ALEXANDRE DUSOMMERARD
c^uand vous aurez le temps, vous me ferez une copie. » La vie de Du Sommerard est pleine de îinblables traits. Il mourut à Paris le 19 août 1842, la suite d'une douloureuse maladie. Il consacrait s journées aux devoirs de son emploi et ses nuits ses études chéries. Sa forte constitution succomba l'excès du travail, et il fut enlevé à soixanteois ans, au moment môme où il venait d'achever n grand ouvrage.
Messieurs,
L'Académie française s'associe avec empressement à l'hommage que vous rendez aujourd'hui à la mémoire d'un grand historien né dans vos murs. Déjà elle avait témoigné de son admiration pour Froissart, en proposant cette année l'étude de ses ouvrages pour sujet d'un concours spécial. Sans doute les chroniques de Froissart, plus impérissables que le marbre qui le représente, suffisaient
1. Discours prononcé au nom de l'Académie française à rinauguration de la statue de Froissart, à Valenciennes, le 21 septembre 1856.
pour perpétuer le souvenir de son nom ; mais u ville s'honore en exposant à la vénération pub que les images de ses citoyens illustres. L'éclat la récompense leur suscitera des émules. I génies méconnus (s'il en existe encore) se coni leront par cette justice qu'obtient, après plus quatre siècles, un poëte ingénieux, un chronique incomparable.
Froissart fut poëte. Les érudits le savent et s contemporains ont peut-être fait plus de cas ses vers que de ses écrits historiques. Lui-mêr avait pour ses poésies une prédilection bien nat relie, car elles semblent lui rappeler les plus do souvenirs de sa jeunesse. Lorsque, déjà vieux, vint à la cour d'Angleterre, ce fut le volume ses poésies qu'il offrit au roi Richard IL t Plai bien lui debvait^ » nous dit-il avec une modesl charmante, « car il était enlumine\ escript^ histoi et couvert de velours à clous d'argent. » — « De qu traite ce livre ? »lui demanda le prince. — t D' mours, » répondit Froissart. Les amoMr* — (et par mot, qui commence à s'effacer de notre lang moderne, il faut entendre le semblant aimable d'u passion forte, un désir de plaire, bien plus que besoin de toucher), — les amours changent
langage tous les siècles, et plus souvent encore. Est-il surprenant que nous , qui comprenons à peine les Précieuses du xvu® siècle , nous soyons peu sensibles aux traits galants du xiv° ? une étude approfondie des poésies de Froissart y découvrirait sans doute des vers pleins de grâce, de
pensées fines, et aussi, je le crois, un art déjà raflîné du rhythme et de l'harmonie. Mais pourquoi ajouter un nouveau fleuron à une couronne si brillante? Pétrarque n*apas besoin de ses œuvres /atinespour étrejmniortel, et les Chroniques seules assureront à leur auteur une place parmi les 3oëtes.
Quel autre qu'un poète, en effet, aurait pu traer un tableau si animé des mœurs et des passions VI moyen âge ? Ne fut-il pas inspin'î des Muses s lui qui sut ennoblir la vérité sans l'altérer jamais, et donner un air de grandeur à tous les su- Gts qu'il a touchés ? Observateur exact, sans pré- ^^ndre à la profondeur, et trop modeste pour s'ériger en juge des actions humaines, Froissart en est le témoin attentif et scrupuleux, ignorant d'ailleurs par le hasard de sa naissance les préoccupations d'un patriotisme exclusif qui égare souvent les meilleurs esprits. Plein de respect pour les
nàs 4e\«^^«^^'; ' cotvi^^^''' le avec «««
°^''' ce ciw-^^ - ''': U*\e aass^ pou
v«' ^""^ 1 svtftpV^c^''' t U
^^'"^ L ^^^'^ '^^ lre\, ^«^ ^' :1 boucVv-
vovnv, et 'V^ ^' 4-acùow. Sa ^es P^»^
■«ve desV^ov««^'* a'i^ '^«^ guerre «t
Il y a quelques jours, l'illustre secrétaire de rAcadémie française caractérisait d'un mot le génie de Froissart, en le nommant l'Hérodote du moyen âge. Moins heureux qu'Hérodote, Froissart n'eut pas à raconter le triomphe de la civilisation sur la barbarie. De son temps, la barbarie couvrait toute l'Europe de ténèbres, d'où s'échappaient à peine quelques lueurs brillantes que jetaient la poésie et l'esprit chevaleresque. Souvent on ferme les Chroniques l'esprit attristé, le cœur serré, ^^ spectacle de ces guerres cruelles, decedésor- ^''e, de cette anarchie générale. Toutes les nations ^^t leurs jours d'épreuve. Qui aurait pu prévoir ^'<>rs la glorieuse transformation de notre patrie? Noire France, si florissante aujourd'hui, dont toutes '^^ provinces sont si étroitement unies sous les ^feines lois, c'est pourtant le pays que Froissart a v^ divisé en petites souverainetés rivales, déchiré çîir les factions, ravagé par les armes étrangères. Sur ce trône où il laissait en mourant un prince imbécile et une reine adultère, nous voyons le plus sage politique, qui, sans conquêtes, a replacé la France au premier rang des nations, une princesse qui nous représente la vertu parée de toutes les grâces. Ces deux peuples, enfin, dont Froissart
nous raconte les guerres acharnées, viennent de joindre leurs drapeaux et de verser leur sang pour la même causc.Fondée sur une estime réciproque, leur alliance est désormais indissoluble et nous garantit la paix du monde.