PRÉFACE. XIII
qu'ils se soucient moins de substituer aux ténèbres la lumière, que d'embrouiller ce qui jusque-là avait paru clair.
,.. Fumum ex fulgore, non ex fumo dare lucem cogitant.....
Les logogriphes spinozistes et hégéliens qu'ils proposent ne piquent plus même par la nouveauté. Et néanmoins, ils affirment d'un ton si cavalier, leurs manières sont si délibérées, ils se savent si bon gré de tout ce qu'ils écrivent, qu'ils imposent à plusieurs et se leurrent eux-mêmes. Car ils s'obstinent à ne pas reconnaître qu'ils connivent avec les matérialistes dont ils ont horreur, aussi bien qu'avec les superstitieux dont ils ont pitié.
Contre les dangers qui menacent le sentiment religieux à notre époque, je ne sache pas de meilleure sauvegarde qu'une ferme adhésion ou un retour à la philosophie spirituaUste, dont je reproduis ici même quelques appHcations.
Les fins de non-recevoir qu'on oppose à cette philosophie sont précisément les motifs qui me la rendent respectable, et je l'estime forte par où on prétendrait l'infirmer. Cette philosophie, je le veux, n'a
XIV PRÉFACi:.
pas un tour original. Mais outre que Foriginalité ne se doit pas confondre avec la bizarrerie, l'illustre antiquité du spiritualisme n'est-elle pas une marque de son autorité? Cette philosophie, je l'accorde, se meut dans un cercle de questions et de solutions toujours les mêmes. Mais n'est-ce pas du moins dans un cercle qui, sous l'effort d'une libre recherche, va sans cesse s' élargissant? Avec Leibniz , je crois l'avoir démontré : les progrès de la pensée humaine sont perpétuels, perennis quœdam j^hilosophia^ . Enfin, cette philosophie, je l'avoue, s'accommode aux plus humbles comme aux plus subhmes intelligences , et loin de lutter avec la rehgion révélée, lui donne et en reçoit confirmation. Mais qui oserait sérieusement taxer le spirituahsme d'erreur, parce qu'il répond aux besoins de l'humanité, s'accorde avec le christianisme et repose sur le sens commun?
Aussi bien, où trouver hors de la philosophie spiritualiste ces idées souveraines, sans lesquelles le sentiment rehgieux n'est qu'enflure ou fantaisie, les idées de Dieu, du devoir, de la vie future? Évidem-
1 Tableau des Progrès de la pensée humaine depuis Thaïes jusqu'à Leibniz. Paris, 1859; 1 vol. in- 8'', 1^ édition.