M. PIERRE SAMUEL GENDRON, DÉPUTÉ DE BAGOT
La Masse royale repose sur le coussin de velours; le sergent d’ar-
mes, l'épée au côté, attend immobile ; les pages, assis sur les degrés de
l'estrade, guettent un signal ; les députés s’agitent à leurs siéges ; le President, découvert, occupe le fauteuil : en un mot, la Chambre est en séance. Tout à coup, l'huissier à chaine d'argent ouvre les deux b ‘--.8 de la porte du fond, et un homme, de petite stature, enveloppé dans une longue redingote noire, la tête à moitié garnie de cheveux d’un blond fauve, entre dans l'enceinte, s'incline, salue le Président ainsi que le veut le réglement, puis, gagnant à pas discrets un des fauteuils placés en potence, s’assied silencieusement, comme s’il craignait d'interrompre la discussion, ou d'attirer les regards. Ce nouveau venu, ce député, c’est l’élu du comté de Bagot, M. Pierre Samuel Gendron, représentant aux deux Chambres.
Mens agitat molem : l'allure révèle l’homme. M. Gendrôn est en effet la modestie en personne. Le député de Bagot a une valeur égale à celle de ses collègues, mais à le voi’, à l'entendre, on dirait qu’il cherche à s’excuser de se trouver parmi eux en Chambre.
D'abord simple maitre d'école, M. Gendron, dans un état, malheureusemeni trop peu considéré dans le pays, sut s’attirer l'estime et le respect ; puis parvint, grâce à son intelligence et à ses études, à se faire admettre au notariat. C’est en cette qualité que M. Gendron se présenta comme candidat aux deux Chambres ; et telle est l'influence qu’il exerce que son concurrent se vit battu par une forte majorité.
En Chambre M. Gendron parle rarement, mais toujours à propos et
pour dire quelque chose ; ses collègues le consultent dans les graves
occasions, et l’on assure que ses conseils ont inspiré plus d’un discours.
Ayant été trésorier du Conseil Municipal de Bagot pendant 12 ans, les lois municipales ne trouvent pas d’interprète plus compétent ; aussi la Chambre l’a-t-elle nommé membre du comité et du sous-comité chargés de rédiger le nouveau code. Ses connaissances pratiques, son expérience en ces matières, trouvèrent leur emploi, car c’est à un de ses amendements, emporté par une division de 26 voix contre 16, que l'on doit la disparition de l’article 886, et un amendement important à l'article 706 de l’acte municipal.
M. Gendron, siégeant aux deux Chambres, est un exemple de ce que
| peuvent le travail et la persévérance unies à l’honnèteté.