‹ Portraits du grand siècleChapitre 110 sur 115 · B. PRE8TRE · texte numérisé non relu

B. PRE8TRE

doctrine, le dernier de la mort du saint prélat, « ce saint Ambroise de notre France, cet apostre de nos jours. •

Le portrait de Gospeau a été plusieurs fois gravé, soit dans Tœuvre de Gharpignon, soit dans Odieuvre, soit par Michel Lasne, qui le représenta a Tâge de 68 ans, ou enfin par un anonyme qui n'est pas mentionné dans le P. Lelong, mais que nous avons vu à Nantes, dans la riche collection Lajarriette.

Il portait pour armes, écartelé au premier et quatrième d*azur, à trois bouterolles d'or, 2 — 1 ; au deuxième et troisième, d'or à la croix alaiséç de gueules.

Suivant ses dernières intentions, ses entrailles ont été ensevelies devant le grand autel de l'église de Lisieux, près du lutrin; son corps, apporté à Paris le 18 juin, reposa d'abord chez les religieuses capucines, plus souvent appelées filles de la Passion; de là, le 10 juillet, ses funérailles se firent chez les Garméhtes déchaussés, au temps même où s'y tenait une assemblée générale du clergé gallican. Le nonce apostolique y célébra les messes, et mon- .seigneur Grillet ou Grillié, évêquo d'Usez*, le même dont on connaît une Remontrance au Roi au nom du clergé de France, fit l'oraison funèbre. Après le service, le même jour, le corps de Gospeau fut porté chez les Bénédictines du Galvaire, au Marais, comme le voulait son testament. C'est là qu'il est enterré, devant le grand autel, avec cette épitaphe en français :

1. Uticensis episcopus, — Et non évêque in partibus d'U tique, comme le dit M. Dubois dans son Histoire de Lisieux, ajoutant le in partitms à tous les titres connus de M»'* l'évêque Grillet.

428 PORTRAITS DU aRAND SIÈCLE.

€ Ci-gist le corps de Philippe de Cospean {sic), Evêque et Comte de Lisieux, la lumière et le patron des illustres personnages de son siècle, qui, après avoir excellé en doctrine, en excellence et en pielé, après avoir porté la mitre quarante-deux ans, avec l'approbation des souverains pontifes qui lui ont donné le titre de défenseur de rhéritage de Saint-Pierre, après avoir esté l'honneur des prélats de notre France, le modèle des plus fameux prédicateurs et sçavants théologiens, le pasteur sans interest, le père des pauvres, le consolateur des affligez, le parfait amateur de la Croix, mourut dans son evesché de Lisieux, le 8 mai 1646, âgé de 76 ans, prononçant ces paroles : Viximus in Christo, moriamur in Christo. Il etoit supérieur et prolecteur des religieuses du Calvaire, auxquelles, après avoir donné ses soins pendant sa vie, il leur [sk) a donné son corps par testament, pour estre inhumé dans ce monastère. »

Nous n'ajouterons rien à celte épitaphe, qui a le mérite de sortir do la banalité par la vérité des éloges. Nul, du temps do Cospeau, n'a mieux que lui mérité le nom de prélat bienfaisant, d'homme de bien, de grand prédicateur.

L'abbé Mongin, directeur de TÂcadémie française, répondant au discours de réception de M^' de Nesmond, archevêque d*Alby, successeur de Fléchier, ne craignait pas de dire dans une assemblée qui avait encore le souvenir de Bossuet : c Tant que Télégance du style, la beauté de l'expression, la justesse des pensées, la variété des tours, la pompe et la magniflcence des images, la richesse et rimportance de la matière, feront admirer les écrits du siècle de Louis XIV, on se souviendra toujours que rillustre Fléchier en fut comme l'inventeur et le père ; que ce fut lui qui porta avec tant d'éclat et de dignité réloquence dans les chaires évangéliques. •

Dans un de ses dialogues, au contraire, Vauvenargues fait demander par Pascal à Fénelon a ce que c'est qu'un certain évêque qu'on a égalé à Bossuet pour l'éloquence », et Fénélon, qui, sans doute, aurait désavoué les paroles que lui prête Vauvenargues, répond en parlant de Fléchier comme c d'un rhéteur au déclin de sa réputation. »

En regard de ces opinions extrêmes, il n'est pas sans intérêt de placer celle de Fléchier lui-même sur ses propres écrits. Dans son portrait, tracé à la demande de mademoiselle Deshoulières, il s'exprime ainsi avec une parfaite sincérité : c Pour son style et pour ses ouvrages,

il y a de la netteté, de la douceur, de Télégance ; la nature y approche de l'art, et l'art de la nature. On croit d'abord qu'on ne peut ni penser ni dire autrement; mais après qu'on y a fait réflexion, on voit qu'il n'est pas facile de penser ou de dire ainsi. Il y a de la droiture dans le sens, de l'ordre dans le discours et dans les choses, de l'arrangement dans les paroles et une heureuse facilité qui est le fruit d'une longue étude. •

L'abbé Mongin exagère l'éloge, en faisant de Fléchier l'inventeur et le père du grand style français du dix-septième siècle; Vauvenargues est trop dur en ne voyant en lui qu'un rhéteur; Fléchier seul est juste, et il léserait plus encore s'il avait été moins modeste et avait ajouté à son talent, si finement caractérisé, le don de l'éloquence, qu'il atteignit souvent dans ses œuvres oratoires.

Fléchier fut un merveilleux ouvrier de style ; d'autres, comme Pascal, durent à leur génie une forme pure et sainement française; mais personne avant lui, excepté Balzac, ne chercha avec plus de soin et d'étude raisonnée, les qualités qui firent de lui un de nos grands écrivains.

C'est à ce titre surtout que Fléchier est digne de sa réputation, non comme le créateur de l'éloquence française, mais comme un de ceux qui, les premiers, comprirent, cherchèrent et trouvèrent le mérite, alors bien rare parmi nos prosateurs, « de l'arrangement dans les paroles. >

Quant à sa vie privée, elle n'a jamais eu grand éclat, et, comme évèque, il est resté assez effacé, ne se distinguant guère de ses illustres confrères dans l'épiscopat ni par des qualités plus brillantes, ni par des actes qui aient plus vivement frappé Tattention des contemporains.

L'ouvrage où M. Tabbé Delacroix nous retrace Thistoire de Fléchier, nous le fait connnaître à la fois sous ces trois aspects, d'homme privé, de prélat et d'écrivain. Mais l'auteur, préoccupé surtout de célébrer une des gloires de TËglise de Nimes et d'instruire par d'illustres exemples les membres du clergé catholique, auquel il appartient, attribue souvent à des événements qui n'ont d'importance qu'aux yeux des Nimois, ou à des renseignements qui sont surtout utiles aux ecclésiastiques, une part si large, que l'intérêt du livre s'en ressent et qu'il n'a rien de bien entraînant pour un public moins spécial. Du reste, M. l'abbé Delacroix a fait preuve d'une conviction honnête et sin« cère et d'un désir consciencieux d'être complet et impartial,* de tout dire et de ne rien surfaire ; s'il n'a pas été toujours d'une rigoureuse exactitude, c'est lorsqu'il a fait des excursions dans un milieu qui n'est pas le sien, et qu'il a voulu suivre Fléchier dans les réunions mondaines 011 le Prélat avait accès.

Né à Pernes, près de Carpentras, en 1682, Fléchier, l'évoque de Nimes, fut comme Tavait été Cospeau, l'évêque de Lisieux, une preuve vivante que le talent, même au dix-septième siècle et dans un temps de privilèges, pouvait s'élever aux plus hautes dignités. Fils d'un marchand et neveu du P. Hercule Audiffret, qui était supérieur général des Doctrinaires, il dut à son oncle l'éducation littéraire que son père, sans fortune, ne pouvait lui donner; après avoir fait son noviciat à Avignon, il entra dans la Congrégation de la Doctrine, en 1648, et fut envoyé à Tarascon en qualité de professeur. « Il y appor-

tait, dit M. Delacroix, une connaissance assez approfondie, pour son âge, des lettres anciennes et modernes, un esprit observateur, capable de discerner les caractères et de les tourner à bien. » On sourit involontairement en songeant que de telles qualités sont prêtées à un enfant de seize ans. Disons bien vite toutefois que le biographe montre rarement ce parti pris puéril, mais trop commun, d'attribuer à son héros tous les mérites requis par la profession qu'il exerce, au lieu de signaler ceux qui lui sont propres et le distinguent.

Après la mort de son oncle, en 1659, Fléchier quitta la Doctrine et vint chercher fortune à Paris. Présenté, diton, au protestant Conrart, secrétaire perpétuel de l'Académie française, il connut chez lui la plupart des hommes de lettres de ce temps-Ia, qui s'y réunissaient fréquemment, entre autres Chapelain, et s'essaya à la fois dans la poésie latine et française. Ses premières pièces furent des flatteries : en latin, il chante le mariage de Louis XIV, et ce fut son début, comme celui de Racine ; mais où Racine voyait une occasion de louer le jeune roi, Fléchier trouva un prétexte pour donner à Mazarin les plus grands éloges: « Le Cardinal était le seul espoir d'un siècle malheureux, soit qu'il fallût conduire les Français au combat, ou donner ses soins à la paix du monde; il soutenait, comme un autre Atlas, le poids de l'Europe entière ébranlée par les armes... • — Quel fut le prix de cette poésie où, selon M. Delacroix, dont l'avis peut à bon droit paraître suspect, « Fléchier joignit au mérite du vers la sincérité et la délicatesse de l'éloge? » On n'en sait rien.

Mazarin mort, Fléchîer retrouva la même inspiration pour célébrer la naissance du .Dauphin, et, en 1662, le fameux carrousel offert par Louis XIV à M"* de La Valliôre. Si l'on peut admirer l'élégante facilité avec laquelle il fit passer des idées toutes françaises à travers des mots d'une excellente latinité, l'art avec lequel, imitant Virgile, il introduisit sous les traits du jeune Dauphin, l'Amour auprès de Louis XIV, et ses galantes peintures de la Reine et des dames qui vinrent admirer les brillants jouteurs, on doit lui savoir gré de n'avoir pas fait la plus légère allusion à la favorite, et d'avoir, au contraire, rappelé au Roi l'amour de la Reine dans des termes émus et touchants.

La même année, devenu poète français, Fléchier, plus désireux de plaire au Roi que soucieux de ménager le souverain Pontife faisait paraître une « Plainte de la France à Rome, sur l'insulte faite à son ambassadeur, » et sacrifiait à la fois, a la France Rome ancienne et moderne, et à Louis XIV tous ses héros et le Saint-Père lui-même.

Poète français ou poète latin, Fléchier, jeune et inconnu, n'écrivit guère que des éloges, qui le firent connaître et lui valurent des protecteurs puissants. M. Delacroix, et c'est là une de ses plus graves erreurs, prétend que ses talents littéraires lui ouvrirent les portes de l'hôtel de Rambouillet, et le firent admettre parmi les familiers d'Arthénice.U est vrai que M™« de Rambouillet vivait encore ; mais ses dernières années se passèrent dans une retraite presque absolue; depuis la mort de son mari, ces réunions fameuses qui avaient eu tant d'éclat, surtout jusqu'au mariage de Julie d'Angennes avec M. de Montausier, avaient complètement cessé. C'est une autre erreur

de faire passer à Tabbé d'Âubignac la principale partie de la succession de M""* de Rambouillet : aucune ruelle n'hérita de rheureuse influence de la chambre bletie. Mais s'il ne grossit pas le cercle de la marquise, fermé avant même son arrivée à Paris, l'abbé Fiéchier n'en devint pas moins plus tard un des protégés de M. de Montausier, qui contribua puissamment à le produire.

A cette époque, il ne fut point admis tout d'abord dans les ruelles galantes, et Somaize, si bien renseigné, ne prononce pas même son nom dans son Dictionnaire des Précietues, En revanche, il était assidu aux Conférences académiques de Richesource, le famélique professeur de plagiat; en compagnie de MM. Prieur, Joubert, Cattier, Plancy et autres illustres inconnus, il s'y exerçait à l'éloquence. Un jour, il soutenait que « un général d'armée, sous les ordres du souverain, peut se battre en duel pour

le bien de l'Etat, • à une condition cependant : c'est qu'il

fût < assuré de la victoire! » Un autre jour, il assurait que c il est plus glorieux de mourir sur la brèche, en combattant pour la patrie, que d'expirer sur la tribune en parlant pour le public. » D'autres fois, abordant des sujets plus galants, il soutenait que « la beauté et la bonté sont également l'objet de l'amour; • que « les passions des femmes sont plus violentes que celles des hommes. > Qu'en savait-il, le jeune abbé? Ou que c la femme doit préférer la vie de son père à celle de son mari. ».

A ces questions oiseuses, il assouplissait sa parole et s'essayait au style oratoire; il y augmentait encore sa facilité naturelle, mais il y prenait le goût des antithèses,

fleurs de rhétorique qu'il a trop cultivées, et qu'il était amené A prodiguer en traitant de tels sujets, oii le grand art était non pas d'arriver au plus vite à la conclusion, mais de la retarder le plus possible, en soutenant le pour et le contre à l'aide de subtilités et d'arguties.

Heureusement, Fiéchier avait en lui des qualités plus sérieuses que ses confrères des Conférences ; il ne tarda pas à les dépasser ; et si, dans ses premiers sermons, qui n'ont pas été conservés, il a pu sacrifier encore au faux goût, il est certain du moins qu'il revint à un naturel parfait, à une simplicité exquise, dans sa Relation des grands jours d'Auvergne.

a Esprit Fiéchier, lisons-nous dans un manuscrit du temps, homme de si basse naissance qu'il avoit été précepteur de Louis Urbain de Caumartin, maître des requêtes B, avait accompagné son élève à ces célèbres assises des Grands Jours, qui se tinrent à Clermont, de septembre 1665 à février 1666; comme autrefois aux fameux Grands Jours de Poitiers, où de graves magistrats, Pasquier tout le premier, aimaient à se délasser de leur sévère mission en célébrant à l'envi la puce de mademoiselle Des Roches, leurs successeurs de Clermont ne se bornèrent pas à rendre la justice. Rien ne fait mieux connaître et les hommes, et les affaires, et la situation des pays, et la vie de province à cette époque, que l'ouvrage de Fiéchier : mais ce charmant récit, sur lequel tout a été dit maintenant, fit peu pour la gloire de son auteur, puisqu'il n'a été publié qu'en 1844.

Le véritable Fiéchier, comme le remarque fort justement M. Delacroix, après Sainte-Beuve, n'était pas là

OÙ nous Tavons vu jusqu*à présent; il n'était pas dans les ouvrages historiques, auxquels il commença dès lors à s'appliquer en publiant le texte de la vie du cardinal Cornmendon, par Graziani, qu'il traduisit plus tard en français; « il était dans la chaire, où il allait trouver le principal et le plus brillant emploi de son talent. » Son Histoire de Théodose, quoique fort bien écrite assurément, et son Histoire du cardinal Ximenès sont oubliées, même des curieux ; mais l'oraison funèbre de madame de Hontausier, sa première œuvre en ce genre, prononcée le 2 janvier 1672, celles de madame d'Aiguillon et de Turenne, celle enfin de M. de Montausier, qui fut la dernière, sont et resteront classiques.

Sa réputation de prédicateur ne tarda pas à se répandre, et il ne négligea rien pour l'entretenir, lisant sans cesse les auteurs italiens et espagnols, afln.de se prémunir contre leurs défauts, et les anciens orateurs français, entre autres non pas du Bellay, comme dit M. Delacroix, mais Camus, évêque de Belley*, le fidèle ami de saint François de Salles. M. Delacroix étudie avec grand soin les oraisons funèbres, les panégyriques, les sermons de Fléchier ; il analyse avec finesse les qualité» et les défauts de son style ; il est cependant deux points sur lesquels nous lui demanderons la permission de n'être pas d'accord avec lui : — « En le lisant, dit-il, on croit entendre deux sons, celui des mots qui se choquent avec le plus

1. J'ai remarqué d'autres noms propres ainsi estropiés : p. 98, Bautiville pour BoutevlUe; p. 177, Vignoral pour Vignerod : ce sont sans doute fautes d^impression.

doux bruit; et cette musique plus intime, en quelque sorte immatérielle que forme le mouvement des pensées et que Tâme seule peut saisir : // résulte de là une clarté, une limpidité parfaites, » Quand M. Delacroix parle ainsi, nous ne pouvons le suivre, parce que nous ne le comprenons pas, et que notre esprit se refuse à se payer de mots. — Quand il dit aussi que « Fléchier se fit remarquer entre tous par la dignité de la louange, parce que, en homme de goût, il eut horreur de Texagération en toute chose », nous ne pouvons davantage accepter son jugement.

Nous avons vu, en effet, quelles louanges peu modérées Fléchier, jeune et débutant, il est vrai, a prodigué à Mazarin, à Louis XIV, à tous ceux enfin dont il attendait une protection nécessaire; les dédicaces de ses livres, ses discours à TAcadémie, ses compliments et ses harangues pendant les États de Languedoc, ne le montrent pas plus sobre dans Téloge, alors que sa grande réputation lui permettait de satisfaire à moindres frais les plus exigeants.

Du reste, M. Tabbé Delacroix nous parait juge assez discutable en fait de mesure ; ainsi, quel que soit le mérite de Toraison funèbre de madame de Montausier, cette femme célèbre appartenait, à trop de titres, à l'histoire pour devoir son immortalité à l'éloquence seule de Fléchier; le biographe de Torateur sacré n'en dit pas moins : « Quant à M. de Montausier, le cœur et Tesprit lui révélèrent du premier coup que Timmortalité de celle qu'il pleurait dépendait désormais de ces pages, et il en exigea l'impression. » Pourquoi tomber dans des exagérations semblables? Pourquoi prêter à Fléchier, chargé de faire,

après Bossuet, les oraisons funèbres de Marie-Thérèse d'Autriche et du chancelier Le Tellier, des raisonnements comme celui-ci : « Bossuet a ému, ravi, enlevé; il sut intéresser, plaire et toucher. » Pourquoi surtout ajouter? c L'aumônier ordinaire de la Dauphine n'était pas si soi que de se comparer à Bossuet. » — Défaut de mesure.

C'est ainsi que, mal renseigné sur l'importance historique de la Fronde, il ne juge pas sérieuse cette lutte si grave des cours souveraines unies et coalisées contre le pouvoir absolu du Roi, et que, ayant à parler de cette puissante manifestation, il dit d'un ton assez léger : c La Fronde était trop chétive pour avoir préoccupé l'Esprit saint de près ou de loin ; • c'est ainsi encore que, pouvant se maintenir dans les régions sereines du passé, il en descend, sans aucune nécessité, pour se mêler, par d'inutiles allusions, à des incidents contemporains qu'il conviendrait d'oublier : « De nos jours, Nîmes, encore dévoué à ses évêques, a vu des ovations, etc. » Où manque la mesure, il est rare de trouver la justesse et le goût.

De temps à autre, cependant, on sent que Fauteur résiste à ses entraînements, et qu'il vise à faire preuve d'une impartiale modération; c'est ce qu*on remarque dans l'appréciation suivante du talent de Fléchier : c Fléchier, dit-il, a été le plus grand ouvrier en style de ce temps-là, mais il n'a été qu'ouvrier; il a eu de la main, pour ainsi parler, il a manqué de génie... Avec des idées plus hautes, plus variées, plus originales; avec une imagination plus féconde et plus hardie, il aurait égalé ses contemporains les plus illustres dans Tari d'écrire. N'était une symétrie trop rigoureuse et partant fatigante, sa

phrase est claire, abondante, harmonieuse; ses lournures n^ont pas vieilli ; ses mots sont à peu près tous usités. • Tout en rendant justice aux qualités considérables de Fléchier, M. Tabbé Delacroix ne méconnaît pas, on le voit, ses défauts. Il est un autre côté de son talent sur lequel nous sommes obligés de consulter les contemporains et sur lequel nous ne les trouvons pas d'accord : je veux parler de son geste et de son débit : Tabbé du Jarry, ami particulier de Fiéohier, en fait grand cas. « A Tégard de la prononciation (du débit), dit-il, je ne suis pas de Tavis de ceux qui croient que ce n'étoit pas ce qu'il y avoit de meilleur en lui. » Sous cette forme assez pénible, il est facile d'entrevoir une opinion peu favorable au débit oratoire de Fléchier. Cet avis se formule d'une façon plus nette dans les lignes suivantes, qui servent de commentaire à un mauvais couplet conservé dans les manuscrits de Maurepas :

Pour réussir bien en parlant, De Fléchier suivez le talent ; Toujours élégant il sera.

Âlleluia !

« Esprit Fléchier, lit-on ensuite, prêtre, de l'Académie française, homme de si basse naissance qu'il avait été précepteur de Louis-Urbain Caumartin, maître des requêtes, mais d'un esprit si bon et si juste, d'un sçavoir si éminent, d'une éloquence si parfaite, et avec tout cela d'une piété et d'une vertu si solides qu'ayant été connu puis produit par Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, pair de France, et gouverneur de monseigneur le Dauphin,

il fut en droit de prétendre à tout. L*abbé Fléchier n'avoit aucun extérieur, prononçoit mal : on n*y faisoit aucune attention, tant ses sermons et ses oraisons (ses discours) étoient des ouvrages achevés. »

Voilà sur le débit oratoire de Fléchier deux jugements bien différents, et tous deux portés par des admirateurs de son mérite : auquel croire?

Quoi qu'il en soit de son talent (Vaction, Fléchier, après peu d'années de prédication, put en effet prétendre à tout, comme le dit le commentateur que nous Citions : lecteur du Dauphin, prédicateur ordinaire du Roi, membre de TÂcadémie française, il obtint tous ses titres en moins de trois ans, sans parler de plusieurs abbayes qui lui furent accordées et dont les revenus suffisaient à ses besoins. Enfin, en 1685 il fut nommé à Tévêché de Lavaur, d'où il passa, en 1687, à celui de Nîmes, d'un revenu beaucoup plus considérable.

Fléchier n'avait point sollicité cette nouvelle faveur, et c'est une lettre vraiment apostolique que celle où il se défend de l'accepter, tout en remerciant le Roi de la lui avoir spontanément accordée. La même absence d'ambi- . tion se remarque dans un discours qu'il prononça devant l'assemblée générale du clergé de France, lorsqu'on détacha une partie considérable de son diocèse pour en former l'évêché d'Alais. On y voit combien il est attaché à ses devoirs, jaloux de les bien remplir et effrayé de son fardeau; il n'a pas d'autre préoccupation personnelle, et s'il veut encore quelque chose avec le salut de ses ouailles, c'est la satisfaction du monarque à qui il doit tout.

FLÊGHIER. 441

C*est dans ce sentiment qu'il se montre à nous en deux circonstances solennelles, l'assemblée générale du clergé de France en 1682, et la révocation de Tédit de Nantes en 1685.

Avant même 1682, Fléchier avait témoigné de tendances gallicanes que M. Tabbé Delacroix, — qui nous semble for^ tement ultramontain, — n*a garde de passer sous silence. Quelques phrases de V Histoire de Théodose servent à instruire le procès. Un passage du panégyrique de saint Louis, où Fléchier parle des démêlés du saint roi avec le Pape, et qui tend visiblement, dit M. Delacroix, au gallicanisme du prédicateur, est une pièce de conviction irréfutable. Mais Tauteur lui-même, en parlant de ces c démêlés prétendus », comme il dit, est-il dans le vrai? Lorsque le pape invita saint Louis à s'abstenir de tout rapport avec l'empereur Frédéric, récemment excommunié, le Roi lui répondit crûment : « Je continuerai mes relations avec l'empereur; je l'ai vu à l'œuvre, je connais sa piété et je ne connois pas la vôtre; j'en appelle au futur concile. > Etait-il donc si bien d'accord avec le Saint-Père, ou bien M. Delacroix oublie-t-il ce fait acquis à l'histoire?

Etranger aux questions de polémique religieuse, je ne discute ni pour ni contre le gallicanisme de Fléchier ou Tultramontanisme de son biographe; je constate un point historique, rien de plus. Mais j'avoue que si quelque chose pouvait me faire sortir d'une réserve commandée par mon ignorance en ces matières spéciales, c'est la pensée que, chez Fléchier, le gallicanisme était une forme du patriotisme ; c'est le sentiment pénible que me cause

la thèse soutenue par M. Tabbé Delacroix que « le clergé, comptant pour beaucoup dans TÉtat, était français, plus qu'il ne peut Vitre depuis la Révolution. > Eh ! quoi, on peut être plus ou moins Français I le patriotisme aura ses degrés ! Le clergé sera plus ou moins dévoué au pays, selon qu'il sera plus ou moins « grand corps de TÉtat et grand propriétaire >, et il y aura des paroles pour justifier de telles théories! Ah! monsieur Tabbé, laissez-moi croire que de tels préjugés vous sont personnels, et sont désavoués par le clergé contemporain tout entier.

Pour nous, il nous semble que Fléchier pouvait séparer la religion de la politique, rester soumis au Pape en matière de gouvernement, et que sa soumission dans les deux cas, laissait encore à ses sentiments personnels une large place.

C'est ainsi que, dans Taffaire de la révocation de Tédit de Nantes, il pouvait, sans manquer au Pape ni au Roi, montrer une modération qu'il n'a pas eue. Je sais que les dragonnades amenèrent dans le pays de terribles représailles ; que Fléchier, tout entier à la douleur que lui causaient les massacres dont ses fidèles et ses prêtres étaient victimes, put oublier les maux causés aux protestants au nom du catholicisme, et réserver sa pitié à son troupeau plutôt qu'a ses ennemis. Mais est-il bien d'un prêtre, est-il bien d'un homme de cœur, d'exprimer des sentiments comme celui-ci : « Nous sommes, grâce au Seigneur, dans une grande tranquillité, contents que Cavalier soit embarqué dans la Hotte anglaise. Ce vaisseau périra sans doute, étant chargé de tant de crimes ; quelque orage iin-

FiÉGHIER. 443

prévu se lèvera et se brisera contre quelque effroyable rocher, aussi bien ce scélérat serait venu périr ici sur une roue. »

Nous ne reconnaissons pas ici la modération qui, d'après une opinion générale, faisait le fond du caractère comme du talent de Fléchier. M. Tabbé Delacroix lui-même, citant les paroles précédentes, ne trouve pas que « Fléchier ait cessé d'être évangélique ; » cependant il a un jugement sévère, dont nous lui savons gré, pour le prélat qui a écrit: c J'espère que cette conspiration sera étouffée dans le sang de ces scélérats. » — Triste souhait pour un évèque, dit Tauteur; nous sommes de son avis.

 côté de ces exagérations, que le fanatisme seul peut expliquer, sinon justifier, nous trouvons dans Tévêque de Nîmes des sentiments bien différents : une délicatesse exquise, unie à une rare générosité. M. de Gonthiéri, récemment nommé àTarchevêché d'Avignon (1707), avait perdu dans le pillage d'un vaisseau, une somme considérable. Fléchier en est informé et lui écrit : c J'ai appris, monseigneur, avec beaucoup de regrets, la perte que vous avez faite de trois ou quatre cents louis, pris sur un vaisseau où vous les aviez confiés... Je sais les dépenses excessives qu'on fait dans un nouvel établissement, quelques biens ou quelques secours qu'on puisse avoir, surtout quand on vit noblement, et qu'on fait les honneurs d'une ville comme vous les avez faits de la vôtre. Pardonnezmoi, monseigneur, si j'entre ainsi dans ce détail, et si j'ose offrir à Votre Excellence, comme son serviteur et son voisin, une ^omme pareille à celle qu'elle a perdue,

444 POBTAAITS DU GAAND SIÈCLE.

ea attendant qu'elle ait réparé ce dommage et rétabli ses affaires. Ce ne seroil point elle, ce seroit moi qui lui serois obligé, si elle vouloit accepter ma bonne volonté qui seroit bientôt exécutée... >

Tout le mérite de cette lettre est dans la générosité empressée qui Ta dictée. Mais ne peut-on y remarquer aussi la noble et délicate simplicité du style dont ce sentiment est revêtu? La correspondance de Fléchier, qui offre en général peu d'intérêt, et qui contient rarement des faits importants au milieu d'innombrables banalités, permet peu de faire des extraits aussi remarquables. Chose singulière ! on y retrouve parfois, jusqu'en 1705, des traces d'une préciosité alors bien passée de mode. Nous citerons, par exemple, cette lettre à madame de Nouy, religieuse carmélite, qui lui avait envoyé des fleurs

artificielles : c J*ai reçu vos fleurs avec beaucoup de

plaisir; elles ne sont pas naturelles, mais elles n'en sont pas moins estimables, puisqu'elles sont sorties de vos mains et qu'elles ont pris racine dans la charité de votre cœur, votre modestie, votre ferveur, et parmi tout cela j'ai senti la bonne odeur de ces vertus que vous pratiquez avec tant d'édification >

Mais de tels retours vers le passé sont rares. On aimerait plutôt à ressaisir le Fléchier des Grands-Jours; il reparaît quelquefois, par de rares échappées, et, si le ton n'est pas toujours d'accord avec le sujet, le tour du moins en est aisé, vif, galant, et sent son homme de cour. — Voici, par exemple, ce qu'il écrit à madame la présidente Druillet : « Celui qui aura l'honneur de vous demander votre protection est, de sa profession, maître d'école, H

PLËGHIEH. 445

n'est pas autreinent savant, mais il s'est trouvé brave. Il a défendu plus d'une fois le clocher de son village contre une troupe de fanatiques; il a poursuivi et battu ces gens-là en plusieurs rencontres; il en a tant tué, qu'un meurtre s'étant fait dans sa paroisse, on a voulu croire que c'étoit lui qui l'avoit fait. On Va arrêté, mis en justice, absous, déclaré innocent; et absous par le présidial, il s'agit d'être innocent au Parlement. C'est votre protection qu'il vous demande, et moi l'honneur de me dire, madame, votre très humble, etc. »

Voici encore ce qu'il écrit à la duchesse de Roquelaure, femme de celui que Louis XIV flt duc et père, disaient les chansons du temps : « Les Etats vont toujours leur train. Nous avons passé les fêtes fort dévotement. Le sermon de Noël fut une satyre de commande contre l'Opéra, avec des expressions et des images bien éloignées d'un Enfant sauveur et d'une Mère vierge. Je sçais qu'on vous en a fait le détail. Ce qui fut fâcheux au prédicateur, c'est que le lendemain il y eut beaucoup moins de monde à l'église et beaucoup plus à l'Opéra. M. le duc de Roquelaure, à qui sans doute cette déclamation s'adressoit, fut par malheur au sermon de sa paroisse ce jour-là, et le coup porta sur le grand auditoire, et non pas sur le grand auditeur qu'on attendoit. »

C'était affaire à M. l'abbé Delacroix d'examiner si ce style dégagé était bien en rapport avec le caractère de révêque et les objets dont il parlait; mais il n'a pas cru devoir relever dans la correspondance de Fléchier ces passages qui tranchent si vivement sur le ton général de lettres plus péniblement que simplement écrites. Pour

446 PORTRAITS DU GRAND SIÈaE.

nous, nous aimons à y trouver, et nous nous bornons à y montrer un vieillard de soixante-seize ans, dont la plume conserve encore toute sa jeunesse, comme son esprit a gardé toute sa sève et sa verdeur.

Jusqu'à sa dernière heure, Tevêque de Nîmes eut le précieux privilège de ne rien perdre des grandes qualités qui l'avaient distingué ; il supportait les années avec une fermeté digne et résignée. Rien n'est plus toucliant que de voir ce vieillard, à Tâge de près de quatre-vingts ans, écrire à un autre vieillard, le ministre Le Pelletier, des consolations admirables « sur les infirmités de la vieillesse. »

a La confidence que vous me faites, lui dit-il, de Tétat où vous êtes et où vous réduit le poids des années, me toucheroit davantage si vous n'en parliez pas si bien. Mais, enfin, votre appréhension est raisonnable; tout ce qui tend à sa fin demeure nécessairement; la vigueur passe, les organes s'usent, l'esprit s'afToiblit avec le corps; le feu qui nous anime s'éteint insensiblement et la raison aussi bien que les sens succombent quelquefois sous les infirmités de la vieillesse. Il y a peu de ces vieillesses heureuses qui se soutiennent jusqu'à la fin, et où le temps n'ôte à l'homme quelque partie de lui-même, et cette bénédiction que Moïse prononça : swut dies juventutis tuas, ita senectutis lux ne se renouvelle guère depuis. Cet affoiblissement que vous croyez remarquer en votre personne est une marque de l'attention que vous avez vers vous-même. Il n'est pas étonnant que vous éprouviez quelque changement et quelque diminution de force, que

votre imagination se refroidisse, que votre application se relâche, que vos prières soient moins ferventes, que vos pensées et vos actions soient moins vives, que le corps qui se corrompt appesantisse Tâme. La réflexion que nous avons à faire, monsieur, car, à deux ou trois années près, nous sommes dans le même cas, c'est de nous regarder sur le déclin de Tâge comme des serviteurs qui sont devenus inutiles, de mettre à profit les heures que Dieu nous laisse avant que le temps vienne où, selon TÉvangile, il ne sera plus libre de travailler pour le salut. »

Voilà dans quels sentiments de piété tranquille et de résignation toute chrétienne Fléchier parvint à la fin de sa carrière. Cette lettre est de la fin de 1709; il mourut le 6 février 1710.

Quelques jours avant sa mort, il avait demandé à Joly, sculpteur de Montpellier, le plan de son tombeau. Un jour que celui-ci apportait au prélat deux dessins, ses neveux le prièrent de se retirer sans Tentrelenir dans de tristes pensées. Mais Tévêque envoya chercher le sculpteur : « Vos neveux m'ont barré le passage, lui dit Joly. — Ce sont de bons enfants, répondit Fléchier; allez toujours votre chemin. » Il examina ensuite les deux dessins, choisit le plus simple, et ajouta en le lui rendant: « Mettez la main à Tœuvre; le temps presse. »

Se peut*il voir une mort plus tranquille et plus douce? — Son successeur à l'Académie française, Mgr de Nesmond, archevêque d'Alby, put dire, le jour où il prononça son discours de réception : « Toujours égal à lui-même, il ne cessa d'être éloquent que lorsqu il cessa de vivre. >

— Saint-Simon, plus tard, écrivit : c C'étoit Fléchier qui avoit été sous-précepteur de Monseigneur, célèbre par son savoir, par ses ouvrages, par ses mœurs, par une vie épiscopale. » De telles lignes, sous la plume de Saint- Simon, valent les plus grands éloges.

L*abbé Delacroix, en retraçant, avec le désir d'être impartial, la vie de Fléchier, n'a pas toujours atteint son but; nous avons essayé de rentrer dans le vrai de Thistoire en signalant quelques fautes, et chez Fléchier et chez son biographe; mais nous serions injuste envers Tun et envers Tautre si, de notre critique, ne ressortait cette vérité, que le livre de M. Delacroix a des qualités très recommandables et que Fléchier doit rester un de nos maîtres en Tart d'écrire comme une des gloires du clergé de France.

Racan est plus connu qu'il n'est lu. Soin nom, environné de l'estime de ses contemporains et de la génération qui suivit, a pris facilement une place dont la postérité n'a point songé à le déposséder. Disciple favori de Malherbe, vanté par Despréaux, si prompt à médire, Racan a dû à cette doublç protection une faveur qui s'est soutenue comme le crédit de ses patrons. Ses ouvrages étaient rares; le contrôle était donc difficile des jugements portés sur lui. Mais voici qu'une nouvelle édition a paru, d'une acquisition facile, d'un format commode, en outre plus complète qu'aucune autre, et enrichie de nombreuses et savantes notes. Le moment est venu où la critique peut aisément examiner les titres de Racan, interroger ses œuvres et lui rendre une justice indépendante de toute opinion préconçue.

Avant de discuter les mérites de Racan et de lui assigner la place qu'il nous semble devoir prendre parmi ses contemporains, nous chercherons à faire connaître en quelques mots et sa vie et ses œuvres; vie peu agitée, œuvres tranquilles, dont la plume élégante de M. Antoine de Latour a présenté une charmante esquisse en tête de r.éditiou des écrits du vieux poète donnée par son père, M. Tenant de Latour.

Sorti (l*une faiiiille qui avait passé les Alpes depuis six siècles, dit-il, au temps où il écrivait, Honorât de Bueil, marquis de Racan, appartenait à une famille qui avait donné à TEtat un amiral et deux maréchaux de France; son père et son oncle maternel avaient été honorés du cordon bleu et du titre de chevalier de Tordre du Saint- Esprit*; cette illustre origine hii donna de bonne heure entrée à la cour, où il avait des protecteurs tout puissants : M™« de Moret était sa parente; le duc de Bellegarde avait épousé sa cousine germaine. Né en 1589, Racan avait douze ans, lorsqu*en 1601 son père le fit entrer parmi les pages du Roi, dont le duc de Bellegarde, comme grand écuyer, avait la direction. Lourd et maladroit, peu soigneux de sa personne, bégayant beaucoup, comme Malherbe, Racan n'obtint point, paraît-il, les bonnes grâces du Roi*. Sa jeunesse se passa à la suite de la cour, tantôt a la guerre, tantôt à Paris. Là, il fréquentait, comme tous les jeunes seigneurs du temps, ces académies où Ton apprenait Téquitation, Tescrime, la danse, la musique et la carte, c'est-à-dire la géographie.

Jusqu'à quel degré d'habileté arriva-t-il dans l'art de monter à cheval, de danser et de faire des armes? Il n'en dit rien : mais s'il y eût été expert, il eut perdu de cette gaucherie qui choquait tant Sa Majesté. Four la musique, il en apprit ce qu'on peut apprendre avec la voix fausse et sans oreille; il ne put jamais accorder un luth*; et s'il

1. LniXre de Racan à M&l. Chapelain, Ménage et Coarart, (£ui?res ; Bibliothèque elzév., t. I, p. 321.

Page 1