CHATEAUBRIAND
(Études Jnstoriques. )
Ils abordaient... les uns à pied, les autres à cheval ou en chariots, les autres trainés par des cerfs; ceux-ci portes sur des chameaux, ceux-là flottant, sur des boucliers ou sur des barques. (Pag*' b~>s->
Les maisons de Carthage étaient des maisons de prostitution. Des hommes erraient dans les rues, couronnés de
(Gaule et France.)
Voici les barbares... les uns à pied, les autres à cheval ; ceux-ci sur des chameaux, ceux-là sur des chars traînés par des cerfs ; les fleuves les charrient sur des boucliers, la mer les apporte sur des barques. (Page 7.)
Genséric marche sur Carthage la prostituée1, où les hommes se couronnent de (leurs, s'habillent comme des
fleurs, habillés comme des femmes, la tête voilée , et vendant aux passants leurs abominables faveurs. Genséric arrive : au dehors le fracas des armes, au dedans le bruit des jeux; la voix des mourants, la voix d'une populace ivre se confondent. (Page- 171.)
Alaric ne survécut que peu. Les Goths détournèrent les eaux du Busentum; ils creusèrent une fosse au milieu de son lit desséché, et y déposèrent le corps* de leur, chef avec une grande quantité d'argent et d'étoffes précieuses ; puis ils remirent le Busentum dans son lit , et un courant rapide passa sur le tombeau. Les esclaves employés à cet ouvrage furent égorgés.
(Page 105.)
femmes, et, la tète voilée, arrêtent les passants pour leur offrir leurs monstrueuses faveurs... Il arrive : au dehors le fracas des armes, au dedans le bruit des jeux ; ici la voix des chanteurs , là-bas les cris des mourants. (Page 9.)
Alaric meurt. Les soldats détournent le cours du Busento, font creuser une fosse pour leur chef au milieu de son lit desséché, y jettent sur lui de l'or, des étolfes précieuses; puis ils ramènent les eaux du Busento dans leur lit; le fleuve passe sur le tombeau. Ils égorgent jusqu'au dernier des esclaves employés ù l'œuvre funéraire.
(Page 12.)
Nous demandons à ne pas poursuivre. Devant de pareils témoignages, on reste confondu. Le Capitaine Arêna, signé Dumas, contient la reproduction d'une délicieuse nouvelle de la Revue Britannique, ayant pour titre Térenée le Tailleur. Albine a été servilement traduite d'un roman d'outre-Rhin. Filles, Lorettes et Courtisanes est une œuvre pillée, chapitre par chapitre, dans les Fêtes de la Grèce, livre paru en 1824. Les Mémoires (F un médecin ne sont que la refonte d'un roman du même titre que la Revue Britannique venait de donner à ses lecteurs. Arrêtons-nous, car, en vérité, cent pages ne suffiraient pas à publier la liste de ces insolentes déprédations.
M. Dumas va passer à d'autres exercices. Les journaux lui achètent ses livres; il ne suffit plus aux demandes nombreuses des éditeurs. Pourquoi ne pas donner à sa fabrique une extension nouvelle?
11 prend vingt travailleurs, copistes impudents, Chargés de rajeunir les plus vieux incidents;
Et, quand avec l'esprit, le style de Brantôme, En un jour ils onl rail ce qu'il faul pour un lome, Vite, ainsi qu'un Pradier, payant ses ébaucheurs, Le maçon, sans revoir l'œuvre ie ses gâcheurs, Sur le cahier, malgré les Fautes d'orthographe, Pose avec majesté son flamboyant paraphe.
Ce coup de f'ouH de VAnti-Némésis, appliqué \\ M. humas en plein visage, a pu le faire rugir, mais ne lui a point donné le regret de ses torts. Son atelier s'organise. Tous les ouvriers delà plume sonl à la besogne. Les intrigues se filent et les romans se charpentent. Ça, qu'on se dépêche! Dix libraires m'ont payé d'avance, et j'ai quarante volumes à fournir. Le Siècle m'annonce à grand orchestre, la Presse est à mes trousses, les Débats me tarabustent, la Démocratie pacifique hurle, la Patrie m'accuse de la trahir. Tous ces gens-là réclament les fournitures promises et me placent le poing sous la gorge pour avoir du manuscrit. Brochez, brochez vite ! On n'aura garde de se plaindre. Le Dumas a cours sur la place. Nous pouvons débiter de la pacotille et vendre de la contrebande : il n'y a pas de danger que le Commerce la refuse! Et chaque ouvrier s'empresse d'accomplir sa tâche. Le Napolitain Fiorentino livre au patron le manuscrit du Corricolo et celui du Speronare. Paul Meurice apporte A scanio, — Aniaury, — les deux Diane. Malletille écrit Georges d'un bout à l'autre et le laisse signer Dumas. Auguste Maquet, le plus fécond de ces artisans littéraires, fournit à lui seul cinquante volumes: le Chevalier d'Harmental, — les Trois Mousquetaires, — Vingt ans après, — le Vicomte de Bragelonne, — Sylva nd ire, — le Comte de Monte-Christo, — la Guerre des femmes, — la Reine Margot, — Une fille du Régent, — livre que nous avions .adis attribué par erreur à M. Couailhac, — le Bâtard de
Mauléon, — le Clievalier de Maison-Bouge, — la Dame de Montsorerau, — les Quarante-cinq, — les Mémoires d'un Médecin, — Olympe de Cïèves, — Ingénue , — la Tulipe noire — et Ange Pitou 1I c'est-à-dire tous les livres qui ont* posé M. Dumas, dans ce siècle, comme un prodige de conception, comme un auteur dont la fécondité n'a point d'égale.
On nous raconte une anecdote publiée dans le Journal de Saint-Pétersbourg. Hippolyte Auger, l'un des ouvriers d'Alexandre Dumas, trouvant que le célèbre brocanteur littéraire ne lui payait que médiocrement sa besogne, alla chercher fortune en Russie. Le libraire Bellizard, qui éditait à Saint-Pétersbourg une Revue en langue française, reçut la visite de notre homme de lettres.
— Monsieur, dit celui-ci, je me nomme Hippolyte Auger. Gomme vous publiez, en ce moment, Olympe, un roman de moi, j'ai cru pouvoir venir vous faire mes offres de service.
— Pardon, répondit l'éditeur de la Revue ; je ne connais, Monsieur, ni votre nom ni le roman (Y Olympe.
— C'est juste... Alexandre Dumas signe mon livre, dont moi-même je n'aurais tiré sans doute que fort peu de chose, et il a changé le nom d' Olympe en celui de Fernande.
Le libraire fit un geste où le doute se mêlait à la surprise.
— Oh! croyez-le bien, Monsieur, je ne vous en impose pas, reprit Hippolyte Auger. Pour mieux vous convain-
1. Un jugement du tribunal civil do la Seine, doux ans après la publication primitive de ente notice, a reconnu et sanctionné la collaboration de M. Auguste Maqucl pour les ouvrages énoncés ci-dessus, el nous a donné raison sur toute la ligne. (Février 1858. — Présidence de M. Benoil Champy.)
rlv, lisez ••«'lie lettre*que je reçois de Dumas. Il me réclame la lin du roman. Je ue l'ai pas encore écrite, <it Buloz, me dit-il, n'aime pas que la publication d'un livre
chôme.
Ainsi, de la première ligne à la dernière, Fernande appartient à Hippolyte kuger. M. Dumaâ, — c'esl mi fail avéré, patent, reconnu, —signe les œuvres d'autrui, e'1 nous ne craignons pas de redire à liante el intelligible voii ce que nous disions en L845 : « Si l'exploitation dans le domaine de la matière est odieuse, comment doit-on la qualifier, lorsqu elle s'étend au domaine de l'intelligence ? L'intelligence ! cette portion de lui-même que le Seigneur a mise en nous, ce don céleste, ce rayonnement de l'essence divine! Tintelligence, c'est-à-dire notre âme, notre esprit, nos facultés, tout ce qui fait l'homme, tout ce qui est à lui, bien à lui, lors même qu'il naît esclave ; l'intelligence ! voilà ce que vous exploitez, monsieur. Dumas ; vous osez porter la main sur ce feu du ciel ; Prométliée stupide, vous ne craignez pas la foudre ! A vos côtés sont des hommes que vous avez dû rencontrer, un jour, sous la griffe de la misère ; car il est impossible qu'ils aient fait avec vous un pacte qui les souille, sans y être poussés par les angoisses du désespoir, par les tortures de la faim. Ces hommes, vous les avez raccolés, vous avez dit à chacun d'eux : Tes entrailles crient, tu as froid, tu n'as point d'asile? tiens, voici de la nourriture, voici des vêtements; à l'avenir tu ne manqueras plus de refuge. Mais, en échange du pain que je te donne et des habits dont je te couvre, à moi ton esprit, à moi ton intelligence. Je soigne ton corps.