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Il est là : sous trois pas un enfant le mesure

(Lamartine.)

390 PORTRAITS DU aRAND SIÈCLE.

allons d'ailleurs rentrer dans la biographie, et nous n'en sortirons plus, pas même pour présenter une analyse ou des extraits du Mémoire que Cospeau présenta au Roi, en 1617, au nom du clergé de France. La vigueur avec laquelle il s'adressait à Louis XIII, les reproches directs qu'il lui faisait, la crainte salutaire qu'il lui inspira d'être puni par Dieu de crimes dont sa faiblesse le rendait complice, l'autorité et la sainteté de sa parole, déterminèrent Sa Majesté à donner, sur l'exécution des ordonnances centrales duels, des lettres patentes qui, signées le 14 juillet, furent enregistrées au Parlement le 21 juillet 1817. Le Roi maintenait toutes les mesures répressives de ses prédécesseurs, l'ordonnance de juin 1609 surtout, où Henri IV enjoignait à ses sujets la paix et la concorde {art. 1'^), à peine d'encourir son indignation : se réservait d'autoriser ou de défendre le com^bat dans des cas graves ; portait la peine de mort contre les duellistes et leurs témoins s'ils se battaient, la déchéance de noblesse pour les uns et les autres, et la perte de la moitié de leur revenu. Louis XIII confirma à plusieurs reprises, en 1611, en 1618, en 1614, cette ordonnance : mais dans celle de 1617, il jura et promit t en foy et parole de Roy, de n'exempter à l'advenir aucun, pour quelque chose ou occasion que ce soit, de la rigueur d*icelle. » De plus, « afin que ceux qui tomberont en ce crime sçachent qu'ils n'y peuvent, ny leur postérité, jamais espérer aucun bien, honneur, repos, ny commodité, ny recevoir aucun soulagement et consolation par nostre miséricorde, » il les déclarait à tout jamais, eux et leurs descendants, déchus de leurs charges, et de tous leurs biens. Il prévoyait même le cas où les grands

de la couronne violeraient Tédit, et, donnant tous autres biens aux hôpitaux, il se réservait « toutefois les fiefs principaux mouvans directement et nucment de notre couronne. » Cette ordonnance, rendue sur le vœu du clergé, exprimé par Cospeau, porta fruit, et depuis, dans le recueil des édits contre le duel, nous ne trouvons plus que des arrôts de condamnation.

Dans le Mémoire de Cospeau, on trouve les mêmes qualités que dans Toraison funèbre de Henri IV, mais moins de défauts, et aucune de ces citations profanes qu'il s*est encore plus d'une fois permises dans le discours que nous citions tout à l'heure. Cependant, on lui sait gré d'avoir purgé la chaire de ce fatras d'extraits des auteurs grecs et latins; et, s'il n'en est pas tout à fait exempt dans son éloge du Roi, peut-être l'était-il dans les nombreux sermons de lui qui n'ont pas été conservés.

L'Estoille, dans son journal, ne lui est pas trop favorable; après avoir consacré quelques mots à chacun des prédicateurs qui ont fait Toraison funèbre du Roi, il ajoute : « Cospean (sic), evesque d'Aire, le jour de S. Pierre, à Nostre-Dame où le corps fut apporté, fit son oraison funèbre avec apparat, hoc est, beaucoup de monstre et peu de rapport; loua le Roy et les Jésuites, et prescha el paulo en espagnol, disait Ion, duquel il a le visage, la garbe (l'orgueil) et la contenance. » Et L'Estoille semble préférer à l'évoque d'Aire le prédicateur Deslandes, qui fit l'oraison funèbre à Sàint-Merri, et qui eut d'ailleurs, semble-t-il, plus de succès, malgré la fade banaUté d'un discours fait froidement avec une sorte d'enthousiasme de romraande.

392 PORTRAITS DU GRAND SlÊaE.

Nous connaissons peu de faits relatifs à Cospeau jusqu'à sa nomination à Tévêché de Nantes. Voici cependant quelques détails que nous empruntons à une biographie manuscrite de Cospeau [sic), conservée dans sod premier évêché, et dont HL" Tévêque d'Aire a bien voulu nous transmettre une copie.

Pendant la minorité de Louis XIII, les religionnaires causèrent des troubles dans le diocèse d'Aire ; le sieur de La Force s*empara de la maison épiscopale, qui fut reprise en 1616 par le marquis de Poyanne. C'était, semblet-il, une véritable forteresse; et le marquis, pour assurer la tranquillité des peuples des Landes, dont il était sénéchal et gouverneur, fit arrêter que ce château serait rasé, et que le pays indemniserait Tévèque. Cospeau consentit à cette mesure.

Il travailla beaucoup à réparer les églises de son diocèse : c'est à lui qu'on doit le portail de la cathédrale d'Aire, et l'on y voit ses armoiries, trois fusées d'argent; mais c'est une œuvre plus que médiocre, qui témoigne assez mal en faveur de son goût, ou du talent de l'architecte.

Cospeau s'occupa aussi de former un clergé dans son diocèse*; mais il ne put y jouir longtemps des bons effets (le son zèle : il quitta le siège d'Aire en 1622 pour celui de Nantes, qui était beaucoup plus avantageux pour lui : les revenus de son premier évêché s'élevaient à dix-huil mille livres; ceux du second, à vingt-deux mille', sans

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