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Portraits et notices historiques

Le double empire que le grand Constantin étendit jusqu'aux rives du Bosphore avait atteint sous Théodose 1er le sommet de sa gloire : la valeur, la clémence, la justice se réunissaient en lui, et il fat peut-être le seul grand homme de cette longue suite d'empereurs qui va de Constantin jusqu'à Augustule sur le trône d'Occident, de Constantin jusqu'à Constantin Dracosès sur le trône de Byzance. On le sait, il partagea cet immense domaine ; il donna l'Occident à son fils Honorius, Arcadius eut Byzance et tout l'Orient. Après un régne troublé, Arcadius mourut (408) et laissa deux enfants, une fille, Pulchérie, que lÉglisc a placée sur les autels, et un fils qui fut Théodose IL Pidchérie, dit le bréviaire romain, très noble en tant que fille, 'petite- fille, sœur et épouse d'empereurs, a e7e bien plus noble principalement par ses travaux, ayant terrassé les erreurs des hérétiques et affermi le doqme catholique, touchant le mystère de l'Incarnatloyi.

Pulchérie n'avait que seize ans lorsqu'elle prit les rênes

de ce vaste empire; mais l'esprit de sagesse que Salomon avait demandé de préférence à tous les biens terrestres, cet esprit d'intelligence était avec elle: elle gouverna avec une prudence et une force que le monde ne connaissait plus depuis le grand Théodose ; elle gouvernait au nom de son frère , qu'elle élevait en même temps. Savante dans les connaissances humaines, elle traça le plan des études du jfiiwia empereur : elle le guida, le dirigea; elle parvint â faire de ce prince, d'une intelligence médiocre, un bon chrétien et un homme habile dans la science militaire. Il était rempli d'humanité, et si son règne fut marqué par quelques actes injustes et cruels, c'est aux flatteurs, aux adroits courtisans de \À. cour de Byzance qu'il en faut faire remonter la faat<l

Hélas! ils ont des rois égaré le plus sage.

Lorsque Théodose fut à l'âge de régner, il voulut que son admirable sœur régnât avec lui, et, aussi longtemps que Pulchérie partagea le pouvoir, l'empire fut prospère: les hérésies, ce fléau de la monarchie grecque, furent maintenues dans le silence et l'obéissance, et les barbares respectèrent les frontières. Elle désirait marier son frère : le hasard amena devant elle une jeune fille, nommée Athéuaïs , qui venait réclamer la justice des empereurs dans un procès qu'elle soutenait contre ses frères. Pulchérie fut vivement frappée de la beauté et de l'éloquence de cette jeune fille : on lui dit qu'elle était fille du philosophe Léontius; elle'étaitnée à Athènes, et son père l'avait élevée dans l'amour de la philosophie et des lettres; elle était païenne. La princesse crut que nulle n'était plus digne d'occuper le trône, à condition toutefois que l'eau du baptême tomberait sur celle belle tète. Alhénaïs, sollicitée par Théodose et par sa sœur, se soumit : elle devint chrétienne, elle reçut le nom d'Eudocie et elle épousa Théodose.

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Les premières années de son règne furent très brillantes : elle protégeait les sciences; sa cour se composait d'hommes instruits avec lesquels elle airfiait à disputer selon les lois de la philosophie; un d'eux surtout, Paulinus, homme aimable et d'un esprit ingénieux, était en faveur auprès d'elle. Théodose prit quelque ombrage de cette amitié, et dès ce moment le bonheur d'Eudocie déclina, l'éclat de sa vie pâlit. Les questions théologiques mêlèrent leur venin aux motifs de plainte que l'empereur croyait avoir contre elle, et Pulchérie, si douce et si charitable, ne put cependant approuver sa belle -sœur. La fille de Léontius, en abjurant le paganisme, n'avait pas apporté au Dieu des chrétiens l'hommage d'une foi humble et sincère; son esprit, exercé à la dispute, se trouvait disposé à admettre toutes les erreurs que l'orgueil humain enfante.

On le sait, les barbares au dehors, les hérétiques au dedans ruinèrent ce magnifique empire qui s'étendait eu Europe, en Asie et en Afrique; l'hérésie semblait propre au génie subtil de ces peuples orientaux, et à chaque instant sortait du désert, des contrées reculées de la Palestine ou de l'Egypte, quelque moine, quelque ascète qui opposait ses idées personnelles au grand concile de Nicée, à la croyance de quatre siècles, à la, foi ferme dont Rome tenait le drapeau. Au temps où Théodose II régnait, Nestorius était patriarche de Constantinople ; son éloquence, alimentée par une imagination vive, avait charmé le peuple, et quoiqu'il parût bien doux, il persécuta cruellement les Ariens, les Marcionites, les Yalentiniens, les hérétiques multiples qui se pressaient dans les villes de son patriarchat. Cassien disait de lui ironiquement : « Nestorius prenait les devants pour qu'il ne restât au monde d'autre hérésie que la sienne. »

Elle éclata enfin dans un discours qu'il prononça le jour de Noël, et dans lequel il attaquait la maternité divine de Marie, proclamant qu'elle n'avait enfanté que

rhomme et non le Dieu; et lorsqu'on se reporte à ces temps de profonde conviction religieuse, on conçoit le trouble que cette proposition dut porter dans les esprits. Les uns, et parmi eux Pulchérie, la combattirent avec l'énergie de la foi; les autres, et parmi eux l'impératrice Eudocie, y adhérèrent. De longs débats aboutirent au concile d'Ephèse, et plus tard à celui de Ghalcédoine, lorsque Eutychès eut joint ses propres erreurs à celles de Nestorius : doubles hérésies qui furent condamnées et rejetées par les évêques et par l'autorité magistrale du saint- siège.

Ces discussions théologiques ne furent pas favorables à la paix de l'empire, elles troublèrent la famille impériale; toutes ces forces vives de l'État se consumaient en luttes religieuses. L'empereur passait son temps à composer des symboles et à organiser des synodes : on ne veillait plus aux frontières; Attila était sur le Danube, et Genséric à Garthage. On payait tribut aux barbares plutôt que de les combattre. Les bons et les mauvais ministres se succédaient à courts intervalles d'après les révolutions domestiques. Quand Eudocie ou Pulchérie triomphaient, une ère de justice et de calme arrivait avec elles; quand c'étaient les chambellans, les flatteurs, les favoris de Théodose, les impôts, la misère, les exactions s'appesantissaient sur le peuple. Les favoris le comprirent, et, afin d'affermir leur règne, ils éloignèrent les deux princesses. Pour arriver à leur fin ils excitèrent l'orgueil de Théodose contre celle qui lui avait servi de mère et de tutrice; il ne recourut plus à cette admirable conseillère qui les avait si bien guidés , lui et l'empire , pendant dix ans; elle-même s'effaça et se retira dans la solitude monastique de son palais.

L'éloignement d'Eudocie eut des motifs plus cruels. Un incident ranima les soupçons jaloux que Théodose avait conçus jadis contre Paulinus, l'ami de l'impératrice; la colère de l'empereur ne connut plus de bornes, et quoique

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Eudocie protestât de son innocence , protestation qu'elle renouvela au moment de mourir, il fit décapiter Paulinus. Eudocie, affligée et offensée, déclara à son rnari qu'elle le quittait pour jamais; elle lui demanda l'autorisation de se retirer à Jérusalem. Il l'accorda et elle partit (440).

Installée à Jérusalem dans un appareil convenable à son rang, entourée d'une petite cour, elle entreprit de se concilier l'amitié des habitants : elle reconstruisit les murailles de la ville, à demi ruinées; elle bâtit et répara des églises et surtout des monastères, et elle s'acquit par ses libéralités, par sa grâce affable, une telle popularité, que le gouverneur de la Judée en prit ombrage. Il dénonça Eudocie à Théodose; il l'accusa de menées dangereuses et de révolte contre la volonté impériale : il n'en fallait pas tant pour éveiller les susceptibilités jalouses de l'empereur. Il fit mettre à mort les serviteurs d'Eudocie, parmi lesquels se trouvaient un diacre et un prêtre ; elle se vengea et fit égorger l'émissaire de son mari, le comte Saturninus. Un ordre de l'empereur supprima son palais, sa pension impériale, et la réduisit à la condition privée. Elle accepta son sort avec une calme fierté, et elle continua à faire autour d'elle, dans la mesure de sa pauvreté, le bien qu'elle ne pouvait plus faire avec une magnificence souveraine.

Tout à coup une révolution de palais ramena Eudocie à Gonstantinople, auprès de son époux, et, avec toute l'ardeur de son imagination, elle se rejeta dans les querelles religieuses et adopta les erreurs d'Eutychès qui enchérissaient encore sur celles de Nestorius. La mort de Théodose la ramena à Jérusalem ; l'empire fut gouverné de nouveau par Pulchérie (450), et elle appela à ses côtés le général Marcien, dont la justice et la valeur rendirent (quelque gloire à l'empire d'Orient. Il répondait à Attila, (jui lui demandait le tribut :

« J'ai du fer et non de l'or à ton service. »

Eudocie reprit à Jérusalem sa vie de bonnes œuvres;

ses libéralités allaient chercher les ermites jusqu'au fond des déserts; elle élevait de ses deniers une splendide église à saint Etienne, elle était la mère des pauvres, la reine de la province où on ne la connaissait que par ses innombrables bienfaits; et pourtant son esprit restait livré à l'erreur; les décisions du concile de Chalcédoine et l'autorité du pape Léon le Grand ne la trouvèrent pas soumise, et il fallut les leçons de la vieillesse, l'approche de la mort, les malheurs dont fut frappée la race du grand Théodose pour éclairer enfin son âme.

En ce temps- là, les vertus et les austérités de saint Siméon Stylite frappaient les peuples d'une religieuse admiration ; les fidèles accouraient au pied de cette colonne sur laquelle il passait sa vie. Eudocie le fit consulter : il lui répondit simplement :

« Tu as dans ton voisinage un homme divin, Euthymius; consulte-le, fais ce qu'il t'ordonnera, et tu seras sauvée. »

Euthymius vivait dans une solitude, près de la mer Morte ; on eut peine à le trouver, et lorsqu'il consentit enfin à venir vers Eudocie, elle se jeta à ses pieds et lui dit :

« Mon père, je vois que, malgré mon indignité, Dieu daigne me visiter par votre présence. »

Quel tableau que celui de cette femme puissante, spirituelle, adulée, prosternée dans la poussière devant cet ermite qui fuyait la société des humains et vivait seul, sous le ciel et près de la mer ! 11 lui dit avec douceur :

« Ma fille, prenez garde à vousl Vous vous êtes laissé séduire à la malice de l'impie, et le malheur vous a frappée. Quittez donc votre obstination, acceptez les conseils et suivez la communion de Juvénal, votre évoque. »

La fière Athénaïs obéit avec simplicité. Elle fit la paix avec son évêque, et sa soumission à l'Église y ramena une foule d'ardents fauteurs du schisme. Elle se Uvra avec

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