‹ Portraits et discussionsChapitre 28 sur 56 · SIMPLES NOTES SUR MAURICK BARR · texte numérisé non relu

SIMPLES NOTES SUR MAURICK BARR

(léjî\ h prendro la mesure familière des fçrands lioiiuncs do pluine à côlô de «jui il souliailait de s'asseoir, sachant que toute autre place en ce uiondo lui serait bien incommode.

II est certain que dans cet opuscule sur Itenan il usait d'une vive familiarité. Renan, nous raconte-il, se fAcha, gronda. Ce fut, je pense, sans avoir lu ces pages et sur de fau.x rapports, ('.elui (jui avait tant invoqué pour lui-mt^me l'excuse de Veutrapclic, eût été mal venu à la refuser à son commentateur. Un homme qui a tant employé la plaisanterie pour nuancer ou aussi pour envelopper sa pensée, parfois même pour n'en pas courir tous les risques, devait plutôt sourire h une charge franche, mais mesurée et pleine (le sel comme celle-ci. Au Renan de Iliiif Jours, je préfère d'ailleurs celui, plus copieux et fleuri, t[ue l'on voit dans /e Jardin de Bérénice.

Les Trois Stations de psychothérapie qui lîgurent dans ce volume à la suite du Renan^ Barrés les a faites vers 1890, auprès de La Tour, '' (dans le musée de Saint-Quentin , de Léonard de Vinci et de Marie RachkirtsefT. Ces deux derniers furent pour lui des divinités familières qu'il hanta longtemps. Ils lui ont inspiré bien des propos. Du moins a-t il aime placer sous leurs patronages bien des pensées siennes qui, d'ailleurs, ne leur eussent pas déplu.

J'avoue que CQiiepsychotJiéi-apie, cette culture du. mol, ces idéologies, tout ce formulaire d'une scolastique et d'un didactisme un peu amusés^ si je ne me trompe, ne m'ont jamais beaucoup arrêté chez Barrés. Je m'étonne que quelquesuns s'y accrochent. Si les dieux m'avaient déparli à moi aussi les grâces de l'impertinence, j'oserais dire en substance que cela me paraît mis pour les alouettes. Mais quand je me permets de bousculer un peu ces alvéoles artificielles, peutêtre ajoutées après coup, ce n'est pas (et bien au contraire), pour en moins goûter le miel.

J'ai relu avec un plaisir particulièrement vif^ les deux morceaux sur Marie Bachkirtseffy cette petite patricienne russe d'un si grand talent, « qui avait, toute jeune, amalgamé cinq ou six âmes d'exception dans sa poitrine délicate et déjà meurtrie..., qui possédait dans son cerveau les livres de quatre peuples, dans ses yeux, tous les musées et les plus beaux paysages, dans son cœur la coquetterie et l'enthousiasme..., qui était toute remplie d'une ardeur un peu naïve pour les rapins et pour le dessus du panier parisien ». Barrés nous fait sympathiser avec les vertiges de ce merveilleux oiseau auquel il eût conseillé, si la mort ne l'avait prématurément saisi, d'aller se poser à Rome. Là il eût trouvé son apaisement et

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coiiimc un poiul d'où iJominor et civiliser celte complexité, celle diversité de sentiments et de ^oiUs si aimablement harharc. La Ville Mter- < uelle, témoin et dépositaire universel de l'iiuma- ' nilé et de l'histoire, procure à la curiosité cos- j mopolite les plus riches contentements; mais- ( en en concentrant tous les objets, elle les sou- | met au gouvernement d'une idée plus haute, *elle les place sous une perspective philosophique el religieuse.

Ciela est exprimé par Barrés, dans des |»ages sobres, très belles. Ajouterai-je que Rome, ce refuge des exilés illustres, ce lieu, le seul convenable aux grandeurs historiques déchues, n'olTre pas seulement des leçons de contemplation, mais d'espoir et de persévérance ? (Quelle cause « vaincue » ne garde là quelque délégation vivante qui réserve l'avenir ? J'en parle h un point de vue tout humain.

Dans les chapitres qui composent Toute licence sau/' contre ranwm\ comme j'aime un Kloge du scepticLwic ! Sur qui et sur quoi tombet-il ? Sur les tentatives « d'enrégimenlementl de la jeunesse », faites vers 1890, par Ernest Lavisse et l lenri Bérenger. Sceptique sur Lavisse { et Bérenger, on ne pouvait trop l'être ! 11 est vrai ] que ces apôtres ne parlaient que A'action. Mais si / liarrès les envoie au (li;iblt', qu'ils ne s'y trompent

pas, ce n'est pas qu'il soit indolent : « Le secret de notre dégoût est dans la niaiserie des buts proposés à notre activité. » Effectivement, il n'y avait rien de plus niais, rien à quoi un jeune homme d'un peu de sève, d'indépendance et de fierté dûtétreplusréfractairequ'àcetaidéalisme» patenté par le ministère de l'Instruction publique, incluant la vénération de froides bourdes politiques et bureaucratiques, ennuyeux, distinguant mal le moral del'administratif et, pour tout dire, quelque peu alimentaire.

Gomme on excuse la jeune génération d'alors, avec de tels directeurs d'Ame, de s'être dispersée dans le dilettantisme !

Je sympathise avec le sentiment et l'humeur du Barrés de ce temps. Lui-même n'approuverait pas aujourd'hui toutes ses formules philosophiques d'alors et notamment celle par laquelle il proposait d'échapper aux conséquences d'un nihilisme intellectuel qu'il croyait irrémédiable. Toute licence., disait-il, sauf contre Vamour. Voilà qui se peut interpréter d'une façon admirable, mais aussi de beaucoup trop de façons. Etjlà figure, les objets que Barrés prêtait à (( l'amour », avaient encore une indécision qui ne lui était pas d'ailleurs coutumière.

En fermant ce beau recueil, une réflexion me vient et c'est lui qui me la suggère. Il est de

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