‹ Portraits et notices historiquesChapitre 34 sur 46 · LOUISE DE CO.NDE · texte numérisé non relu

LOUISE DE CO.NDE

la prudence ou de celles de mettre en valeur le germe de l'amour -propre que l'on porte en soi-même, tout cela me semble autant de moyens réunis de s'approcher de Jésus- Christ. On reproche à la trappe l'excès; eh! Jésus ne nous a-t-il pas aimés jusqu'à l'excès? »

Elle s'ensevelit donc dans cette trappe redoutée ; elle confessa qu'elle s'y trouvait heureuse autant qu'on peut l'être ; elle écrivait à son directeur : « J'aime tout ce que nous faisons, au point que je prétends, et c'est très vrai, que je mène une vie très agréable et que je m'amuse. Ce mot est bien ridicule, je le sens; mais mon vrai père m'a toujours dit que j'étais un peu ridicule, et pas comme les autres... » Son noviciat, avec de semblables dispositions, ne fut qu'un long acte de ferveur; mais Dieu, qui semblait vouloir éprouver sa patience et sa fidéhté, permit que la guerre troublât encore cet asile de paix et de prière. Le supérieur des trappistines, Dom Augustin de l'Estrange, résolut de passer en Amérique avec les deux communautés qu'il dirigeait ; Madame Louise trouva ce projet contraire à la prudence; le cœur déchiré, elle se dépouilla de l'habit de saint Bernard, qui lui était si cher, et elle se réfugia en Lithuanie. Toujours préoccupée d'une unique pensée, elle cherchait, s'informait et demandait à Dieu où elle devait consumer sa vie pour lui, comme la lampe se consume devant l'autel, lorsqu'on lui parla d'un monastère de bénédictines de l'Adoration du très Saint- Sacrement, institut fondé au xviie siècle par la mère Catherine de Bar, française, et protégé à sa naissance par Marie de Médicis et Anne d'Autriche. Tout ce qu'on dit à la princesse des pratiques et de l'esprit de cette congrégation répondait singulièrement aux besoins de son âme, et, le 21 septembre 1802, elle eut enfin le bonheur de faire les vœux solennels qui la liaient à son Dieu. Elle prit le nom de Marie-Joseph, et dorénavant elle n'en porta plus d'autre.

Elle était à peine entrée dans ce repos d'esprit et d'âme

auquel elle aspirait depuis tant d'années, lorsqu'une affreuse nouvelle vint broyer son cœur. Traîtreusement enlevé, lâchement et juridiquement assassiné, le duc d'Enghien léguait à Napoléon une honte que les lauriers d'Iéna et d'Austerlitz n'ont pu cacher; il léguait à sa famille un deuil éternel. On apprit à Madame Louise ce tragique événement; elle se prosterna le front contre terre en criant : « Miséricorde! mon Dieu, miséricorde 1 Faites lui miséricorde I » Depuis ce moment terrible jusqu'à la fin de sa vie, elle ne cessa de prier et de pleurer devant l'autel pour la victime et pour le meurtrier. Au comble de sa fortune, couronné par la victoire, triomphant , Bonaparte ne se doutait pas que dans un obscur couvent de Varsovie la dernière fille du grand Condé ne cessait de prier pour lui , parce qu'il avait frappé l'être qui lui était le plus cher; s'il a trouvé miséricorde à l'heure suprême, n'est-ce pas cette prière héroïque qui a fait violence au Ciel?

Elle avait passé trois ans à Varsovie, lorsqu'elle apprit qu'une Française , M^^e de Mirepoix , dirigeait en Angleterre une maison de bénédictines du Saint-Sacrement, et qu'elle y avait rétabli la sévère et primitive observance ; c'était là ce qu'elle avait toujours désiré, ce qu'elle n'avait pas trouvé en Pologne ; et avec la fermeté qu'elle mettait à ses résolutions, elle alla chercher en Angleterre ce royaume de Dieu qu'elle avait entrevu sans le rencontrer encore. Elle se réunit donc, après un long voyage, aux dignes religieuses françaises, qui, fidèles à leurs vœux, avaient fondé ce monastère ; elle vécut de la vie la plus intérieure et la plus parfaite; elle n'avait de rapports avec le monde que lorsqu'elle recevait à la grille son père et son frère; dix années se passèrent comme un jour, et elle touchait aux portes de la vieillesse lorsque la Restauration la ramena en France.

Louis XVIII voulut offrir à sa parente un asile digne d'elle; on hésita longtemps : le Val-de -Grâce, les an-

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