‹ Portraits et silhouettes au XIXe siècleChapitre 15 sur 51 · ARTHUR, SAINT-MÉGRIN · texte numérisé non relu

ARTHUR, SAINT-MÉGRIN

Saint-Mégrin. - Cette lettre et cette clef sont pour moi, dis-tu ? Oui... à M. le comte de Saint-Mégrin. De qui les tiens-tu ?

Arthur. — Quoique vous ne les attendissiez de personne, ne pouviez-vous les espérer de quelqu'un?

Saint-Mégrin. - De quelqu'un?* Comment ? Et qui es-tu toi-même ?

Arthur, — Ne pouvez-vous reconnaître les armes de deux maisons souveraines ?

Saint-Mégrin. - La duchesse de Guise! (Lui mettant la main sur la bouche.) Tais-toi! je sais tout. (7/ Ut.) Elle-même t'a remis cette lettre?

1. Non-seulement M. Dumas emprunte à cet historien ses plus fortes scènes, mais il pille jusqu'aux phrases.

2. Tout ce qui concerne la mort de Saint-Mégrin se retrouve là, 'mot pour mot, lettre pour lettre.

3. M. Dumas a copié effrontément tonte l'admirable scène de la brutalité

de Kuthwen.

i.i Page. - I >e »a propre main.

( Iarlos. — Ne te joue pas de moi ! .1,. n'ai rien lu d'écrit de sa main. Si <■ est un mensonge confesse-le avec franchise, et n'essaye pas de me tromper.

l.i Page. — Vous tromper !

('Aiii. os relit. — " Cette clef ouvre appartements derrière le pavillon ,1,. [a reine... ■ Ce n'est point un n ce n'est point un délire ! Oui... voici ma droite, voici mon épée, voici des syllabes écrites en ce billet, tout cela est réel. Je suis aimé... je le suis... je suis aimé !

Le Page. — Prince, ce n'est pas ici le lieu... Vous oubliez...

Carlos. — Tu as raison, m< je te remercie, je n'étais plus à moimême. Que ce que tu as vu soit i veli en ton sein comme en un cercueil. Tu es un enfant, sois-le toujours et continue à montrer la même gaieté.

Qu'elle a été sage et prudente, celle qui t'a choisi pour un messager d'amour! Ce n'est pas là que le roi cherche de vils espions.

Le Page. - Et moi, prince, je suis lier de me savoir, par ce secret, au-dessus du roi lui-même.

Carlos. - Vanité puérile et folle !

C'est cela qui doit te faire trembler.

•S'il arrive que nous nous rencontrions en publie, approche-toi de moi avec timidité et soumission. Que ta vanité ne t'entraine jamais à faire remarquer que l'Infant a de la bonté pour toi. Ce que tu auras désormais à me rapporter.

ne le dis pas avec des mots, ne le confie point à tes lèvres. Parle-moi par tes regards, par tus signes: je saurai entendre en un clin d'œil. On vient...

au revoir.

Am iiur. — Elle-même.

Saint-Mégrin. — Jeune homme, ne cherche i i ! Je ne conn

n... Avoue-le-moi, tu as •er.

A i ; i un;. — Moi, vous trom] Saint-Mé ïrin. (Il lit.) — L'api

Guise »nd, « i » ette clef en

bien à moi, moi ! I le nest point un ;te ne s'égare pas... * ette clef, papu r . ces lignes 1. 1 est

... Je suis aimé... aim Arthdr. — A votre tour, comte, si-

• ' Saint-Mégrin. - Tu as raison, silence ! g la 'to oubli ce que tu as ppellè plus mon nom. ne te rappelle plus < elui de ma maitr< Elle a montré de la m te chargeant du • :!»i"t parmi les enfants qu'on doit craindre les délateurs.

Arthur. - Et moi, comte, je fier d'avoir un secret à -nous drwx.

Saint-Mégrin. - Oui, mais un cret terrible . un de ces s tuent. S'il arrive que nous nous rencontrions, passe sans me conna sans m'apercevoir. Si tu avais en dans l'avenir quelque chose à inapprendre, ne l'exprime point par des paroles, ne le confie pas au papier: un signe, un regard, me dira tout. Je devinerai le moindre de tes s, je

rendrai ta plus secrète pu Sors, et garde que personne ne te voie.

Qu'en dites-vous? chers lecteurs.

Nous avons autrefois donné sur la représentation de Henri III et sur les circonstances qui la suivitenl certains détails authentiques. A l'instante prière de son commis,

le duc d'Orléans parut aux Français avec une suite nombreuse. Il n'en fallait pas davantage pour électriser toute une salle. Lorsque Firmin reparut pour nommer Fauteur (on ne nomma ni Anquetil, ni Pierre de l'Étoile, ni Walter Scott, ni Schiller), le prince se leva lui-même, afin d'écouter debout et découvert le nom de son employé .

Ceci avait lieu lé 10 février 1829. Bientôt après, M. Dumas échangea sa place d'expéditionnaire contre une véritable sinécure à la bibliothèque du Palais-Royal, prévenance délicate pour l'homme de lettres, auquel on laissait une pension sans entraver sa liberté, sans rien lui faire perdre d'un temps précieux. Or comment sut-il reconnaître tant de bienfaits ? 1830 arrive, moment d'éruption volcanique, où des idées d'ambition et de gloire jaillissaient de tous les cerveaux. Les palmes littéraires de M. Dumas ne lui suffisent plus. Il convient lui-même que, dès ce jour, il ne vit plus rien autre chose en ce monde que la politique, et qu'il oublia totalement la littérature. Une couronne vient de tomber au front du prince qui nous protège, quelle heureuse chance! A nous les honneurs ! à nous les dignités ! à nous le portefeuille de ministre !

Halte-là, monsieur Dumas ! on ne compte point ainsi sans son hôte. Jusqu'alors le duc d'Orléans s'est montré vis-à-vis de vous bon et affable ; mais ce n'est pas une raison pour que le roi Louis-Philippe dépose entre vos mains les destinées de son trône et de la France. Tudieu ! comme vous y allez, monsieur Fauteur dramatique ! Les lois de théâtre vous gâtent l'esprit; les sceptres de bois et les couronnes de carton vous faussent le jugement. Un portefeuille à vous, Dumas! avons, homme aimable sans

doute, bon compagnon, joyeux viveur; mais cerveau brûlé, tête vagabonde, imagination folle, allons donc î Ne courez plus ainsi à toute bride sur le chemin de Bicêtre, mon pauvre ami ! Rappelez votre bon sens, chassez-moi bien vite cette mauvaise censée de ministère. Ali! bon Dieu! si nous avions l'imprudence de von- confier les l'eues de l'État, nous tomberions demain dans le premier trou venu. Juste ciel! avez-vous juré de nous faire casser le cou? Regagnez vos théâtres, Dumas ; écrivez des comédies, composez des romans; mais auprès de nous vous tourneriez au tragique . . . Bonsoir !

Il est inutile de prévenir nos lecteurs que ce discours ne fut pas débité précisément dans les termes ci-dessus. On y mit plus de circonlocutions et de périphrases ; on essaya de faire comprendre à M . Dumas le ridicule de ses prétentions, la folie de ses espérances; mais il se boucha les oreilles et cria de toutes ses forces à l'injustice et au scandale. Semblable à ce marmot ambitieux qui, voyant la lune au fond d'un seau d'eau, voulait absolument que sa bonne la lui donnât, M. Dumas s'obstine à ne pas détourner l'œil de l'objet de son espoir. Ce n'est qu'une image trompeuse , un songe creux, une ombre, un fantôme; il est impossible qu'il n'aperçoive pas que la réalité se trouve à l'abri de ses atteintes ; n'importe, il exige, il commande, il menace, il fait du tapage, il veut son ombre, son fantôme, il veut la lune. Et comme, en dernier ressort, on refuse positivement d'accéder à ce désir baroque : « Oh! certes, après une révolution, s'écrie M. Dumas, on doit haïr les hommes; mais, après deux révolutions, on ne peut plus que les mépriser ! »

Aussi déclare-t-il qu'il les méprise4, et, là -dessus, il abandonne brusquement la capitale pour aller parcourir

les régions vendéennes r. « C'était le cœur du parti royaliste, dit-il ; je voulais en calculer les battements. Des cris de Vive Charles X! m'accueillirent partout. Ce pays-là du moins est un pays loyal et qui ne change pas. » — Attrape, Louis-Philippe !

Que pensez-vous de ce coup de boutoir, Monseigneur ? Vous me refusez quelques rayons du soleil de votre nouvelle puissance; votre employé se trouve exclu du partage des grâces ; vous lui battez froid, vous lui tournez le dos, vous l'empêchez de goûter aux dragées de votre baptême royal... Vertu de ma vie! Tenez-vous bien, Sire; cramponnez-vous solidement à votre trône. . . ou, corbleu ! nous allons voir! — Et M. Dumas menace du poing son protecteur.

Pendant les trois jours, si nous Peu croyons, il avait quitté la plume pour le fusil ; mais, le fusil n'étant plus de mode, il reprit la plume, et se mit à écrire un drame en six actes et en dix-neuf tableaux, intitulé : Napoléon Bonaparte , ou Trente ans de V histoire de France. Etait-ce un crime, nous demanderez-vous, de célébrer la plus radieuse de nos gloires ? Dieu nous garde de jeter en avant un tel blasphème. Si M. Dumas s'était posé franchement vis-à-vis du nouveau roi, s'il avait fait acte d'opposition pure et simple, s'il n'avait pas aussi grossièrement montré le bout de l'oreille, nous serions loin de lui adresser le moindre reproche. Mais suivez bien sa marche. Après le combat, il se montre dans les salons du Palais-

1. Il se lit donner une mission par la Fayette, afin d'aller organiser dans ce pays la garde nationale. Après avoir bien <lîn<'' el bien chassé aux environs de Nantes, il revint à Paris déclarer, d'un ton d'oracle, que cette organisation était impossible. Pour mieux le prouver, il publia dans la Revue des Deux-Mandes la Vendée après le 29 juillet.

Royal. G'esl alors qu'il se plaint avec amertume que Louis-Philippe , si populaire envers tout le momie, n'eu! pour lui que de la froideur. C'est alors qu?il s'écrie : On nepeut plus que mépriser les hommes! C '. alors qu'il part pour la Vendée, ce pays loyal qui ne change pus; et, quand il rentre à Taris, ceux qu'il a fuisses près du roi oui de nouveaux titres et des appointements doubles. Aïe! maladroit que vous êtes!

•Çà, voyons, convenez avec nous d'une chose : pour engager Louis-Philippe à ne plus se méfier de l'inconstance de votre caractère, vous n'avez rien trouvé de mieux (pie d'arborer successivement trois drapeaux hostiles, afin d'obtenir par la crainte ce qu'on refusait à l'insinuation. Vous vous êtes fait tour à tour royaliste, bonapartiste et républicain.

Royaliste... car on pouvait raisonner de la manière suivante : — Est-il vrai que cet étourneau de Dumas soit allé se fourrer en pleine Vendée ? Diable ! prenons - y garde. Le gaillard a la tête chaude. 11 suffit d'une étincelle pour allumer là-bas un foyer d'insurrection. Rappelons-le sur l'heure et donnons-lui ce qu'il demande.

Bonapartiste... Ah! ceci, par exemple, était plus adroit. Peste! vous l'oubliez, Sire : il est de par le monde certain héritier d'un grand nom 1, qui peut venir, appuyé sur la gloire paternelle et soutenu par l'enthousiasme du pays, réclamer ses droits au sceptre qu'on vous a donné trop vite. Or je vais faire sonner bien haut cette gloire, je vais chauffer cet enthousiasme. Pourquoi le fils de Napoléon n'aurait-il pas hérité du génie de son père? Qui vous assure qu'il n'a pas aussi le coup d'oeil de l'aigle, qu'il ne

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