‹ Portraits et pastels littéraires [microforme]Chapitre 15 sur 26 · FL 7 PS · texte numérisé non relu

FL 7 PS

D. . Ilya, cependant, une chose qui m'intri- KL gue : ce sont ces chuchotements qui pré- ); cèdent l'entrée du professeur. Avant D- Placide et ses impayables silhouettes, je

e pouvaient s'entredire

ne sais trop ce qi | de l'endroit... Aujourd’hui

les Gravoches

8 qu'ils ont lu tout cela, je m'imagine enle tendre, même dans le grand silence qui à se fait entre le bâton de l’appariteur et la salve d'applaudissements : de \S, —Ecoute donc,chose, as-tu vu le profesel, seur ? Regarde-moi donc ses canines ?

18, As-tu remarqué sa bosse de l'ironie ?

AS- L’a-t-il un peu le toupet ! Tiens, v’la son il sourire. qui se décroche de $a moustace | chel—$Se mord-t-11 toujours les dents ?

“Dis donc, enfin, avec quoi qu’on se les les mord, les dents ?—Tais-toi donc, Grognon ux faut pas manquer au respect; regarde En ses prunelles qui s’allument.—En garde !

M. vlà ses cils-dards qui se forment en co- QE lopnat sure F ans Mais j'arrive à des questions bien plus .. scabreuses lorsque je song que les-titis ar- du paradis universitaire ont lu les deux pui intéressantes anecdotes que voici:

ans .-Tous.les. grands hommes ont eu dans en- leur enfance des aventures extraordinai- 4 ; res ; il y en à même qui ont commencé

avant de naître. Les mères de ces grands

honte ont vu des ul agiter dans

Pair, élles ont entendu dés voix,

Oo Ra et grands, ge de rdc Fa cé bon Pladide, L'histoïre est d'autant plus authentit TPE UE fn confidence intime (Comme les Mietres de l'abbé Casgrain) et que les paroles” sont mises dans 14 bouche duhéros :

« J'avais quinze ans. Je passais devant la grange chez nous, uné’ boîte dé foin sur la tête. En traversant devant la bergerie, je ne “ma sera pas que la porte était ouverte. Je m'en allais tran.

quilément, sans soupconner le moins du moins du monde que le bélier accouräit derrière moi à toutes jambes (sic). Il vint me toquer, vos savez bien te avec une telle violence que j'allai voler ‘un côté, et la botte de foin de Pautre. Je fus quinze jours sans m'asseoir, ER

Et d'une!

Qu'on me permette d'apégus l'autre.

docteur rencontra un jour, sur le pont

ct ee ! un homme ivre hi Aüi blac

À Comment reve ra ville? ?

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Fm As a peintre, qui à contusion Un, uné couclie Maintenant, n’estil pas à craindre que

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ces jeunes messieurs de l'auditoire ne se demandent : Tiens, le professeur Chose qui m'avait toujours dit que le docteur était toqué!... Savais-tu, toi, que ça venait d'un bélier ?—Ecoute donc, Gravo che, où donc qu’il l’a toqué, le bélier ?— Parbleu, c’est dans le sillon de l'énergie, —Taistoi, Finfin, tu ne connais point ta cosmographie ; ça doit être aux antipodes de la bosse de l’ironieJe voudrais bien la voir, sa black-eye—Laquelle ? Celle qui n’a pas été peinturéé?—Va donc, farceur ! Ça ne lui arrivera plus au Docteur — Pourquoi ?— Parce qu’il a pris des leçons de boxe—Ca le sauvera des black-eyes, mais pas des toquades !....

On peut concevoir les variations propres à ce thême. .

Un homme qui, dans sa jeunesse, avait eu de pareillés aventures, devait faire, dans sa maturité des choses plus remar-

uables encore. Aussi, ‘‘ est-il d’une grande force sur le moulinet. ..Il sait “Ïa boxe et le bâton...Il a une demi- “ douzaine d'enfants ; il espère encore

“ én avoir autant, et tient, comme Napo-

“léon, que le plus grand patriote est “ celui qui en a le plus. La plume est “pour lui une pioche, une truelle. il ne « croit pas aux livres. .ilen a fait un,

a à: in par hasard, un pot-pourri qu'il a intitu-

« 16, Mélanges, ” | “Rien ne l’indigne , (après de tels, ex:

‘ ploits, il est permis d’avoir l’indigna-

tion facile.) rien ne l’'indigne comme ‘“ de voir la bande des niais et des im- ‘“ puissants qui, incapables d'avancer, ‘ passent leur temps à barrer les jambes & à ceux qui veulent aller de avant.”

‘ Qui croirait que cet homme ardent, actif, qui ne peut souffrir aucun joug, « se laisse atteler par ses enfants ?

Le Dr. Larue est le plus tendre des ‘t'époux, le plus passionné des pères (sic).

t Entrez à son bureau : vous le trouvez

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vous donner: c'était à une époque de transition entre l'aventure du bélier et celle de l’homme ivre. Franchement vous n’étiez pas un méchant garçon n1 un personnage ridicule ; vous aviez fait de bonnes études ; vous parliez déjà beaucoup, ilest vrai, et sur un ton un peu saccadé et pas trop. agréable ; mais vous écriviez quelquefois spirituellement ; et on ne vous connaissait pas encore cette rage de vous mêler de tout, qui, d’après votre biographe, fait votre gloire. Vous promettiez d'être un excellent médecin, avec une grande clientèle,et vous le seriez devenu si vous n’eussiez point couru tant de lièvresà la fois, sans parler des béliers avèc lesquels vous feriez bien de conclu- : un traité de paix pour éviter les toquaeau plus |

Vous êtes un bon chimiste. Je nesau:

rais jurer ‘que vosmainsfines, habituées aux expériences chimiques, indiquent une manipulation habile,” comme l’af.

firme ‘votre:ami Placide-Ça ne saute pas aux yeux; mais, eñfin, la chose est. possi: blesquoiqu'elle meparaisserpoint d'accord avec-toutés vos mâles qualités. Vousavez faitivdhermukitude d'analyses qui:ont envôyé:plus d'unrpauvre diable à Kingston, et vous retirez pour cela, chaque

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année, des sommes assez rondes de ce trésor public sur le sort duquel vos amis s’appitoient silamentablement. Vous êtes aussi le médecin, le chirurgien et le chimiste en titre de votre beau-frère le coroner ; en votre qualité officielle, lorsqu'un homme s’est noyé, c'est vous qui dites solennellement aux jurés qu’il est mort parce que l’eau à un peu trop gêné sa respiration. Vous dites cela en termes beaucoup plus scientifiques, et c’est encore une spécialité qui vous rapporte un assez joli Cenier.

Dans toutes ces choses, vous ne trou:

vez guère de légitime contradicteur. Il ya peu d'Orfilas et de Raspails dans ce pays pour vous tenir tête. Devant les tribunaux, vous parlez comme un oracle, si bien que, non content d’étaler votre science, vous entrenrenez quelquefois d'enseigner aux juges et aux avocats leur métier. Faites cela, pourtant, le moins souvéñt possible, surtout avec Le juge-en chef Duval.

Quant à vosécrits, je ne nie point leur mérite, mais j'y cherche en vain ‘les idées qui vont révolutionner le monde,” et je n’ai pas encore constaté leur ‘‘ influence.” ‘Je ne la sens pas dans l'air,” comme votre silhouetteur; toutefois, j'ad-

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mets qu'ils renferment diverses choses en l'air.

Vos Mélanges ont le défaut d’être trop mélangés. Ils ne sont pas les différentes

ties d'une œuvre homogène. Aucun ien commun ne les unit. Pas une idéemère qui domine le tout.

C'est pour cela, me direz-vous, que vous avez donné à vos œuvres ce titre indéfini : “ Mélanges” Cependant, je fais observer qu’il ne manque pas d'ouvrages ee ce titreet qui possèdent l'unité.

sont. les formes diverses d’un fonà unique.

Au reste, c’est un livre agréable à lire et qui prouve de l'esprit d'observation, de la couleur et de l'imagination. Le style est beaucoup moins fleuri que celui‘de l'abbé Casgrain, mais il est plus correct, moins imagé mais plus concis. S'il à moins de qualités—ce qui serait difficile à dire—il à certainement moins de défauts. L’emphase, le précieux, la cheville etle pathos ne s’y rencontrent guère, et l’on y sent moins ce travail opiniâtre

de l'écrivain, qui fatigue le lecteur. :°

La recherche de l'esprit y est peut-être le seultravail choquant dont le lecteur

s'aperçoive. Vous avez fait trop d'efforts

en ce genre ; vous avez- coupé trop de

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phrases principales, et vous y avez semé trop d’incidentes inattendues pour arriver à faire de l'esprit. Quand le lecteur

S aperçoit de ce: jeu, l'effet est raté.

Il n’en est pas moins vrai. que vous avez de l'esprit, beaucoup d'esprit, pres-

que autant que vous croyez en avoir, 2 28-

sez, dans tous les cas, pour que je puisse livrer à vos réflexions les phrases suivantes d’un grand penseur.

‘ La force de l’esprit consiste à en con- ‘‘ naître les:oornes...... Tout''e quin’est « qu'ésprit est un peu volatil de sa nature, ‘au moral comme au physique. Il pro:

& duit d’abord une impres ssion vive qui « bientôt se dissipe et s'évapore à:force ‘ d'être répétée : semblable à ces mon:

‘ naies dont l’empreinte s’efface par le ‘€ frottement.”

Ha méditation de ces pensées vous. per: suadera que plus de modestie et de jugemenñt ne vous nuiraient pas; et‘elle vous

expliquera: comment on peut lire vos

Mélanges avec plaisir. mais non pas les relire.

J'ai dit que l’emphase et la cheville ne ée rencontrent guère: dans vos Melanges.

Je dois en excepter le: Défricheur: de.langue, qui est une pièce fort cheviliée: L’à.

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de.lane, L'à.

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cès lors de son apparition. Aujourd’hui, on la lit en entier. presque sans dérider.

Mais c’est une œuvre de jeunesse, et je suis volontiers indulgent.-pour vos dé:

uts. :

Ce morceau est d’ailleurs en vers, et vous admettrez sans doute que vous navez pas, comme M. Fréchette, l’art d’alli.

gner des rimes sans rien. mettre dedans,

Plusieurs vers de cette pièce sont de M. J. C. Taché, et je les reconnaîtrais lors même qu'ils ne seraient pas indiqués par une astérique. fs portent le cachet de leur auteur, et sans être faciles (car lui non plus n’a pas là bosse de. la versi fication) ils sont les meilleurs. |

Heureusement, vous avez fait peu.de vers, et je vous en félicite. Je me ra pelle avoir entendu chanter une chanson dont vous êtes l’auteur, et qui ne vaut

as mieux que les romances Ge Mimi Pinson, Voici le premier couplet:

Esi-ce bien toi qui causes mon déiire,

Amour que je croyais toujours braver ?

Est-ce bien toi au dans mor cœur soupires,

En me disant : il faut encore aimer. ? 4

Frappe, Ô douleur, je défie ta colère,

Mon pauvre cœur saura bien te lasser;

Mais frappe encor, verse ta coupe araère,

Oh ! laissez-moi, je veux toujours aimer!

Vous me direz, mon cher Docteur, que

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c'est un péché de jeunesse dont vous ne vous êtes pas vanté, et ce sera vrai. Je sse donc sans insister davantage.

Placide Lépine vous a fait injure, ilme semble, en disant que les ‘* Mélanges” contiennent la somme de vos idées. Si c'était là tout l’homme, ce serait trop peu.

A côté de quelques idées sérieuses, on y trouve de jolies choses, d’élégantes babioles, ‘‘ des fanfreluches ” même, qui plairaient davantage au lecteur, si l’on n’y sentait un peu de suffisance dans votre gaîté, et si l'on n’y voyait, d'aventure, poindre-—comme le bâton de l’appariteur —un petit bout de pédanterie.

Mais enfin, vous êtes encore mieux que votre livre, et tout votre cerveau n’est pas là. Sinon, vous n'avez rien de ce qu’il faut pour créer une révolution dans les esprüs.

Après l'exécution que Placide Lépine a faite de vous, bien maigré lui, il ne saurait être dangereux de vous flatter. J’a.

jouterai donc que vous n'êtes pas un mauvais professeur ; vous avez un avantage sur quelques-uns de vos confrères, qui, s’il fallait en croire le Journal de Québec, ne connaissent pas le premier mot de ce qu'ils enseignent.

Votre diction n’est point parfaite : Pa.

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cide lui-même en convient. Seulement il se trompe du tout au tout dans le seu reproche qu'il vous adresse: ‘ Votre | pu marche, ditil, elle ne vole pas

e trouve, moi, et d’autres trouvent aussi que si elle se contentait de marcher, ce serait pour le mieux; mais elle courtpar sauts et par bonds et souvent elle tombe dans de véritables casse-cous.

Pour votre parole parlée, aussi bien que pour votre parole écrite, le plus grand défaut, peut-être, c'est cette préoccupation de vous-même, cette moue dédaigneuse qui : ‘ant charmé votre ami Placide ; c’est ce sourire au coin de votre moustache, que vous ferez bien de décrocher une fois pour toutes, quitte à le déposer au musée ou à la bibliothèque.

L'abbé Brunet et l’abbé Laverdière, ces intrépides collectionneurs, ne le refuse ront pas.

Donc, si vous voulez être bien gentil, si vous voulez que Maman Laval puisse être vraiment fière de vous,s0oyez un peu moins convaincu de votre propre mérite, et admettez un peu plus volontiers celui des autres : Ôtez-vous de la tête cette idée malsaine que tous ceux quine s’agitent pas aul2nt que vous sont des niais et des impuissants ; n’allongez pas si souvent a

es ra er nnenqnat alt eme — Vos nero nid

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mâchoire comme signe suprême de votre dédain et ne cherchez pas à vous mordre les dents.

Vouz avez des connaïssances, de la sagacité, du talent et de l'étude. Faites servir tout cela, avec discernement, pour le plus grand avantage de tous, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. On a beaucoup parlé d’un navire qui n'avait pas de quille ; 1 faut redouter davantage de n'avoir point de gouvernail. | | ;

Et maintenant, ô le plus malin des professeurs, ne vous mettez jamais à quatre pattes et ne vous laissez pas attéler.

Cette posture est pleine de dangers. Elle n’a pas réussi au roi Nabuchodonosor, qui, dans son temps, était un aus£’ gran homme que Herri IV et vous même.

IL n’est pas bon, non plus. d’habituer vos petits Louis XIIT à vous monter sur le dos, cravache en main. C'est lé faible de notre époque—on l’a dit souvent--de manquer de respect. Parents, professeurs, gouvernants, autorités dé toute es-

èce se laissent trop monter sur le dos.

ouis X[ITne ferait peut-être pas une aussi triste figure dans Phistoire, entre deux grands rois, s’il eut reçu une autre éducation: craignez le même malheur pour Hubert second.

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Pour en finir, bon docteur, ayez un peu moins de morgue et appliquez-vous aux choses de votre spécialité.

Guérissez-vous du cacoethes scribendi.

Je ne dis rien du cacoethes loquendi— toute votre pharmocopée n’y suffirait pas— ; ne songez point à éclipser l’universalité de Pic de la Mirandole, ni celle de Voltaire, qui, elles-mêmes, ne furent pas de bon aloi, défiez-vous des succès de la plateforme, des cliques, des flagorneurs, des cancans, des prôneurs qui veulent être prônés, de la camaraderie, de la bohème, des biographies mirobolantes— cer : celle du Chevalier Falardeau,— des silhouettes improvisées ; allez sans tout cela votre petit bonhomme de chemin, et, en dépit de tous les Placide Lépine, vous ne serez point plus ridicule qu’un autre, et il vous arrivera méme d’être plus utile à vos compatriotes que plusieurs grands hommes de

votre connaissance, y compris l’écono-

nomiste Langelier, l’agronome Jôson, le fantaisiste Fabre et l'abbé aux légendes.

JEAN PIQUEFORT.

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