M. F. G. MARCHAND, DÉPUTÉ DE ST. JEAN
Lieutenant dans l’opposition et colonel dans la milice. Modeste à l'excès comme tous ceux qui savent beaucoup ; les honneur le recherchent, et ses concitoyens l’accablent du poids de leurs suffrages : margui:lier, juge de paix, commissaire d'école, conseiiler municipal, colonel, il trouve encore le loisir d’être avec cela, notaire, député, journaliste et père d'une famille patriarchale.
Grand, mince, élancé, le député de St. Jean a l’envergure d’un officier de cuirassiers, les manières affables d'un notaire, l’impassibilité d’un juge et l'esprit d’un homme de letires. Sa physionomie respire la bonté, et de sa personne se dégage comme un courant d’irrésistible sympathie. C’est, dans toute la bonne-acception du mot, ce que les habitants appellent, un vrai Monsieur.
En chambre, le député de St. Jean est le second de M. Joly ; lorsque celui-cis’absente, M. Marchand le remplace et dirige les manœuvres de la petite phalange oppositionniste. Tactique, stratégie, sont exactement celles du chef : mesurées, dignes, polies ; le maitre et l'élève feront école.
À monsieur Marchand revient l'honneur d’avoir jeté au milieu de ses adversaires surpris les deux mesures les plus radicales de ce Parlement : le bili contre le double mandat dans la mémorable séance du 23 janvier, 1867-68 ; et, le 3 décembre 1869-70, un amendement proposant l'abolition de l'indemnité parlementaire.
Cette dernière mesure fut la conséquence d’un procédé parlementaire pur et simple, et non l'effet direct de la volonté du membre pour St. Jean.
C'est aussi M. Marchand que cinq mille Canadiens fixés aux Etats- Unis, choisirent comme leur interprète pour demander des secours afin de revenir au pays.
Le député de St. Jear ne possède pas les qualités de l’orateur, le tempérament fait défaut ; mais son application à suivre les débats, sa parfaite conaissance des sujets qu’il traite compensent labsence d’un mérite parfois A brillant que solide. Quelque peu gêné, dès la première session, M. Marchand reparut à la seconde sans rien éprouver de son ancien embarras, et, aujourd’hui, il pourrait tenir tête à M. Carter.
Parfait notaire, député plein de zèle, M. Marchand est en outre un de nos meilleurs one rs : il rédige le Franco Canadien et minute un contrat entre deux articles politiques. Lors de la dernière invasion fénienne, le député-colonel s’est particulièrement distingué. A la tête d’une brigade composée de détachements de trois armes, artillerie, cavalerie, infanterie, il fit une marche de nuit remarquable, mais ne put rencontrer l'ennemi qui avait jugé prudent de décamper dans le même temps.
Le député de St. Jean a parcouru une partie de l’Europe et visité la France en véritable artiste, allant aux œuvres d'art et aux beaux sites.
Nature excellente, esprit cultivé, patriote intelligent, il ne désire rien, pouvant prétendre à tout. On assure que ses électeurs, plus dévoués que logiques, veulent absolument faire siéger aux deux Chambres l’au teur du bill contre le double mandat.
La vertu sera donc toujours persécutée !!