‹ Portraits et dossiers parlementaires du premier Parlement de Québec [microforme]Chapitre 2 sur 104 · E ON · texte numérisé non relu

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L'HON. P. J. O. CHAUVEAU, DÉPUTÉ DU COMTÉ DE QUÉBEC, PREMIER MINISTRE DE LA PROVINCE.

Enfant de Québec qui, des fenêtres de son cabinet de Premier Mi. nistre, peut encore voir aujourd'hui les cours de récréation où, déjà jeune et brillant élève du Séminaire, il venait prendre ses ébats d’éco: lier. Avec les Hons. MM. Cartier, Langevin, Cauchon, un de nos Nestors parlementaires. Admis au barreau à l’âge de 21 ans, il occupait, trois années plus tard, en 1848, un siége à l’Assemblée Législative jusqu'en 1355, époque à laquelle il se retira pour prendre la direction du département de l’Instruction Publique de la Province.

Avant cette date, il avait rempli, comme membre du ministère, les fonctions de Solliciteur-Général pour le Bas-Canada, puis de Secrétaire Provincial du Canada. Aux sombres jours qui précédèrent nos troubles civils, l’'Hon. M. Chauveau fut membre de plusieurs de ces associations patriotiques, dans lesquelles une jeunesse intelligente réclama avec autant de courage que de fermeté les droits méconnus de la nationalité canadienne.

Lors de l'établissement de la confédération l’'Hon. M. Chauveau rentrait dans la politique active en acceptant les deux mandats de son fidèle comté de Québec, au milieu duquel se trouve Charlesbourg où, dès les premiers temps de la colonie, s’établirent et vécurent ses ancétres.

L’avénement du nouveau régime dont le triomphe venait de prévenir un irrépressible conflit entre deux provinces, rassérénait l’atmesphère, mais ne dissipait point tous les nuages.

Il s'agissait, pour faire fonctionner la nouvelle Constitution, d’établir un gouvernement ayant les sympathies des deux rates, et qui, sans sacrifier aucun des droits acquis, tout en ménageant d'’irritables susceptibilités, püt aussi donner à son chef l& force morale et le prestige nécessaires à tout corps responsable. La tâche était ardue, délicate, et l'avenir le prouva, car l'Hon. M. Cauchon vit son habileté échouer dans cette tentative. L’Hon. M. Chauveau vintensuite, et, grâce à son tact, à son humeur conciliante, à la réputation qu’il s'était acquise par ses travaux, réussit à former son Cabinet, en-y appelant des membres dont l'opinion publique ratifia le choix.

Quatre ans de travaux parlementaires ont prouvé depuis, l’homogénéité, l'accord ei la résistance des éléments réunis d’une si intelligente façon par l’Hon. Premier Ministre. D'une taille moyenne, l’Hon. M. Chauveau a le maintien noble et l'attitude digne qui conviennent à ses fonctions ; lorsqu'il parle le geste est rare, le débit mesuré ; Les fils d'argent d'une chevelure encore intacte jettent une certaine douceur sur les lignes un peu sévères du visage. A le voir, on dirait .un savant, homme du monde; à l’entendre, un diplomate au sein d’un Congrès. L’'Hon. Premier Ministre parle admirablement l’anglais, et

il s'exprime toujours dans les deux langues avec une abondante facilité ; dans les occasions importantes ou solennelles, son langage éclate en images et en traits heureux. L’Hon. Premier Ministre a beaucoup voyagé sur les deux continents. Il y a quelques années il visitait toute l’Europe afin d'étudier les systèmes d'éducation et les diverses méthodes d'enseignement.

L'Hon. M. Chauveau n’est pas seulement un homme politique, mais encore un littérateur dans toute l’acception du mot. Il aime les let. tres, les cultive en homme de goût, et trouve dans leur commerce de nobles délassements à ses travaux. Ainsi que la plupart des hommes d'Etat anglais, il rédige avec la même facilité un projet de loi qu’il écrit une nouvelle, un article de critique u une étude d'histoire. Charles Guerin, roman, une quantité d'articles de revues ou de journaux, fort remarqués en leur temps, constituent, avec la revue men: suelle du Journal de l'Instruction Publique, que M. Chauveau a faite jusqu’à la Confédération, son bagage littéraire.

Comme Premier Ministre, joignant l'autorité du talent à l’expérience et à l’habileté politiques, il sera toujours difficile de remplacer celui qui, à des degrés égaux, possède des aptitudes si diverses et si bien reconnues.

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