au change, ce ne pouvait être qu'en reconnaissance : mais, comme le remarque Travers, assez malveillant d'ordinaire pour Cospeau, un père ne regarde pas de près avec ses enfants.

Si Cospeau était désintéressé dans ses rapports avec le Chapitre, il n'était pas moins zélé en faveur des pauvres et des malades : ainsi, en 1625, le 8 juin, nous le voyons assister à une réunion du conseil de ville où l'on délibéra sur les moyens de renfermer les pauvres de la ville et des faubourgs, et de pourvoir à leur nourriture ; cependant, on regrette, au moment oii la peste sévissait à Nantes (fin de 1626 et 1627) de le voir occupé à défendre à Paris un livre de Santarel, déjà condamné par le parlement de Paris et les principales facultés de théologie du royaume. Cospeau s'était déjà montré l'instrument d'un parti dans l'affaire de Richer, par faiblesse sans doute plutôt que par passion. Ici encore il obéissait au Roi, qui ne voulait pas admettre les termes violents des censeurs contre un ouvrage où cependant était soutenu le droit reconnu au pape de déposer le Roi. « Le 2 janvier, monsieur Cospeau lut en l'assemblée de Sorbonne, avec exprès '•omniandemenl du Roy où il présenta les lettres de

4(Kî PORTRAITS DU GRAND .SIÈCLE.

créance que Sa Majesté luy avoit baillées '. » Il exprima le mécontentement de Sa Majesté, obtint qu'on adoucirait les termes de la censure, et porta la délibération au Roi, qui s'en montra fort satisfait.

En 1626, le 19 août, il avait assisté à ses derniers moments le malheureux comte de Chalais, condamné la veille par une commission, et exécuté sur la place du Bouiïay de Nantes; le 22 juin suivant (1627], il accompagnait à réchafaud François de Montmorency, comte de Bouteville, et François de Rosmadec^ comte des Chapelles, condamnés à avoir la tête tranchée en place de Grève, pour avoir contrevenu à ces arrêts contre le duel que Cospeau lui-même avait provoqués : on pense même que ce Fut le pieux évêque qui dicta ou inspira à ce dernier les cinq lettres qu'il écrivit dans sa prison.

Quelques jours après, le 30 juin, il faisait à Saint-Denis Toraison funèbre de Madame, Marie de Bourbon, princesse de Bombes, duchesse de Montpensier, femme de Gaston d'Orléans, frère du Roi, qu'il avait assistée dans la maladie dont elle était morte le 4 juin.

La réputation de piété de Cospeau le faisait rechercher non seulementà Paris, mais dans les diocèses voisins. On lit dans VHistoire de l'église de Meaux* : « Ce qui contribua

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