‹ Portraits et discussionsChapitre 17 sur 56 · I. L'MU; 1)1 lAUST »)E ccimiE · texte numérisé non relu

I. L'MU; 1)1 lAUST »)E ccimiE

■des hommes se laisse entraîner par une sensibilité snns conlrepoi<ls, existent dans le crcur dos «'vénoincMls eux-in(^ines. \ a-t il un malheur <|iii ne nous lasse savourer des joies d esprit inconnues, qui ne donne à rAmoquehjuc heaulé ? V a-t-il un bonheur réel dont les conditions et les effets, soient absolument purs de mal et de désordre ? Rien ne réussit, rien n'est vaincu ahsoiiimenl. (l'est notre courte vue, ou [dutôtce sont nos irritations, nos rancunes, notre partialité qui établissent ces catégories, et s'imaginonl puérilement que l'essence des choses comporte de ces non)s llétrissants ou louangeurs, lesquels n'expriment que nous-mêmes. Raust est un héros par la décision de subir tout entière la leçon de la réalité, de ne pas l'interrompre ni y couper court par «les cris furieux ou joyeux d'enfant, de se respecter soi-même en la respectant. Ce qui relie ensemble toutes ces tragédies i\u l^aust, c'est donc la bonne volonté du héros. Le drame de sa destinée ne s'arrête pas, parce que Faust a toujours en lui de quoi le soutenir. Le vaisseau repart pour des contrées nouvelles, parce qu'il n'a pas s()nd)ré dans la tempête, ni ne s'est fatigué dans l'accalmie des ports. Ni la volupté ni la douleur ne viendront à bout de l'aust : car il reste mécontent dans la volupté, sereinet.sage danslailouleur. Si chaque épisode

desariche existence prend l'apparence d'un tout harmonieux, c'est qu'il en a dégagé et recueilli le sens. Ce qui restait nécessairement morcelé et incomplet dans la réalité, s'achève dans son esprit. Mais cet infatigable expérimentateur de la pensée et de l'action ne s'endort pas sur une expérience. Son ardeur suscite sans cesse autour de lui de nouveaux cercles de la vie. Par son sérieux, il les embrasse dans toute son étendue. Le Faust est inachevé comme une sagesse d'homme, il est fragmentaire comme l'acquisition de cette sagesse.

On a dit que le Faust « manque de colonne vertébrale » ou encore « qu'il en a plusieurs ». Le lecteur comprendra maintenant à quel point ce reproche est déplacé. Il prouve -qu'on s'obstine — contre tout sens critique — à exiger de l'œuvre un genre d'unité auquel je soutiendrais volontiers qu'elle est supérieure : car il y a quelque chose d'au moins aussi imposant que l'unité et l'harmonie d'une œuvre d'art : ce sont les révolutions, les brisures d'une destinée tendue vers le meilleur.

Après nous être arrêté, appesanti peut-être dans le commentaire du héros, retournons-nous vers le poète.

Il faut lire le Faust comme oiï se promènerait

l'unité du PAU8T DE (;flETiiK ir,:<

dnns des galeries grandioses ou délicates, conslruiles t\ des époques (lifTérenles par un m«>me artiste toujours en quiMe d'une forme nouvelle de la perfection, capable de finir, et le prouvant par queUjues cliefs-d\euvre, mais plus avide encore de recommencer. Pour un tel homme, l'œuvre de clia(|ue moment est moins un hul (ju'un essai. Voilà pourquoi il la commence avec fougue, mais aussi la néglige dès qu'un projet plus difficile, ou i)lus complet, lui semble-t-il, s'impose à son esprit. 11 préfère le mécontentement, la déception de ses admirateurs, plus intéressés en un sens i\ le voir mener à bout la tAche entreprise, que se perdre en de nouveaux desseins, au reproche que lui adresserait son intelligence^ s'il s'arrêtait dans la conquête du possible. Aussi en usera-t-il en grand seigneur avec ses propres créations. Il se bornera à un fragment si ce fragment signifie suffisamment le tout. Puis, il en construira un autre tout ii côté. Car il peut se dire que, par l'activité dont elle témoigne, son œuvre réserve une satisfaction supérieure aux esprits capables déjuger aussi librement qu'il a libremiMit agi. Bien plus, son art repose sur l'application de lois naturelles qu'un jour ou l'autre il sera tenté d'approfondir. On le verra alors se dérober, laisser en suspens ce qu'il faisait pour s'absorber dans des investigations

15t POPTRAITS ET DISCUSSIONS

desavant ou des méditations de philosophe. Tel fut Léonard de Vinci. Tel Gœthe dans toute sa carrière, mais très manifestement dans le Faust. I^e Faust, suite d'œuvres d'art dont quelquesunes appartiennent à ce qu'il y a de plus grand dans la littérature, est, dans son ensemble, autre chose qu'une œuvre d'art.

Distinguons donc chez l'auteur de ce poème le travail incessant de l'homme sur sa propre intelligence et sur sa vie — et le travail de l'artiste sur une matière qu'il juge digne et qu'il s'efforce d'éterniser. Le Faust, comme ensemble, est le témoignage du premier. De là son pathétique incommensurable.

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