SIMPLES NOTES SUR MAURICE BARRÉS
modo (l'opposer les jeunes générations pour qui Barres parlait et celles de maintenant par des Irails sous lesquels on résume leurs dispositions . dominantes et que l'on donne comme s*excluanl f réciproquement. (ioiU de « l'analyse », dilettantisme, pessimisme, esthétisme, voilà pour hier et avant-hier; goùl de 1' « action », optimisme, foi, sens du sérieux de la vie, voilà pour les heureuses années où il nous est donné de vivre. Je ,
ne dis pas qu'en fait, ces deux tableaux ne répondent à une certaine réalité, bien qu'il fallût les |)réciser et qu'ils ne pussent être vraiment intelligibles que si l'on cherchait de part et d'autre le pourquoi de ces dispositions diverses, dont ralternance, n'apparaissant plus comme une simple fantaisie de l'évolution et, prenant un sens, prêterait à quelque conclusion utile. Ce qu'il importe d'observer, c'est que considé- 1 rées en elles-méme ces formules n'indiquent pas ' un bien remph'ujant un mal, mais deux formes diverses de barbarie, deux manières d'être incomplets. Je vous demande un peu s'il faudrait se féliciter (jue l'activité analytitiuc de l'intelligence, la curiosité de tout comprendre, le sentiment de la misère et du comique de l'homme et de la caducité des choses humaines, eussent i disparu de l'élite de la génération nouvelle, fût-ce au profit de 1' « action » et de la « foi ». Si Tac-
tion et la foi dépendaient de telles conditions, <le telles obscurités, elles seraient par trop... bulgares, elles ne nous séduiraient pas. Mais n'est-il pas purement arbitraire de les mettre à ce prix? Et d'oîi tirez-vous que l'énergie, la passion pour de sages, de nobles ou de sublimes buts, le civisme ardent, le patriotisme éveillé, l'esprit militaire, le besoin de trouver au-dessus de la terre la solution des insolubles énigmes de la terre, d'oii tirez-vous que tout cela s'acr commode mieux de l'inertie de la faculté pensante et de la rudesse d'une pensée sommaire? Nous ne sommes pas en Amérique, mais en pays latin, en France, et nos pères merveilleusement subtils et « intellectuels » ont fait des prodiges d'action et de foi sans avoir besoin du prêche grossier d'Emerson, de Walt Whitman, inon plus que du célèbre cordial « antiintellectualiste ». D'où tirez-vous que la part de confiance et d'alacrité nécessaire à l'action heureuse ait besoin d'être un optimisme bête d'Armée du salut? Il faut de tout, sinon dans le même homme (car les grands hommes sont rares), du moins dans la même société civilisée. Tout ce qui a été fait et tout ce qui est arrivé pour soustraire la jeunesse française à des influences délétères et dissolvantes, pour abattre le mancenillier romantique et l'idéologie révolu-
SIMPLES NOTES SUH MAURICE UARBES 'rJ.i
lionnairc n'infirme en rien les droits de la pensée spéculiilivo |iuie, de In iu«''iliUition et de la contemplation intellectuelles. Au contraire, elles y rt'lrouvrnl l;i pureté de lours ol'jels et ne sont pas corrompues en complices d'une sensihiliU'^ faible et malade.
Ce qui répand une beauté sur ces écril.s de jeunesse de Harrès (grand écrivain déjî'j), c'est tout ce (pi'ils revendiquent en l'honneur de ces biens spirituels et de leurs droits. Au moment où nous sommes, une édition critique on est j>resque inutile. De lui-même, le lecteur fait ses réserves sur les expressions d'une philosophie sollicitée par l'individualisme moral et le panthéisme, mais qui d'ailleurs ne s'y engage que d'une manière si légère et sur la pointe des j)i(Mls. lu passage bien curieux est celui où lauleur invente, avant la lettre, sur l'origine de la matière, une théorie d'une incomparable subtilité qui est dans Bergson. Mais ici^ ce n'est <jue jeu, — un jeu avec des profondeurs d'imat!:ination. Il y a bien de l'ironie dans celte méiaphysique d'humoriste, et c'est ce qui l'assainit. ' l /inspiration la meilleure de ces opuscules, c'est la recherche de l'aliment spirituel le plus noble, par un poète et un moraliste passionné, mais absolument dépourvu d'emphase; et c'est un persiflage défensif de la vulgarité et de la plali*
tude. Je ne sais si cela fait plaisir aux « jeunes gens d'aujourd'hui ». Mais cela est d'accord avec la vraie jeunesse de tous les temps. Et c'est un charme de retrouver cette âme juvénile générale aux premières confidences d'un homme qui commença de si bonne heure à ne ressembler à personne.