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M abbé Casgrain a un don: naturel aile pousse À écrire, comme oiseau chanter. “Et, si J'on: me: dit qu'ila'ap seulenent: Finstinct, “mais aussi les cs de l'oissau, je ne conteste pas. :
ment,il se semble, que: ce: DR ‘des'ailes l'aigle, à moins que l'en. ne soutienné:qu'il\a les mais non les, Jenx de cet oiseau royal,
“Leipremier ouvrage de. M. l'abbé Casgrain a révélé cette double faculté de sa muse de chanter et de voltiger, . Les Légendes sont un chant, assez monotone d'ailleurs,—-quoique répété avec grand accompagnement de variations—et une vol- À alerte, exécutée sur. une seule corde.
at He que de ce livre m'a pas causé tout e l'auteur attendait, quoiqu'il fût bien: calculé pour cela. - Gar,
c'est:là une des faiblesses de notre excel.
lent abbé: il:n’a pas la vertu de renoncemental succès. : Au centraine, ikadore dessuocès etil n'oublie rien de ce qui ue conduire. Il:connait.à. fond. touficèlles qui peuvent ser pre mama pavois etilne dédaigne ‘pas dé les: employer quand il met à au vb wun霌uvre npuvelle. :
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I] ne tient pas non plus pour méprisable le succès qui rapporte un peu d'ar-
| gent, et, de tous nos littérateurs, il est
bablément le seul qui ait sû retirer de jns bénéfices de sa littérature.
“Pour se convaincre que; dans : V'esprit
de l’auteur, les Légendes étaient un livre à effét, il suffit de parcourir la table des chapitres : Apparition !: Silhôuëtte ! Mort!
Vision! La Vesprée ! Agonié!:Lamentation!
Réve! Sang! Serpent! Hallucinations! Le Mirage du Lac! Un Esprit! Comme:unhuth d'ivoire! Course! L'écho de la montagne !
Une dme défleurie ! Les visions ! Gaselles et tigres! L’orchestre infernal!
J'en passe quelques: uns assez ronflants!
On ñe voit rien d’aussi féérique dans les Mille et wne nuits ou dans les corites d'Hofmann. Il'faut dire que les Légendes sont aussi des contes, avec une plrphonomie romantique très prononcée. :
Si des chapitres je passe aux épigra-
phés, le fantastique grandit et la ‘tenanca à l'effet devient plus manifeste encore. Ils ‘sont à lire ‘et'j'y renvoie le lecteur, qui pourra constater en même temps que la ponctuation né le: ‘cède en ‘rien à la prétestion littéraire. :
Malgré tout cet appareil; Jes- Légendes s’ont pas créé — à sensation désirée.
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Si peu a or que soit le lecteur canadien, il a deviné tout ce qu'il yavait de factice, de convenu, de maniéré dans cette: éclosion soudaine de-poésie ]yrique et dramatique. | {6 MNT Lovr
Il serait trop long d'entrer dans un éx:
amen critique détaillé de chacune des trois légendes qui composent le-volume. Une grande partie dés: observations que nous aurons à faire sur l’une-d’elles s’applique, d’ailleurs, aux deux autres, et c'est pourquoi nous nous -bornerons à feuilleter un peu la Jongleuse et 1a Fantaisie qui lui sert de-prologue. : : : ‘ot an!
C'est l’œuvre capitale du poète. ! ji ya
mis toute son habileté de ciseleur, toute
sa force d'artiste, toute sa richèsse deco:
loriste.. I a voulu élever son monument, bâtir ses-colonnes d’Hercule, et il a cru qu'il avait réussi. Il s’est trompé: La Jongleuse formé à elle seule plus de la moitié du volume, mais ce m’est: pas là mieux remplie. La Fantaisie porte: bien son titre, mais n’est pas à sa place. L'au.
teur sentait le besoin de parler un ‘peu de
hxi-même-et de placer ‘quelque ne phrases faites dépuis longtemps. Elles étaient si fleuries, ces chères : ph: 4 Eles avaient tant ébloui-leur. père lors de ser -éclosion:! H n'était: pas possiblé
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de les laisser plus longtemps sous Le boisseau. ,
C’est l'excuse qu'il peut invoquer pour avoir mis au jour des phrases comme celleci: . |
“% O joies de ma blonde enfance ! co- ‘“lombes de mon cœur hors du nid “ envolées—ne ferais je donc plus jamais ‘ résonner. mes sourires sur vos ailes fré-
‘ missantes ?” :
Faire résonner ses sourires sur les ailes :
frémissantes des colombes de son cœur qui sont les joies de sa blonde enfance 1 C'est véritablement trop fort, et les iicences
poétiques doivent avoir un terme. Si.
vous le dépassez, vous tombez dans le
- galimatias des Précieuses Ridicules.
Malheureusement cette phrase n’est
as isolée ; il y en a de semblables dans
aucoup de pages de la Fantaisie et des Légendes. :
Lisez encore la suivante: :
C'est que partout se dressait devant “lui le fantéme hideux d'une société pourrie ;—ulcère gangrené,—eadavre fé- ‘Cyide, auquel une dernière secousse gal-
“ vanique: communique : un reste de vie ;=-spectres aux formes gréles, au.
front imbécile, au teint häâve et: livide, .
SC œu regard glauque et cvitreux, suant le
A BA Lt A Sa & og
4 vice et la débauche à travers une peau (€ voltairienne.” d
‘Toute cette phrase ronflante et bourrée d’épithètes manque de naturel et elle étonne chez un auteur, ordinairement si gracieux. Peau voltairienne est de mauvais goût, surtout quand elle recou:
yre un Spectre. Il répugne aussi de voir un fantôme quiesten même temps uicère, cadavre et spectre !
Je continue la citation : à “Le voyez-vous, là-bas, branlant une ‘‘ tête décrépite, ivre du vin de tous les “ crimes et cheminant à travers le siècle ‘‘-en écorchant, à chaque pas, ses mem- ‘“bres chancelants sur iles débris des & croix et des sceptres ?
“ Entendez-vous, au sein dela nuit, sa ‘ voix qui tinte comme un glas funëbre, “ bavant d'une lèvre édentée le blasplième et le sarcasme ?
Ouf ! n'est-ce pas fatiguant à lire? Et que pensez-vous d’une voix quibave, mais qui bave d'une lèvre édentée P vis * Maintenant, si le lecteur est curieux dé savoir quéls blasphèmies : bayait cette
vois à la lèvre édenté, il pourra liré aux pages 221 et 222 des Légendes des vers d'Alfred de Müssét, qui sont peut-être les plus beaux de la langue française et qui
ne contiennent absolument rien de blasphématoire. Ce qui n ‘empéçne DAS notre écrivain d'ajouter :
Et le.monstre, en vomissant ces blàsphèmés, a poussé des ricanements d'en.
fer
Dieu nous fasse dés monstres semblables! Et-pourvu qu'ils nous disent d'aussi beaux Yérs, je leur pardonnerai d’être lantémes—ulcères—cadavres— spectres. et.
de se couvrir d’une peau vollairienne.
Je prends ces peser au hasard, et je pourrais en citer d'autres danscetté même Fantaisie, où la folle du logis se promène, avec PRAEUR je de liberté.
On dirait que l'écrivain redoute la fadeur et qu'il la confond avec la, simplicité’et le naturel de l’expression. Or, ces mots ne sont pas du tout synonimes. . Il arrive même, quelquefois, que le style fleuri .est très fade. La. udéri en à, donné bien des preuves. et. jen pourrais, monts d’autres ans les.L sol Du style fleuri qu'on. affecti. onpe, on see si cp dans | Japrolinté et le | J'en..ai déjà cité des exemples. “En voici dans trés de la. eve |
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Il s’agit de nous faireentendre le chant de cette étrange Dame aux Glaïeuls (imitation dé la Dame aux Camélias). On va voir que c’est compliqué et qu'il faut être plus qu'artiste pour analyser cette musique extraordinaire:
‘Au moment où la nouvelle lune se ‘ lève, de vagues et lointaines rumeurs, ‘‘ mêlées äu coassement monotone des ‘‘ grenouilles, s'élèvent des plantes aqua- ‘« tiques. |
“ Voix surnaturelles qui. semblent sur- ‘‘gir du fond des eaux ; —incantations ‘* mystérieuses, d'abord indécises, puis ‘{ s'élevant peu à peu et se prolongeant “sur les flots en mélodie tour à tour “ süâvé comme des voix d'enfants, -ou
‘“ voilée comme la brise du soir, parmi
les halliers ;—mais parfois, aussi, écla- ‘ tante et terrible, comme le rugissement ‘: dé l'ours blessé, où comme le roule- ‘‘ ment du tonnerre ou des cataractes.” Un peu plus loin, la description recommence. C’est ‘ un.son étrange et vague, “d'abord à peine perceptible, puis se ‘ rapprochant, devenant plus distinct, et “sé prolongeant sur les flots en molles “ ondulations, pour s'éloigner, osciller ‘* encore et s'évanouir un instant après.
‘ Longtemps, ces mystérieuses vibra-
‘tions, qui semblaient tantôt descendre ‘* des nuages, tantôt remonter du fond ‘: des cavernes de la mer, ou s'échapper “d'une conque marine, ou.filtrer à tra- ‘ vers le treillis des bois, voltigèrent en “ notes intermittentes parmi le silence ‘ solennel de la nuit. ”
Dans la page suivante, nouvelle analyse du mystérieux chant : ,
# C'était une sorte d'incantation fan-
‘tastique, qui empruntait à la sombre
‘‘ majesté de-ces heures solennelles et à ‘! son origine inconnue un singulier ca- ‘t ractère de merveilleux et de surnatu- ‘ rel ;:-—Sorte de méiopée, tantôt plaintive et réveuse, noyée de mystère et de ‘* mélancolie, ondulant sur la lame, flot- ‘“ tant dans l'atmosphère et se perdant dans les plis de la brume.—soupirs infi- ‘‘ nis;— échos de voix d’anges—rêves “ d'enfants au berceau.,—chant des courlis ;—ou bien; vive et légère, découpée ‘* en frileuses dentelles de sons, montant ‘et descendant en spirales aériennes— ‘ sroupes de notes folâtres se tenant par ‘ Ja main ;—et puis, tout à coup, tristeet “ morne, comme le vent d'automne qui ‘ brame dans lesramées, comme l'hymne ‘ funèbre sur les tombes ; —ou, fanfare “ inouïe, vibrant comme un cuivre”
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Qu'on place maintenant en regard ces trois descriptions et lon verra qu'elles
diffèrent peu. Ge snnt les mêmes images
ei parfois les mêmes mots. : :
Dans l’une, ce sont des voix surnaturelles qui semblent surgir du fond des eaux ; dans l’autre, ce sont de mystérieuses vibrations qui semblent remonter du fond des cavernes de la mer. Ici; ce sont des éneçantations mystérieuses ; là, c’est wne sorte dincantation fantastique. Dans la première, l'incantation est d’abord indéeise, puis s'élevant pew à peu et se prolongeant sur les flots en mélodie suave comme des voix d'enfants. Dans la seconde, elle est d’abord imperceptible, puis sé rapprochant; el se prolongeant sur les flots en molles ondulations. Dans la troisième,‘ on la retrouve ondulant sur la lame, et comparée à des réves d'enfanis au berceau. Puis, vient cette mélopée, découpée en frileuses dentelles de sons, montant et deseendant en
Spirales aériennes !
Si ce n’est-pas là abuser de la métaphore, je déclare ne plus connaître la signification des mots. Il est encor. possrble que l’on trouve élevé ce qui me
rait long ! Cela dépend du point d’où
on regarde, et, pour certains esprits, la Jongueur peut être synonime d’élévation.
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Mais, en vérité, trois ou quatre pages con-
sacrées à l'analyse d’un chant, ou d'une di) incantation, qui, en définitive, restni un È Chant, ni une incäntation, ni autre chose, ÿ
cela me semble un abus.
- Un défaut capital des Légendes, c'est la pompe du style, L'auteur à cru qu'il faisait un Léger épique, et il à pris pour modèle le style du Paradis Perdu. ou des Martyrs. C'est un’ non-sens et un manque de goût absolu. Uné nouvelle citation démontrera la vérité de cette critique. sion 4: hofnser à 410 251 We :.. Mâfame: Houel desténd le fleuve en canot, la nuit, etelle iñiterroge: l’un des canotiers, un sauvage, sur le Compte de là Jongleuse. Voici ce :què j'appelerai le à prélude de‘la-réponse du sauvage : ‘4
. Le Miragé du‘Lac qui : dort :sur: les” ‘ genoux de la Fleur des Neiges est plus beau que le nénuphar blanc des gran- ‘‘ des eaux. MU ie Len ha
‘# Le lac où se mirent la folle avoine ‘© et les roseaux du rivage estmoins limpi- L ‘ de que ses yeux et son regard est plus ‘ brillant que l'étoile du soir! : :
: “Ses lèvres sont deux grappes dé frai- ‘ses mûres et ses dents sont des flocons ‘* de neige. : MAN GTS torse É
‘ Les lianes, au printemps, sont moins ‘ flexibles que sa chevelure.
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