LE THÉÂTRE DB M. DB PORTO-RICHB
• l qui avoisine inainlciiant la clianibre conju- -:;ile. Marcel apprécie h sa valeur la conimunication qui lui est l'aile et le bon sentiment doù
• '!1«' procède. Combien apprécierait-il davanlago, de la part de cette Madeleine, à laquelle il lie pensait plus, mais qui est là, les preuves d'une symi^alhie mieux que sentimentale! C'est le cas de dire que les circonstances où ils se trouvent l'un et l'autre ajouteraient à la friandise ilu « revenez-y » dont cette présence inattendue inspire le désir h l'expert Marcel, toutes les iierbes de la Saint-.Iean. Il le fait valoir î\ Madeleine (|ui apparaît femme à l'entendre et qui lient fort bien sa partie dans ce dialogue de marivaudage épicé dont nous rencontrerons |ilusieurs fois le pareil dans le théAtre — dans le « théAtre d'amour » — de M. de Porto-Riclie, où la réapparition en est fréquente et le rôle en
• [ueUiue sorte prépondérant. Cette fois cependant le séducteur en sera pour ses frais d'éloijuence. Madeleine n'est pas de loisir. — A peine celle-ci sortie, survient Guérin en personne, Ciuérin de qui l'entrée déconcerte. Car nous sommes chez Marcel et ce n'est ni coutume ni raison de faire visite h un homme h qui l'on va envoyer un cartel. F'aut-il croire que ce tluérin, que M. de Porto-Riche a empreint de je ne sais quelle dignité morale professionnelle, voulait,
avant d'occire le jeune débauché, lui .adresser une remontrance sentie ou peut-être bien pleurer dans son gilet? On a cette impression. Quoi qu'il en soit, le sort veut qu'il soit reçu par Françoise et c'est dans son corsage qu'il verse de chastes larmes. Le spectacle du bonheur de son bourreau amollit sa férocité ; il renonce à la vengeance. Détruire un si gentil ménage, jamais! Ainsi « le beau Marcel » est sauvé par les femmes. Et le fait est qu'il semble un de ces types fondés à attendre d'elles toutes sortes de biens.
Malgré l'ombre de ridicule qui s'attache à la démarche de Guérin, la pièce est jolie — dans son fond ? c'est à voir — tout au moins dans son mouvemeat, dans son allure. Françoise est une création gracieuse et fine. C'est une amoureuse passionnée, mais que la passion ne brouille pas avec le bon sens ni la malice. C'est un agneau, mais fort bien averti qu'il n'y a meilleur placement que la douceur, ni tel que les lionnes pour gâter irrémédiablement leurs affaires. Elle entend sa résignation comme la meilleure manière d'administrer son bonheur. Elle se fait petite et menue, mais pour mieux envahir la place. Elle sait que son heure viendra, si elle ne se mêle pa& de la trop hâter, et que sa plus sûre manœuvre de coquetterie vis-à-vis d'un individu comme
Marcel, c est de ne pas se montrer gOnante et de hii lîHsser oslensiblcmenl sa Hbcrlt^. Elle n'en observe pas moins ses fanlaisics naissantes, qui sont nombreuses; elle les surveille, elle les influence sans qu'il s'en doute, elle les cerne invisibleinenl ; elle ne s'y attaque pas de front, (Vesl la meilleure manière de les user. Elle a des inflexions attendrissantes et de l'esprit : «Tu feras de moi, lui dit Marcel, tout ce que tu voudras avec un»! larme. — Avec une, oui, mais avec plusieurs .' » Et ailleurs: « Je Tie suis pas joHe, mais j'ai des petits coins. — Tu n'es pas jolie? — Non. et pourtant je mt'rrilais de PtHre. »
Tout cela serait en somme aimable et piquant, avec xrne note d'émotion à la Meîlhac, mais à mic condition : c'est que le personnage de Marcel Desroches demeurAl dans le second plan. Un habile acteur peut, je le crois, obtenir cet elTet en émoussant ou escamotant certaines parties du texte. Marcel n'offrira dès lors que l'échantillon d'un type connu, classé : le jeune mari léger et séduisant, insuffisamment « mûr pour le mariage » et destiné sans doute à ne le jamais devenir. 11 servira de repoussoir à Fran- (Toise, sur la diplomatie tendre et spirituellement douloureuse de qui se concentrera l'intérêt.
Je n'ai pas vu représenter /a Cltaïue de Françoise. Mais j'imagine aisément cet escamotage
scénique. Et j'en énonce l'hypothèse parce qu'il a dû arriver qu'un comédien français, habitué à une certaine élégance intellectuelle et morale, l'exécutât spontanément. Mais, à la vérité, et si l'on joue le personnage comme il est, il possède une autre caractéristique et de plus de relief que la légèreté des mœurs et la rage de séduire, caractéristique qui s'étale autant et plus qu'il n'est possible de le souhaiter. Marcel est un mufle. Voilà qui offre une grande importance. Pourquoi ? Parce que Marcel n'est pas seul de son espèce dans le Théâtre cCamour ; mais c'est au contraire l'espèce à laquelle il appartient qui y est la seule. Du moins y fournitelle sans exception, depuis la petite comédie dont nous nous occupons jusqu'au Vieil honune^ en passant par Amoureuse et le Passé, le héros, l'homme aimé, l'amant. Mafcel Desroches est le premier né de la famille. Et je le montre.
Avoir une petite femme qui vous aime et qu'on aime, néanmoins lui faire des traits, la tromper chaque fois que l'occasion s'en présente, cela se voit. C'est faiblesse, c'est faute; ce n'est rien de vil. Ne pas se contenter de céder à la tentation, quand elle se produit, mais la rechercher, la provoquer soi-même de la manière la plus variée possible ; avoir pour système l'infidélité conjugale et le dillettantisme sexuel dans le