JOHN RU8K1M
sauvor sa pDilniic malade des brouillards de I^ondrcs, eel Anglais, qui a vécu lAus de 4|ualre-vingl8 ans, découvrit avec ivresse et pitHéia montagne, entendez la haute montagne, les exln^nies sommets qu'il visitait et qu'il habitait m{^me le plus souvent possible. Il aima la montagne; il n'en sortit plus; il lui \i<\\;\ >:\ vie et, avee sa vie, qu'elle devait prolonger au delà des limites communes, sa foi. Kn bon Anglais, qui doit toujours prôcber quelque chose, il la prêcha. 11 loua en elle la médicatrice de toutes les plaies physiques et morales. Il aurait voulu alliier Ihumanité entière sur les cimes du Vigneniale et delà Maladetta. Quand il voyait se dérouler, dans les colonnes du Tintes^ l'image alTreuse des maux des nations et des sociétés, guerres, crimes, suicides, prostitution, paupérisme, il songeait qu'il n'y a que l'inlhience de la montagne pour apaiser et purilier l'âme des humains. 11 conforuia son existence à sa conviction et il s'appliqua à la répandre par ses écrits. Mais je n'omettrai pas surtout de dire qu'il construisit de ses âeniers de nombreux refuges, infirmeries et hôtelleries de fortune, dans les endroits périlleux. Beaucoup de touristes, guides et bergers pyrénéens (b»iv»^nf leur vie à cet excellent homme.
Hé bien ! l'histoire de John Ruskin me paraît
avoir été, en beaucoup plus grand, l'histoire du comte Russel. Ce que les Pyrénées furent pour l'un, le moyen âge le fut pour l'autre, un moyen âge qu'il ne faudrait pas croire la construction en l'air d'un noble rêveur : car Ruskin n'a pas manqué d'un certain sens profond et concret des belles réalités religieuses et sociales de l'Occident au treizième siècle. La séduction exercée sur son imagination par les cathédrales médiévales et par le temps qui les vit construire, contrastant avec son horreur à la fois de philanthrope et d'artiste pourles « enfers industriels » de l'Angleterre moderne, voilà d'où est sortie toute sa pensée. Il s'est dit qu'il fallait revenir intégralement à la coutume de cette époque et supprimer de notre civilisation les éléments perturbaieurs qui s'y sont introduits depuis, exerçant sur toutes ses parties une influence inhumaine. A bas donc la science et la tyrannie de ses applications ! A bas la frénésie du gain, du commerce et l'économie politique ! A bas la machine à vapeur et le travail mécanique !
Certes nous ne préCendrons pas que ce soient là des divinités intangibles et que leur action sur le monde où elles ont été intronisées n'ait eu sa part de malfaisance. Mais en nous proposant de revenir au rouet et au moulin à vent ancestraux, de renoncer aux chemins de fer,
JOHN Ri;SKIN
Riiskin, sans parler de l'utopir de régime politique et éconoiiiiipic i'i la(|uelle il subordonnait tout cela et qu'on ajustement appelée un « torysme socialiste », ne nous décourage-lil pas (!<• prêter l'oreille à ses éloquentes plaintes?