‹ Portraits et silhouettes au XIXe siècleChapitre 16 sur 51 · Le duc de Reischtadt vivait encore · texte numérisé non relu

Le duc de Reischtadt vivait encore

saura pas manœuvrer l'épée du conquérant , qu'il ne fera pas une seconde fois de la France la reine du monde? Eh ! eh! voici qui devient dangereux, Sire! Franchement, je vous conseille d'empêcher la représentation de mon- drame. Républicain.., Ceci est le dernier saut de carpe. M. Dumas ne pouvait plus être autre chose. En vérité, c'est dommage ! Comme le roi ne veut plus le recevoir, il se dispose à lui écrire. Dahord le nouveau Brutus s'affuble de la toge romaine et se place le bonnet rouge, en tapageur, sur l'occiput. Dans ce gracieux accoutrement, il saisit la plume et trace, d'une main courageuse et d'une écriture trop lisible, ces lignes à jamais ineffaçables : ce Sire, il y a longtemps que j'ai écrit et imprimé que, chez moi, X homme littéraire n'était que la préface de Y homme politique. »

Ici, M. Dumas réfléchit un instant et se caresse le menton. La phrase est joliment tournée; mais il faut y joindre une menace et le foudroyant aveu de ses doctrines radicales. Quand il aura montré les dents d'une manière aussi franche, il est impossible qu'on ne lui jette pas... un ministère, pour l'empêcher de mordre. Voici la menace : ce L'âge auquel je pourrai faire partie des membres d'une Chambre régénérée se rapproche pour moi. J'ai la certitude, le jour où j'aurai trente ans, d'être nommé député ; j'en ai vingt-huit, Sire. »

Ce cher M. Dumas n'est point heureux dans ses prophéties. Maintenant écoutons la profession de foi : « Sire, le dévouement aux principes passe avant le dévouement aux hommes. Le dévouement aux principes l'ail les Lafayette; le dévouement aux hommes fait les Rovigo. Je supplie Votre Majesté d'accepter ma démission... » <l<i bibliothécaire.

Hélas! le républicanisme de notre homme In un four complet, comme son royalisme, comme son bonapartisme. La boite aux dragées refusa constamment de s'ouvrir. Alors notre gourmand désappointé se change en hydrophobe; nous l'entendons s'écrier, dans les transports d'une irritation fougueuse : « Rois et citoyens sont égaux devant le poète. Il soulève le linceul des morts, il arrache le masque des vivants, il fustige le ridicule, il stigmatise le crime. Sa plume est tantôt un fouet, tantôl un fer rouge. Malheur donc à ceux qui méritent qu'il les fouette! Honte et malheur à ceux qui mérite ni quil les marque! »

C'est vous, cher monsieur Dumas, qui avez écrit ces lignes terribles. Jugez de la puissance qu'elles nous donnent. Évidemment le désespoir seul de ne pas mordre au friand gâteau politique a reporté votre appétit vorace sur la maigre galette littéraire. Il est bon de savoir que vous n'avez pris définitivement les lettres pour maîtresses qu'après avoir échoué dans d'autres amours , ce qui explique le sans-façon brutal avec lequel vous traitez les malheureuses.

Il nous faut revenir à 1829 et suivre notre homme dans sa vie d'écrivain. Henri III rapporta cinquante mille francs à son auteur. Les héritiers de Schiller, de Walter Scott, de Pierre de l'Étoile et d'Anquetil n'entrèrent pour rien dans le partage de cette somme. Donnant un libre essor à ses instincts de mercantilisme, Alexandre Dumas s'empressa de collaborer à une parodie de sa pièce *, afin d'en augmenter les produits. Nous le voyons se livrer aux douceurs de sa nouvelle fortune. Il quitte son

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