‹ Portraits et discussionsChapitre 41 sur 56 · I-'rançoisk. — M<^nae si lu me trompais · texte numérisé non relu

I-'rançoisk. — M<^nae si lu me trompais

Makcel, teiulrement. — Te Iromjn'r ? Oli Ijumais... Les autres femmes, je m'en moque. Ta es le bonheur, fni. tu n'es pus le plaisir.

Ailleurs, Françoise raconte que le soir, quniul Marcel «laigne lui offrir de l'accompagner au dehors, elle est heureuse, mais bien vile elle comprend la faute qu'elle a fàile en acceptant, •car« sa présence le rend agressif et il ne manque plus de laisser échapper qu'il a perdu sa liberté y puisqu'il s'est embarrassé d-'elle par faiblesse^ quanti il avait envie dé sortir seul ». 11' « lïii confie ses esrapade.s, .^es tentations; il a renconlrt^ une amie d'autrefois, une femme d'esprit qui n'était pas jalouse, ou bien il rentre lard sans doute, mais il faut lui pardonner, un peu plus il ne rentrait pas ».

Il n*y a p«es § s'y méprendre. C'est le langage-, ce sont les façons de l'homme entretenu.

Or voici ((ui nous montre sous un nouvel aspect Françoise elle-mt^me. L'homme en! retenu (ou, ce qui revient »xx même-, l'homme qui a te

moral de l'homme entretenu) est aimé... puisqu'il est entretenu. Mais par une femme de la qualité de Françoise il est méprisé. Ce n'est pas nécessairement un obstacle à l'amour. Le cœur féminin est mystérieux. Seulement il y a diverses espèces d'amour et celle-ci en est une. Cette espèce d'amour, Marcel la comporte, l'impose entre toutes les autres. Je me plains de n'en pas rencontrer la nuance dans l'inspiration ni les expressions de la tendresse de Françoise. La comédie s'en trouve sans doute relevée au-dessus du niveau où la mettrait Marcel. Mais par là-même elle viole la règle fondamentale de l'art dramatique, qui est d'observer les convenances de la nature. Si Françoise en est l'héroïne, c'est Marcel qui en est le héros. Ils ne vont pas ensemble. Il faudrait au moins qu'elle lui dît : « Je t'ai dans le sang. »

En d'autres termes, vu et compris par rapport à Françoise, le sujet de cette pièce prête au ton de psychologue, de moraliste, de poète du sentiment qu'a su prendre M. de Porto-Riche et dont le mérite ne lui sera point disputé. Vu' et compris par rapport à Marcel, ce même sujet demanderait un ton tout à fait différent, ou plutôt c'est un sujet moralement très différent du premier et d'une toute autre sphère. Ce disparate moral considérable, l'auteur ne paraît pas l'avoir

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mesuré. Et c'est un bien, après tout, s'il est vrai qu'il n'y ait pas <le vt'M'ilable création littéraire sans naïveté. L'heureuse naïveté de M. de Porto-Riche est ce qui lui a permis de surmonter le dualisme interne de ce joli ouvrage et de lui imprimer son branle impeccable, son iinilé de mouvement.

Amoureuse est, de l'avis général, le chefd'o'uvre dramalicpie de M. de Porto- Riche. Le mérite en est brillant. Ceux qui veulent y voir un ouvrage classique ne se souviennent pas de tout le sens de ce mot, ils en négligent la partie la plus élevée; mais ils sont loin d'avoir tout h fait tort. On n'exagère pas beaucoup les choses en disant que celte pièce ne poss«''de pas seulement l'unité d'action, mais encore l'unité de lieu et l'unité de temps. Elle s'olTrc le luxe des trois unités, et elle les porte vaillamment, sans contrainte ni gaucherie. La conduite en est serrée, forte et brillante. L'action, fort intense, n'y demande aucun ressort extérieur, matériel. Elle jaillit tout entière du connu des passions.' Le dialogue est nourri et rapide, chargé de sens et aisé d'allure, profond et spirituel, réfléchi et incisif. Les « mots »

abondent, non plaqués, mais pris au cœur de la situation, et cependant d'une signification générale de sentences.

Voilà bien des qualités. Elles ont fait la fortune d'Amoureuse. Cependant, si quelqu'un, les ayant reconnues dans cet ouvrage, ajoute que d'ailleurs il le trouve affreux, je ne m'en étonnerai point, je ne crierai point à l'inconséquence. C'est le paradoxe réalisé par Amoureuse que de comporter, que d'appeler tout ensemble deux jugements aussi hétérogènes, que d'inspirer à la fois de l'admiration et de l'éloignement. L'admiration s'attache à tout ce qu'il y a de concentré, d'ardent, d'enlevé dans l'exécution. L'aversion, le malaise ont leur cause dans le sujet, ou plutôt dans ce qu'offre de faux, d'intolérable (en dépit de l'indéniable sincérité de l'auteur) le rapport du ton avec le sujet. Ce ton est celui de la tra^die familière, mais de la tragédie. Il nous eût paru plus naturel die traiter une telle matière en comédie. Et ce n'est nullement sur le choix de sa matière que nous critir querons M. de Porto-Riche. Il nous semble seulement qu'il lui a fallu une sensibilité tout à fait spéciale pour recevoir du conflit que sa pièce représente le genre d'émotion dont il l'a remplie et échauffée.

Me trouve-t-on un peu subtil ? Je me vois forcé

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cte' Kètr»' pins encore. Je voiiflnns exposer le Hujei d'An/ourense. El j'y éprouve un ^rniKi'em- !)arras. Non certes que ce sujel manque de tl<^torniin.THon ot de force : la pi^ce srrall ral'^e H j'ai dit assez, qu'elle est réussie. Mais je ne sais, pour ainsi' parier, à quel niveau le pi*en<Jre. Il est tout psycholo*j^ique. Il consiste dans un cojnbat de passions entre deux jïmes, entre deux |)ersonnos. Mais dans la hiérarchie intérieure de Fàme et de la personnalité humaine que4s sont les déférés qu'il int«'Tesse et qu'il engage? Les plus hauts ou les plus bas? Les uns et les autres, me dira-t-on. Soil ! mais voilà bien ce ((ui me déroute. Je suis fort dépaysé par le spectacle de deux [>ersonnes dont la dispute se li\Te simultanément sur des j)lans aussi divers, aussi inégaux entre eus, surtout si je songe qu'^i* ne s'agit pas setdement d'êtres civilisés et de rang social supérieur, mais encore de deux époux mariés ensemble depuis dix ans. Je les vois mêler, avec une confusion dont ils ne semblent avoir nullement conscience, les griet» désolants, louchants, humains et les reproches, les plus avilissants, les plus injurieux, réclaroer chacun <Ur cœur de l'autre ce dont le CfPur a besoin, tandis qu'ils se traitent ouvertement en ennemis imoraunc rivé» à un sort com'mnn par le seul • esclavage. de l'alcôve^. Eti je ne comprends point

que, se dégradant, se salissant ainsi réciproquement avec une crudité et une cruauté effroyables de termes qui ne laisse plus aucun élément de dignité debout, ils puissent d'autre part faire réciproquement appel aux souffrances du sentiment méconnu, aux devoirs de l'affection tendre et clairvoyante. Si ces sautes, si ce dégoûtant mélange d'ordres et de tons si différents leur sont naturels, il n'est pas naturel à l'humanité normale, qui est celle, ou que l'artiste doit représenter ou par rapport à laquelle il doit classer ce qu'il représente; caries convenances de l'humanité normale sont celles de Tart lui-même.

Imaginez que dans une chambre voisine de la vôtre se déchaîne une querelle dont toute la violence vous parvient, mais dont vous saisissez mal les paroles et l'objet. Une étrangeté vous y frappe, du moins à la réflexion ; c'est la disparité des tons et des accents qui s'y succèdent, et sur les lèvres d'un même interlocuteur. Tantôt vous avez l'impression de cette éloquence simple, pathétique, pénétrée, qui s'exhale des légitimes douleurs longuement accumulées et souffertes et vous inclinez à la sympathie, à la commisération pour ces inconnus qui se sont fait du mal sans méchanceté peut-être, par le seul fait de leur faiblesse humaine et qui pourront, sinon réparer, du moins se comprendre, se

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rendre justice. Tantôt les voix éclatent, dures, srchcs, enlaidies, brutales, comme cela n'arrivo point aux personnes bien élevées, mais coinim' il convient pour se jeter à la télé les dernières violences. Alors vous redevenez froid et vous cessez de trouver ces gens-h\ inléressants. Supposez cependant que le passage d'un mode à l'autre survienne sans solution de continuité, sans interruption de mouvement ni de rythme, comme si les dispuleurs trouvaient tout simple de se parler tour à tour de deux manières si différentes et se reconnaissaient familièrement sous les deux aspects. Cette alternance entraînante d'objurgations émouvantes et de colletages vils vous donnera une impression analogue à celle que doit produire Amoureuse.

Ecoutons les plaintes dont s'accablent mutuellement le docteur Etienne Fériaud (43 ans) et sa femme Germaine..

Etienne est exaspéré de la servitude conjugale. Il est h bout de patience et de forces. Sa femme est jalouse, tyrannique, obsédante. Elle suspecte toutes ses démarches. Parce qu'elle ne pense qu'à lui, elle veut qu'il ne s'occupe que d'elle. Mais elle ne pense à lui que dans celte inteiilioii-là. Elle lui demande compte de tout. Elle le harcèle et le met sans cesse à la question. Le temps qu'elle prend au devoir profes-

sionnel, à Tactivité scientifique de son mari, le tort qu'elle fait à ses légitimes ambitions ne lui causent aucun scrupule. Elle est ou; se croit amoureuse, follement amoureuse et place l'amour, dit-elle, bien au-dessus de tous les autres intérêts de la vie. Lui voudrait la paix, la liberté, le travail. Et ce n'est pas au moral seulement qu'elle Fépuise. Il le dit. Il le lui dit ! Voilà des années que cette vie dure. Il en a assez. Au comble de l'exaspération, il crie à un ami, depuis longtemps amoureux de Germaine et en présence de celle-ci, qu'il « la lui donne ». Germaine désespérée le prend au mot, le trompe avec un affreux dégoût, le lui- annonce, elle a voulu mettre ud abîme entre eux. Elle n'a fait que resserrer autour du malheureux le lien qu'il ne secouait avec tant de fureur que parce qu'il le croyait infrangible. Ah ! qu'elle ne parte pas!

Germaine, s'élaiiçant vers la porte.

Tu. es fou, il vaut mieux que je m'en aille.

Etienne, lui barrant la r.oute. Je ne veux pas.

Germaine JRéfîéchis, Etienne, tu seras malheureux.

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