Nouvelle édition, t. II, p
402 PORTRAITS DU aRAND SIÈCLE.
Vouloit sur son déclin faire nn dernier efibrl.
Son esprit fut brillant, son âme généreuse.
Et jamais sa maison, illustre et malheurense, N*en a reçu d'ennuy que celuy de sa mort.
Resté avec un fils aine « qui n'est qu'an sot », dilTaU lemant,et rendu à sa paresse, Racan, après avoir achevé ses Psaumes, qui sont son exegt monumentum, se fit à peu près oublier. Lorsque Chapelain fut chargé par Colbert, en 1662, de lui faire connaître les écriTains contemporains, et de lui désigner surtout ceux qui étaient propres a écrire Fhistoire du Roi, il laissa cette noie sur Racan : « Il n'a aucun fond, et ne sçait que sa langue, qu'il parle bien en prose et en vers. Il excelle principalement en ces derniers, mais en pièces courtes et oii il n*est pas nécessaire d*agir de teste. On ne Tengageroit pas facilement à travailler. » Et Chapelain en donn^ pour raison le grand âge, les infirmités et les procès qui tourmentaient le poète depuis vingt ans.
C'est au milieu de ses longues soufTrances et de ses ennuis, rappelés par Chapelain, que Racan mourut, en février 1670, âgé de quatre-vingt-un ans.
Telle est, en résumé, cette vie d'un poète dont la nouvelle édition de ses œuvres devra nyeunir l'immortalité.
Racan est le poète mesuré du ne quid nimis^ qui répugne à tout excès. 11 s'élève souvent et s'abaisse quelquefois, mais toujours avec calme et sans soubresauts. Sa tristesse n'a rien d'amer et ne va jamais jusqu'au désespoir; s'il est joyeux, il sourit; mais le rire et ses éclats l'épou-
vantent. Dans un temps où ce qui manquait le plus aux poètes, c'était le tact et la tenue, où les conceui les plus risqués se mêlaient aux beautés les plus pures, où le goût flottait indécis entre les fantaisies bizarres et les vulgaires platitudes, Racan occupe une place à part. Si on le supprimait, il manquerait uix anneau, je ne dis pas entre Régnier et la Fontaine, mais entre Malherbe et Racine, non entre les successeurs de Marot, mais entre les adeptes de la poésie noble et d'un style toujours grave et digne.
Je ne fais donc point de Racan, comme M. Antoine de Latour, un prédécesseur de la Fontaine, mais de Racine, et, si Ton veut de J.-B. Rousseau, le lyrique, et de toute cette école dite classique^ où la fantaisie n'est admise ni dans la pensée ni dans l'expression. C'est à ce titre, qui était alors et qui reste encore à nos yeux d'une grande valeur, que Racan mérite une place parmi ceux de ses contemporains qui doivent survivre à l'époque où ils ont paru.
TABLE DES MATIÈBES
Gilonne d^Harcourt, marquise de Piennes, puis comtesse
de Fiesque 1
Marie Mancini, connétable Colonna, 85
Idademoiselle da Vajois, Françoise-Madeleine d'Orléans. 133
Madame de Chantai 151
Louis XlV d'après ses mémoires pour Tinstruction du
Dauphin 171
Antoine Corneille, frère de Pierre et de Thomas Corneille. 225
Charles de Simiane, marquis de Liyourne et de Pianezza. 271
Saint-Âmant, sa vie et ses œuvres 319
Philippe Cospeuu . . .' 9S9
Fléchier 429
Racan 449
FoDMiacbleatt. — B. BonrgM, irop. bf«T«ié
DU
nAND SIÈCLE
l'An