‹ Portraits et discussionsChapitre 16 sur 56 · L UNITE DU FAUST OB GCBTME · texte numérisé non relu

L UNITE DU FAUST OB GCBTME

« les supr«^in«'s forces de l'Iioinme ». Mais il no comprend p.is à quel point Faust, tout en lui cf^danl, le domine. L'illusion no (rouble pas un inslant ce c«iMir ferme dont la cn[jacilé d('*passo do tant toutes les jouissances des sens nt de rambilion vulgaire, qu'il défie Méphislophélôs de lui procurer une minulc de vie qui le salisfasse et qu'il souhaite de voir durer. « Si jamais il ra'arrive de dire à l'instant qui passe : Oh ! demeure ! tu es si beau ! alors je consens à ce que tu jettes les liens sur moi, alors je consens à sond)rerdans l'abime ! » Voilà ce ([ue le Diable, ce prometteur de joies inouïes, ne comprend point. Voilà en qui passe sa malice. Il n'a j)as mesuré la grandeur possible de l'homme. Devant la manifestation de la partie divine de l'homme, il se trouve puéril. Aussi sera-t-il la dupe du pacte. Pour Faust, il n'est qu'une déchéance humaine: capituler de contentement devant c<' qui n'égale pas l'âme.

l-'aust voulait eidrer dans la vie comme un dieu. Il y eidre comme un être de chair. Il y entre par la tendresse, [)ar la faibles.se et par la faute. II séduit une jeune fille (pie cet amour manjuc pour le ciel, mais voue ici-bas à la honte et à la mort. Il Tarrache aux pâles limbes de l'innocence : il éveille, fait briller en elle un rayon de l'essence élernclle. .Vu jour du jugement il la retrouvera

dans la phalange des « pénitentes », des vraies martyres. Mais sur cette terre, elle expie affreusement. Et il y aura longtemps que ses petits os seront émiettés, que Faust, brûlé, mûri par tant de soleils et d'automnes, continuera à mener par le monde une existence de catastrophes et de gloire. Faust commencera l'apprentissage de la vie par la faute. Il le poursuivra par toutes les erreurs humaines. Idée fondamentale, pourraiton dire, de la morale de Gœthe, qu'on se figure si pauvrement quand on l'accuse d'une espèce d'optimisme contemplateur, d'une acceptation toute facile et voluptueuse de la nature. Il s'est fait une notion sévère et tragique du mal; il a conçu que l'homme ne se forge un peu de sagesse qu'au feu de la souffrance. Personne n'a suivi d'un regard plus profond les répercussions des sentiments dans les destinées, ni la puissance de destruction et de ruine que peuvent contenir les plus douces passions humaines. 11 est vrai qu'il n'est pas chrétien, encore que ce soit dans le Paradis chrétien que le second Faust se dénoue et que Marguerite trouve sa couronne. Mais il n'a pas non plus glorifié béatement la joie de vivre. Ce genre de paganisme, si paganisme il y a, est trop vulgaire, pour qu'il soit permis d'en soupçonner un Gœthe. Il n'a vu dans la vie ni un fardeau douloureux, ni une mine de

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joiiiâsances à exploiter, mais la matière d'un art profond. L'Iiommo ne fait rien de !)ien spontanément; il faut (ju'il se soit trompé. Une conscience ne s'assagitet ne s'élève, n'acquiert <|uelque empire sur la destinée, qu'en réfléchissant sur SCS erreurs. Pour (iicthe, l'individu ne progresse en bonté et en puissance (jue par une série de renoncements et de recommencements nécessaires. Il n'a pas eu ce sentiment passivement olympien et impassible, que les « pauvres d'esprit » lui prêtent, de la destinée, humaine, mais un sentiment tragique. L'esprit de Goethe était tragique par la profondeur de son naturalisme. Le Faust, (|ui est le poème de la puissance humaine, pourrait s'appeler par là même le poème de l'éducation par la faute, par l'erreur et par le malheur.

Une éducation humaine, voilà donc ce qui se poursuit d'un bout à l'autre du Faust. Ces drames publics et privés, ces mondes de l'histoire el du rêve au centre desquels nous retrouvons le héros tantôt agissant, tantôt interrogeant et contemplant, se présentent comme autant d'écoles pour une activité et une intelligence d'homme. De là, leur convergence, leur sens suprême. Sur toutes ces aventures tragiques, s'éprouve et se forme ce qu'il y a de plus grand dans la nature : une àme, une volonté, une

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pensée. Et c'est par là qu'elles sont tragiques. Tout change, tout passe autour de Faust. Mais en lui quelque chose ne change pas ou plutôt progresse et s'affermit toujours : c'est le courage de l'intelligence, c'est la droiture de la volonté, c'est la hauteur du sentiment, c'est la clairvoyance en présence des coups et des révélations de la vie. Toujours plus capable de recevoir le plein enseignement des choses, parce que toujours plus maître de soi. A chaque tournant de sa destinée, après chaque catastrophe ou chaque demi-triomphe, son énergie se retrouve inentamée, son œil ouvert. Non certes, que le malheur et la joie soient passés sur lui sans l'atteindre, qu'il n'ait pas été meurtri, blessé, enivré, qu'il n'ait pas été homme. Mais il s'est dominé; dans le naufrage il a pleuré, mais il n'a pas tremblé. Il a osé enfoncer assez profondément dans chaque épreuve pour en rapporter au jour, fût-ce au prix des plus cruelles déchirures, un nouveau mystère de sagesse et l'enseignement d'une activité meilleure. De là sa pacification. Car il y a en lui une puissance de vénérer silencieusement la loi même dont il a été ou dont il a rendu un autre être victime. Il voit trop clair et trop loin pour croire que ces distinctions violentes de bonheur et de malheur, de victoire et de défaite, auxquelles le jugement du commun

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