‹ Portraits et souvenirsChapitre 7 sur 23 · Figaro du samedi 22 juillet · texte numérisé non relu

Figaro du samedi 22 juillet

2. Notice lue à rAcadémie des sciences morales et politiques, le .4 décembre 1886, et réimprimée dans le volume intitulé Mignetf Michelet, Henri Martin,

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de rétablir par un moyen détourné l'École normale, supprimée en 1822, en créant au collège Louisle-Grand une école préparatoire recrutée parmi les élèves les plus brillants des collèges royaux, désignés par les recteurs^ il fixa à deux ans seulement la durée des études, réduisit au strict minimun le nombre des professeurs, et décida de remettre à un même maître l'enseignement de la philosophie et celui de l'histoire. Michelet fut chargé de cette double fonction. Ce choix peut nous paraître singulier, à nous qui voyons surtout en Michelet l'auteur de V Histoire romaine et de l'Histoire de France» 11 ne surprit personne en 1 827, et Michelet moins que tout autre. Il paraissait désigné par ses études et par la tournure même de son esprit à faire marcher de front les deux enseignements. Ses thèses de doctorat, soutenues en 1819, avaient pour sujets les Vies de Plutarque et l'idée de l'infini d'après Locke. Pendant les années qui suivent, on le voit s'occuper surtout de philosophie, à côté des études grecques et latines qu'il poursuit en vue de l'agrégation, et de ses cours de lettres à l'institution Briaiid. D lit Laromiguière, Aristote, Condillac, De Gérando, Dugald Stewart ; à l'agrégation des lettres, où il est reçu le 21 septembre 1821, c'est surtout en philosophie qu'il brille, et M. Victor Le Clerc voulait le faire entrer comme professeur de philosophie au collège Henri IV. 11 demande, sans l'obtenir, qu'on le désigne comme agrégé pour les classes de philosophie. Lorsqu'il est nommé agrégé suppléant pour

les lettres, à Charlemagne, il considère cette besogne comme accessoire. Ce qui Toccupe pendant tout l'hiver 1821-1822, c'est YHistoire de la philosophie de Deslandes, les Essais de Reid, la Philosophie de l'esprit humain et V Histoire des sciences métaphysiques de Dugald Stewart, le Traité des Signes de De Gérando et l'histoire de la Décadence de l'Empire romain de Gibbon qui est aussi pour lui une lecture philosophique. Il se met à traduire Reid et Dugald Stewart. Il faut noter pourtant qu'un instinct secret le détournait des spéculations métaphysiques et de la philosophie purement doctrinale pour le diriger vers la philosophie du langage, l'histoire des idées et des mœurs, la philosophie de l'histoire. Il était poussé de ce côté non seulement par l'attrait qu'exerçaient la réalité et la vie sur sa puissante imagination, mais par les tendances mêmes de l'École de Condillac et de l'École écossaise qui faisaient une place considérable à l'histoire et à la linguistique. De bonne heure se fit jour dans son esprit l'idée que l'étude de l'histoire est la contre-épreuve de l'observation psychologique, que la psychologie de l'individu est étroitement liée à celle des peuples. Dès 1819 il médite d'écrire sur le Caractère des peuples trouvé dans leur vocabulaire; en 1822, il songe à un Essai sur la culture de l' homme j puis à une Histoire philo^ sophique du Christianisme, enfin à des essais philosophiques sur les poètes. Une cause accidentelle acheva de déterminer sa vocation et de lier en lui l'historien

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au philosophe. L'abbé Nicole, l'ami da duc de Richelieu, qui, après une brillante carrière pédagogique en Russie, avait conquis en France une situation considérable dans riostruction publique comme membre du Conseil royal et comme recteur de l'Académie de Paris, et qui connaissait et appréciait liCchelet, l'appela à professer l'histoire au collège Sainte-Barbe^, dont il avait été un des fondateurs. C'est pour l'usage de ses élèves que Hichelet publia en 1825 un Tableau chronologique de rUstoiremodeme (1453-1789), et en 1826des TaUeaux synchroniques de l'histoire moderne (1453-1648). L'admirable Précis d'histoire moderne^ qui fut composé de mai à novembre 1827, est le résumé de ses cours de Sainte-Barbe.

Il n'abandonnait pas pour cela ses études philosophiques. Il continuait à étudier De Gérando et Dugald Stewart; il lisait Kant, Auguste Comte, Saint-Simon, Smith, Paley, Fergusson; et surtout il vivait plongé dans les œuvres de Yico. Il entreprend, le 28 juin 1827, une traduction de sa Philosophie de l'histoire. Elle est achevée en 1827 et paraît en mars 1829, précédée d'un discours préliminaire. Cette traduction de Vico exerça sur sa pensée une influence décisive. «Je suis né, dirat-il, de Virgile et de Vico. » Le caractère symbolique des faits historiques, l'enchaînement régulier des phases du développement humain, avec leurs flux et leurs

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