BRANTHOME
On ne sait pus grand'chose sur la vie de Pierre
de Bourdeilles, abbé et seigneur do Branlhôme \
'^ous ne savons de lui que ce qu'il a bien voulu
^ous apprendre; mais il était Gascon, aimait à parler
^^ lui-même, et nous ne le croyons pas menteur.
^ - Le nom de Branth6me est l'objet d'un grand nombre de ^^i^iantes orthographiques. On le voit dans les diiïérentes édi- ^^oug, sous la plume des secrétaires de l'auteur, dans ses manascrits autographes, écrit de huit manières ; Brantkolme, Branthosmey Branthôme^ Branthomef Brantolme^ Brantoime^ Brantôme, Brantôme. Nous avons adopté Branthomef quoique dans le texte nous conservions partout Branthosme ; maift ces trois modes : Branlholme^ Branthosme^ Branthôme^ peuvent passer pour n'en faire qu'un, soumis aux changements indispensables que le temps apporte. Les premiers
Sa naissance, son caractère,^ses goûts, le mirent bonne heure en relations assez intimes avec la pi part des personnages qui ont joué un grand 'r^ dans la seconde moitié du xvi® siècle. Il par avoir été recherché dans le monde de ce tem pour sa gaîté, son esprit, son commerce sûr. T qu'il se montre à nous dans ses ouvrages, il f surtout un homme comme il faut, bu plutôt comi il le fallait pour son siècle, dont il nous offre i type fidèle, moins les grands vices et les grand vertus. C'est une excellente moyenne à étudier po savoir ce qu'étaient les mœurs et les opinions d y a trois cents ans.
éditeurs donnèrent la préférence à Brantôme ; de notre ten on a choisi Brantôme (éd. Monmerqué), puis l'on est revc à Brantôme {\oy. le titre de l'édition de M. Buchon). Né moins, dans le courant du texte, M. Buchon écrit plus ' lontiers Branthome^ on ne sait pourquoi. Les plus ancieni chartes latines portent Brantholmum et Brantolmum,^ m écrit M. Dessalles, archiviste de la Dordogne, qui a b voulu prendre la peine de s'en assurer dans le dépôt coi à ses soins. Un manuscrit cité dans les Archives de /' français (t. 7, p. 30) ne se sert que de la forme Branfkolm sis. On ne nous blâmera donc pas plus d'avoir rendu Vh surnom de Pierre de Bourdeilles qu'on n'a blâmé M. Gé: de la restitution qu'il a faite de cette même lettre au po] laire Pathelin , également châtré par les xvii» et xvin« s clés.
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La date et le lieu de sa naissance ne sont nulle
part exactement indiqués. Il y a grande apparence qu'il est né dans le Périgord, où sa famille était
établie et résidait ordinairement. Il dit quelque partqu' « en 1552 il était fort petit, au collège; » ailleurs, qu il avait sept ans lorsqu'il perdit son père. Or, on a découvert un testament de son père daté de 1547; on croit qu'il le fit peu avant sa mort : Branthômc serait donc né vers 1540.
Il était le troisième fils de François, vicomte de Ôourdeilles, et d'Anne de Vivonne de la Chastai- ^9 e raie. François de Bourdeilles avait été homme d'armes dans la compagnie de Bayard; il avait été l^'^sséà Pavie, et laissa la réputation d'un bra^ve soldat, un peu mauvaise léte, et médiocrement d^Vot, ayant vu d'un peu trop près la cour de Rome. S^ veuve accepta la place de dame du corps au- V^^îsde Marguerite d'Angoulôme, reine de Navarre. Louise de Daillon, dame douairière de la Chasteigneraie, mère de madame de Bourdeilles, remplissait déjà, auprès de la môme princesse, les fonclions de dame d'honneur. Branthôme passa les premières années de son enfance auprès de sa mère et de sa grand'mère, jusqu'à la mort deMarp;iierile, en 1549. Il nous assure que la reine de
Navarre mourut en bonne catholique; nous aimons à le croire, quoiqu'il fût bien jeune pour en juger ei qu'à aucune époque de sa vie il n'ait été une bonne caution en matière religieuse. Peut-être dans la petite cour lettrée de Marguerite reçut-il, tout enfant, des leçons de tolérance dont il profita bien. Très-probablement il y prit ce goût pour la lecture et les amusements de l'esprit qui nous a valu SCS ouvrages.
Sa famille ayant quitté la Navarre pour retourner en Périgord, il fit ou acheva ses humanités à Poitiers, école illustre alors, où il apprit plus de latin que n'en savait un gentilhomme à cette époque. Cela ne veut pas dire qu'il en sût beaucoup, mais il était en état de citer quelques vers dans l'occasion, et de traduire pour les dames, à la cavalière^ des inscriptions latines et des passages d'auteurs classiques. On le destinait à l'Église, et, tout en- Tant, il avait des bénéfices : le doyenné de Saint- Yrieix et les prieurés de Roy an et de Saint-Vivien, (^'étaient des bénéfices de famille, qui se transmettaient. En 1553, lamort de Jean de Bourdeilles, son frère aîné, tué bravement au siège de 'Hesdin, attira sur sa famille les faveurs de Henri II, qui donna à notre auteur, âgé d'environ seize ajis,
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Tabbayode Branthôme, vuluiit à pou près 300() livres de revenu. Dès lors, selon Tusuge du temps^ Pierre de Bourdeilles prit le nom de son principal bt^néflce, à l'exemple do la plupurl des gentils* hommes, qui changeaient leur nom do famille pour celui d'une seignourio.
Tout abbé qu'il fût, il voulut voir la guerre, et le beau pays où son père avait combattu & côté du chevalier sans peur ot sans ro|)rocho. Il partit pour l'Italie & la fin do l'année IfiS? ou au commencement de 1 558, ayant dessein de servir dans Tarmëe du Kiaréchal de Brissac, comme volontaire de qualité, c;'est-à-dire avec une suite do cinq ou six gentilsl)ommes entretenus h ses frais, bien armés et montés f mr bons courtanx, • Pour mettre ce train 9^ur pied, il avait fait une coupe dans sa forêt do Sainl-Yrieix et réalisé une somme do 500 écus <l'or. Malgré les ooMr^atio?, Branthôme allait servir dans l'infanterie^ arme qui commençait à être en honneur. Mais on ne se battait guère en Italie en 1558 : aussi Branthôme se crut dispensé de faire grande diligence pour s'y rendre. Il s'arrêta d'abord à Genève, où il vit Pollrot dcMérô, celui qui, cinq ans plus tard, assassina le duc François do Guise, alors pauvre exilé faisant des boutons pour vivre.
avec le baron d'Aubeterre, autre réfugié prolestanl voisin de Branlhôme. el un des plus zélés caivi nistesdu Périgord. Genève était Tasile de la plu pari des Français persécutés pour leurs opinion religieuses. Branthôme y rencontra, entre autres un apothicaire de Paris, qui édifiait les Genevoi |)ar sa piété, après s'être rendu célèbre par soi adresse à tirer d'embarras les filles qui avaien fait quelque sottise.
Selon toute apparence, les gentilshommes de I suite de Branthôme avaient pour mission de ne pa l'exposer aux occasions trop périlleuses; il fut ce pendant blessé à Portofino, près de Gênes, par c (ju'il appelle t un accident d'arquebusade auvisage^ que ses biographes ont pris pour Une blessure reçu sur le champ de bataille. Mais, outre qu'on n connaît pas de combat livré en cet endroit, il es fort rare qu'un coup de feu au visage ne soit pa une blessure grave ; or, il en fut quitte pour étr six jours aveugle. Il est évident qu'il s'agit ici d'un» arquebusade à poudre et d'un accident pendau quelque exercice militaire. Rien de plus fréquent alors que les soldats chargeaient leur arme en tenantentreleursdoigtsunemècheallumée.Une belli Génoise le guérit promptement et gracieusement
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El le lui f jeclaitdans les yeux du laict de ses beaux » ^t blancs telins, car elle n'avait que trente ans, et » âe ses blanches mains lui oignait le visage de » quelque graisse composée par elle. » C'était le commencement d'un joli roman ; mais il n'eut pas de suite, ou la modestie de notre auteur ne nous l'a pas révélée.
Bien guéri, Branthôme parcourut l'Italie, et fut
bon ménager de ses 500 écus d'or, car il lit de longs
séjours à Rome, à Milan, ù, Ferrareet dans d'autres
vi I les. A l'exemple d'Ulysse, • il voyait les cités et
» observait les mœurs des hommes, » questionnait
•beaucoup, et partout se faisait montrer les dif-
^^i^entes façons de faire la guerre et l'amour. Ce
f^tdansce voyage qu'il se lia d'amitié avec Philippe
S t rozzi, et qu'il s'attacha au grand prieu r de France,
^ vançois de Guise, général des galères. Branthôme
^tuit neveu de la Chastaigneraie, celui qui fut tué
^n duel par Jarnac, et sa parenté avec un homme
que les princes de la maison de Lorraine avaient
fort aimé lui fut une excellente recommandation
auprès du grand prieur. Il le suivit à Naples en
1559, où il vit la cour brillante du vice-roi, le duc
d'Alcala, et les salons de Marie d'Aragon, veuve du
fameux marquis del Vasto, une des femmes les
plus distinguées de ce temps par Félégance de ses manières et les grâces de son esprit. A bord de. la galère du grand prieur, Branlhôme essaya une violente tempête à la hauteur de Livourne, et il ne paraît pas éloigné de croire que la bourrasque leur fut attirée parles blasphèmes d'un capitaine génois qui s'en prenait au ciel de ses pertes de jeu.
Nous le retrouvons en France, à la cour, en 1 560, sans emploi, mais familier de la maison de Guise, alors toute-puissante. Il était à Amboise au moment où éclata la conjuration tramée par la Renaudie, et rapporte à ce sujet plusieurs anecdotes intéressantes sur ce chef audacieux, encore si mal connu.
En 1561, il accompagna en Ecosse le grand prieur, qui ramenait Marie Stuart, désolée de quitter la France. Il se trouva sur la galère où cette reine était embarquée, ainsi que Ghastelard, et vit commencer la passion qui mena ce pauvre gentilhomme à l'échafaud. Après avoir pris congé de la reine d'Ecosse, il s'arrêta à Londres, et fut présenté à Elisabeth, dont il admira la beauté et le grand air. De retour en France la même année, il s'étonna fort de trouver les protestants devenus hardis et se vantant presque tout haut d'avoir pris part à la conjuration d'Amboise. 11 n'était pas difficile de
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prévoir que la guerre civile allait éclater. Elevé calholiquement, bien qu'assez peu scrupuleux, abbé d'ailleurs, de plus attaché à la maison de Guise, Branthôme ne pouvait hésiter sur le choix d'un drapeau. Il accompagnait le duc François dans une escarmouche assez vive sous les murs de Paris, en *562, puis aux sièges de Bourges, de Blois et de Rouen. II assista à la bataille de Dreux, sur laquelle il fournit des détails curieux et vrais, et, grâce à la privante dont l'honorait le duc, il fut du petit Nombre des gentilshommes admis, le soir de la ba- ^â'Jle, à voir le prince de Gondé, prisonnier, se chauffant au coin de la cheminée et se disposant à Partager le lit de son vainqueur. Dans toutes ces otîcasions Branthôme se conduisit en brave soldat, s'iivant au feu le duc, mais sans témérité, portant Ha tranchée un chapeau de fer couvert de feutre ï^^ir, pour que l'éclat du métal ne lui attirât pas àarquebusades : précaution fort louable, et que je ne cite que comme une preuve de son bon sens, remarquable à une époque où beaucoup de jeunes extravagants croyaient le courage inséparable des folles bravades. Le duc de Guise portait la prudence beaucoup plus loin que Branthôme ; car, à Dreux, il donnait son cheval de bataille et son ar-
mure à un sien écuyer, à qui cet honneur valal d'être criblé de vingt coups de pistolet.
Branthôme était encore dans l'état-major de François de Guise en 1563, au siège d'Orléans, où il vit arriver au my-diner son ancienne connaissance de Genève, Pollrot de Méré, quelques jours avani qu'il fît son coup. Le duc traitait Poltrot avec faveur comme un déserteur de quelque importance; ce jour-là, il le fit asseoir et manger avec lui. Nousdevons à Branthôme la connaissance de plusieursss: faits intéressants sur les derniers moments d^ François de Guise. Tout fanatique qu'il était, Poltror n'ambitionnait pas de mourir pour • la cause, i^ et attendait l'occasion de trouver sa victime seul^ ou mal accompagnée. Or, le duc, après une recon- naissance, voulant retourner à son quartier général -É àOlivet, passa le Loiret dans un petit bateau, ave-!= trois ou quatre serviteurs seulement, n'ayant p^^ voulu qu'on dépensât quatre ou cinq cents écus .^^ refaire le pont sur la rivière, qui aurait permis â son escorte de passer avec lui. • Espargnons, disaif- » il, l'argent de notre roy ; il en a assez de besoing » ailleurs..., car un chascun le mange et le pille » de tous côtés. » Cette honorable parcimonie le livra ù son assassin. Mortellement blessé et déjà
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ibandonné des chirurgiens, on lui amena un certain Saint-Just d'Alôgre, qui s'offrit h le guérir au moyen le paroles ou autres sortilèges dont il disait avoir le secret. Le blessé, qui croyait au< arts magiques :'omme tous les hommes de son temps, refusa d'en faire usage, • aimant mieux mourir que des' adonner » î\ tels enchantements prohibés de Dieu. » Bran- Ihôme, qui questionna l'assassin, ne dit pas qu'il ait chargé l'amiral, et cependant il laisse clairement voir ses soupçons, partagés alors par tous les catholiques. Il entendit le jeûna Henri de Guise, Agé de treize ans, jurer t qu'il no mourrait pas t avant qu'il n'eût vengé la mort de son père. »
L'assassinat de François de Guise fut suivi d'une paix, ou plutôt d'une trêve, entre les catholiques ot les protestants, et les troupes réunies des deux factions naguère ennemies allèrent assiéger et prendre le Havre aux Anglais. Il ne parait pas que Branthôme ait servi dans cette expédition.
En 1504, il entra dans la maison du duc d'Orléans, qui fut depuis Henri III, en qualité d'un do ses gentilshommes, i\ 600 livres do gages. Cette charge, qui n'avait rien de commun avec celle des mignons, lui ouvrait un accès à la cour, sans lui donner, comme il semble, beaucoup d'occupation,
car il quitta bientôt après la France pour s'engager dans une expédition que les Espagnols préparaient contre les Barbaresques. Probablement les relations que Branthôme avait eues avec quelques seigneurs espagnols pendant son séjour à Naples l'avaient entraîné dans cette campagne, qui ne fut ni longue ni meurtrière. Une armée de 10,000 hommes, sous les ordres de D.. Garcia de Tolède, attaqua en août 1564 le Penon de Vêlez, place assez forte,mais n'ayant pour toute garnison que 60 Turcs, qui s'enfuirent après les premières volées de canon. Le fort pris, la campagne fut terminée, et Branthôme alla débarquer à Lisbonne, où il fut reçu comme un gentilhomme de distinction et un héros vainqueur. Le roi don Sébastien, qui allait bientôt apprendre à ses dépens que les Maures n'étaient pas des ennemis à dédaigner, se fit conter lesdùtailsde l'expédition, et donna à notre auteur son ordre du Christ. De Lisbonne, Branthôme se rendit à Madrid, et ne fut pas moins bien accueilli par la reine Elisabeth, charmée de voir un doses compatriotes porteur de nouvelles assez fraîches de la cour de France. Elle pria le duc d'Alhe de le présenter à son mari, Philippe II, à don Carlos et à don Juan d'Autriche. C'est à
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^^nihôme que l'on doit les détails les plus exacts ^^'t* don Carlos, dont il paraît avoir bien connu ' esprit borné etlecaraclère sournois et malveillant. Au moment de repartir pour la France, il fut chargé par la reine d'Espagne d'une commission dont ni lui ni elle ne comprirent alors la portée. Il s'agissait de faire part à Catherine deMédicisdu vif désir que sa fille avait de la revoir, et de lui proposer une entrevue à la frontière de leurs Etats. En réalité, Philippe II voulait détacher la France d'une alliance avec les insurgés des Provinces- Unies, et l'on croit que l'entrevue de Bayonne, en 1365, eut pour résultat de resserrer l'alliance de Catherine avec l'Espagne, et de redoubler ses rigueurs contre les calvinistes français, qui, bientôt poussés c\ bout, recommencèrent la guerre civile en
Branthôme rejoignit la cour en Provence, s'acquitta de sa mission, fut du voyage de Rayonne, et aussitôt après repartit pour une nouvelle expédition. Malte était attaquée par l'armée de Soliman, et la résistance héroïque de l'ordre de Saint- Jean excitait dans toute la chrétienté un enthousiasme religieux et chevaleresque. Vainement le grand-maître, Parisot de la Valette, s'était adressé
à la' France pour obtenir des secours. Le gouvernement de Catherine avaitdes traités avec laPorte, et depuis François P*" on s'était accoutumé à la regarder comme une alliée utile. Mais celte politique était hautement blâmée par la jeune noblesse, et les plus grands personnages de FÉtat ne s'y soumettaient eux-mêmes qu'avec répugnance. Catholiques ou prolestants, nombre de jeunes gentilshommes, tout pleins des souvenirs des croisades, partaient pour Malte comme volontaires, brûlant de batailler contre les infidèles. Philippe Strozzi, entre autres, commandant le régiment des gardes, obtint un congé, sans prendre beaucoup de peine pour cacher la manière dont il voulait l'employer. Branthônic, son frère cadet, le baron d'Ardelay, M. de Brissac, le fils du maréchal, et quelques autres, se mirent de la partie, et tous ensemble se cotisèrent pour lever un régiment de 8 à 900 hommes, vieux soldats qu'ils prirent à leur solde et dont ils se partagèrent le commandement. Tandis que les soldats étaient dirigés p:ir mer vers la Sicile, où êlail le rendez-vous général de l'expédition, Branthôme, avec ses amis, traversa l'Italie pour les rejoindre. Il s'arrêta d'abord à Milan, et s'équipa avec tout le luxe possible dans cette ville, très-re —
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nommée pour ses fabriques d'armures et d'arquébuses. Il fit encore quelque séjour à Naples, où il revit la marquise del Vasto et en fut reçu aussi bien que la première fois ; mais tous ces relardements eurent pour effet que les volontaires et leur régiment n'arrivèrent à Malte qu'après la levée du siège.
Là, Branthôme eut quelque velléité d'entrer dans Tordre de Saint-Jean; mais il en fut dissuadé par son ami Strozzi, qui )ui démontra que les grands événements qui se préparaient en France lui fourniraient de plus belles occasions de faire fortune. Il quitta Malte sur une galère de Tordre, espérant qu'il pourrait toucher à Naples et se retrouver encore dansTagréable compagnie delà marquise del Vasto; mais le vent le porta à Terracine, et il fallut y débarquer. A Rome, où il se rendit ensuite avec ses compagnons, le pape accueillit avec les plus grands honneurs les nouveaux croisés. Quelques protestants de la bande ayant fait gras un jour maigre, ou peut-être donné un plus grand scandale, le Saint- Père arrêta les poursuites du saint-office et ferma les yeux sur Tétourderie de ces jeunes gens. Branthôme, qui se permet parfois des suppositions hardies contre les gens d'église, insinue que la pré-
240 PORTRAITS HISTORIQUES KT LITTèRAIRES
sencc de quelques vaisseaux turcs en vue d'Ostie aurait pu dôtcrminer le Saint-Père â ménager de vaillants soldais dont bientôt peut-être il aurait besoin. Nous aimons mieux ne voir dans la conduite de Pie V qu'un eiïet de sa douceur et de sa bénignité naturelles. Trop bon catholique pour manger de la chair le vendredi, Branthôme se contentait de « donner chez les dames romaines , » pour parler comme Molière, ou de voisiner chez elles, comme disent les Italiens. Une beauté célèbre, qu'il avait trouvée cruelle à son dernier voyage, lorsque ses 500 ôcus tiraient à leur lin, se montra repentante etdouce maintenant qu'il revenait avec une bourse assez bien garnie. D'ailleurs la dame s'était mariée dans l'intervallo, h un galant homme qui était bien aise d'avoir pour amis des étrangers de distinction. Avant de revenir en France. Bianthôme s'arrêta quelques semaines à Milan, pour se perfectionner dans l'art de l'oscrime, à Técoled'un maître fameux nommé le Grand Tappe. Nous avouerons à regret qu'il nous a été impossible de savoir s'il devait cette épithète honorable à son génie, comme Alexandre et Pompée, ou seulement à sa taille. Tout en ferraillant, notre auteur méditait alors une expédition nouvelle. Il était cruel d'être allé à Malte sani-
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voir de Turcs, mais ou en trouvait beaucoup on Hongrie, où tous les ans ils venaient butiner. On annonçait pour cette année une invasion formidable, et l'Allemagne était sous les armes. En arrivant k Venise, pour de là gagner la Hongrie, Branthôme apprit la mort de Soliman, et aussitôt il jugea que les infidèles laisseraient les chrétiens en repos pour quelque temps. Toutes les occasions de faire la guerre lui échappant, il prit le parti de retourner en France. En passant par le Piémont, il alla présenter ses hommages à madame Marguerite de France, duchesse de Savoie, dont il se prétendait un peu parent. Cette princesse, toujours bienveillante pour ses compatriotes, jugea que de sa croisade notre auteur rapportait une bourse assez plate, et lui offrit SOOécus. Branthôme répondit qu'il avait assez d'argent pour achever son voyage, fierté rare pour le temps, et que nous citons avec plaisir, comme une preuve de ses sentiments élevés. A cette époque, peu de gentilshommes, même plus riches que Branthôme, auraient imité son désintéressement.
Toujours tourmenté de l'envie de faire la guerre, Branthôme avait résolu de s'enrôler sous la bannière d'un général qui ne laissait guère chômer ses
soldais. Il allait, offrir en Flandre ses services au duc d'Albe, lorsque la guerre civile, éclatant en France, vint donner ample satisfaction à son humeur aventureuse. Il obtint du roi la permission^ de lever deux compagnies d'infanterie. Soit que Targent lui manquât, soit par tout autre motif, il n'en recruta qu'une seule ; mais il eut soin de faire valoir son titre de commandant de deux compagnies, titre aussi singulier alorsqu'aujourd'hui,q^ui était moins que celui de mestre de camp, c'est-à-dire colonel, mais plus que celui de capitaine, t II n'en coûte rien, dit le baron de Faeneste, d'appeler les choses par noms honorables. » Après la bataille de Saint- Denis, où BranthôQie assista sans avoir grand' chose à faire, car la cavalerie des deux armées fut presque seule engagée, il fut envoyé en Auvergne avec sa compagnie, et prit part à quelques affaires assez chaudes. En 1568 il se trouvait en garnison à Péronne, mécontent de la cour, comme il semble, pour une cause qu'il n'a pas voulu nous faire connaître. Probablement les protestants en furent informés, et lui dépêchèrent Theligny, gendre de l'amiral, et de longue date ami de Branthôme, dans l'espoir dele débaucher à leur cause. On lui offrait, s'il voulait livi'or Péronne, de lui donner le gouvernement ôe
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laville.etdeiuigarantirlapossession de cette charge à la paix, selon Tusage du temps, où tous les traités commençaient par des stipulations en faveur des transfuges. Branthôme refusa nettement, mais sans se brouiller avec Theligny, circonstance qui ne diminue en rien le mérite de son action, mais qui peint le désordre d'un temps où sans se déshonorer jn pouvait faire des propositions semblables. La paix qu'on appela si justement la Malassise fut conclue, et Branthôme revint à la cour, où il fut nommé gentilhomme ordinaire du roi. 11 assistait en cette qualité à une espèce de petite guerre sur la Seine, où plusieurs barques assaillaient une galère montée par le roi. Bien que le combat se livrât d'après un programme réglé d'avance, les accidents ne pouvaientmanquer en ce jeu de mains. Le baron de Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou, poussé dans l'eau par Fervacques, se serait noyé sans Branthôme, qui le saisit et le tira dans la galère. On sait quelle influence eut ce petit événement. Quelques mois plus tard, Montesquiou assassinait le prince de Gondé à Jarnac. Il appelait toujours Branthôme son père, qui n'était pas trop embarrassé d'avoir un tel fils.
Les troisièmes gucnv: civiles éclalèrenten 1569.
Brantliôme lit utie partie de la campagne, non plus à la tête de sa compagnie, qu'il avait résignée dans un jour de mauvaise humeur, mais dans Tétat-major de Monsieur, général de Tarmée royale. Il nous semble douteux qu'il ait assisté aux batailles de Jarnac et de Moncpntour. Dès le début de la campagne il avait été atteint d'une fièvre intermittente, et bientôt obligé de se retirer dans son abbaye. Elle était alors fort exposée, le Périgord étant envahi par le gros des forces calvinistes. Ce fut à peu de distance de Branthôme que les reîtres allemands commandés par le duc de Deux-Ponls firent leur jonction avec l'armée de l'amiral. Tous les chefs protestants, moins le duc, qui mourut d'indigestion en arrivant, se logèrent dans l'abbaye, où se trouvèrent à la fois Henri IV, âgé de seize ans, son cousin le prince deCondé, les princes d'Orange etde Nassau, et l'amiral lui-même. La courtoisie de l'abbé commendataire, ses relations anciennes avec les chefs protestants, valurent à l'abbaye un traitement auquel les moines ne s'attendaient guère. On ne pilla point, on ne cassa pas les verrières, on ne mutila pas les statues des saints, exploits ordinaires des réformés; bien plus, on permit aux religieux de dire leurs offices comme à l'ordinaire. Goligny s'entretint fa.-
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miliëremeat avec Branthôme, qai était parent de sa femme, Charlotte de Laval, sœur d'Ânloinette de Daillon, grand'mëre de Branthôme. 11 semblait profondément dégoûté de la guerre civile, résolu pourtant à ne déposer les armes que lorsqu'il aurait obtenu la liberté de conscience pour ses coreligionnaires.
Guéri de sa fièvre, Branthôme fut vivement pressé par Lanoue de raccompagner en Flandre, où on l'invitait à guerroyer contre les Espagnols à la tête de l'armée des États. On se rappelle que peu auparavant Branthôme songeait à prendre du service parmi les Espagnols contre les Flamands insurgés; mais, pourvu qu'il vît du pays et qu'il se trouvât avec des camarades, il ne tenait guère au drapeau sous lequel il devait 'combattre. Pourtant il donna la préférence à Strozzi, qui, de son côté,méditait une expédition en Amérique. Il ne se proposait rien moins que de conquérir ou de rançonner le Pérou, entreprise moins facile alors qu'elle ne le fut un siècle plus tard, lors des étonnants exploits des flibustiers, mais qui offrait à une imagination aventureuse toutes les tentations de gloire et de butin. Les préparatifs de l'armement durent être
surveillés par Branthôme, qui paraît avoir été as-
sez entendu en matière de navigation. Cet armement le retint & Brouage pendant une partie des années 1571 et 1572, et il eut le bonheur de ne pas voir la Saint-Barthélémy. Pendant qu'il s'occupait à Brouage des affaires de Strozzi, celuici se conduisit mal & son égard, et Branthôme, d'ailleurs sans s'expliquer catégoriquement, l'accuse d'avoir trahi les lois de Tamitié. Quelques biographes ont cru que, pendant que notre auteur était à Brouage, Strozzi cherchait à épouser madame deBourdeilles, sa belle-sœur. Il se peut qu'il lui fit la cour, mais l'épouser était impossible, car André deBourdeilles, frère de Branthôme, était encore vivant. Ce qui parait incontestable, c'est que Strozzi, fort égoïste, ne s'occupait nullement de la Tortune de son ami ; il en exigait beaucoup, et ne le payait pas de retour. Dans un moment de dépit, Branthôme voulut quitter Brouage et s'engager dans l'armée de don Juan d'Autriche, pour la campagne navale qui se termina par la bataille de Lépante, mais Strozzi lui fit faire commandement par le roi de demeurer en- France. Branihômc nous dit qu'à cette époque il avait à se plaindre d'un grande qu'il ne nomme point ; on hésite entre Monsieur (Henri lll) et le duc de Guise,
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grands tous les deux, lous les deux courtisés par Branthôme et protecteurs fort tièdes à son endroit. Le siège de la Rochelle, dernier asile des réformés après la Saint-Barthélémy, tira Branthôraede sa retraite. Il en a parlé longuement, et s'y montre commensal de Strozzi, qui commandait les gardes françaises, et familier de Monsieur et du duc de Guise, alors liés d'une étroite amitié. Le siège fut, comme on sait, long et pénible, surtout pour l'armée royale. Branthômè y revit Henri IV, espèce d'otage qu'on menait combattre contre ses anciens amis. Notre auteur lui prêta la première arquebuse qu'il eût tirée sur des Français. Très-probablement Branthôme n'y entendait pas malice, mais le duc de Guise et Monsieur étaient charmés de compromettre ainsi leur prisonnier. De son côté, Henri IV aimait la poudre et tirait pour tirer. On tenta une escalade sur une brèche mal faite, et Strozzi, qui commandait l'attaque, fut culbuté dans le fossé. Branthôme, qui le suivait à quelques échelons de distance, aida à le retirer de dessous les morts et les pierres éboulées. Il reçut dans cette affaire plusieurs arquebusades dans son armure. Une autre fois il fut couvert du sang et de la cervelle d'un de ses camarades, atteint d'un boulet. Il avait
des amis partout et était bean parlenr. , Pendant une trêve qui suivit Tassaut repoussé par les Rochellois, les assiégés plantèrent sur un de leurs bastions six drapeaux, enlevés par eux aux troupes royales, comme pour les défier d'aller les reprendre. Branlhôme persuada aux Rochellois de faire disparaître ces trophées, qui exaspéraient les soldats catholiques et qui pouvaient empêcher un accommodement : car, malgré les assauts et les sorties continuels, on traitait toujours. Le siège finit enfin par un traité médiocrement honorable pour l'armée assiégeante.
La paix ramena Branthôme à la cour, où nous le retrouvons assidu auprès de la reine-mère, auprès du jeune duc de Guise, accueilli par eux comme un homme aimable et un ami sûr, mais aussi comme un homme sans importance. On ne parvenait guère à cette époque qu'en se faisant craindre.
En 1574, il alla au-devant de Henri III, qui laissait le trône de Pologne pour celui de France, le rejoignit à Lyon et eut l'honneur de le débotter. Cependant la guerre civile s'était rallumée dans le Midi ; tandis que les royalistes faisaient le siège de Lusignan, Branthôme fut dépêché de Lyon en Saintonge auprès de Lanoue, son ami, chef des réfor-
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mes, pour quelque négociation dont il ne nous a pas fait connaître le but. Selon toute apparence, il s'agissait de propositions de paix qui pour lors ne paraissent pas avoir été acceptées.
Après le sacre de Henri III à Reims, où il assista en vertu de sa charge, en 1573, il fut sollicité de nouveau par Lanoue, qui, libre enfin de la guerre civile, allait prendre en Flandre le commandement ie Tarmée des États. Branthôme refusa encore; mais, apprenant, la veille de son départ, que Tambassadeur d'Espagne avait aposté des gens pour assassiner Lanoue, il se constitua son garde du corps, 3t le ramena à son logis avec une escorte de domestiques bien armés. Ces occasions étaient assez fréquentes à la fin du xvi^ siècle, et quelques années auparavant il avait rendu le môme service à Bussy i'Amboise, son parent, mal vu du roi et obligé de j'exiler. Peu s'en fallut que cette hardiesse n'en- .rainât Branthôme dans la disgrâce de Bussy.
Cette même année 1575, il obtint un succès latteur pour son amour-propre : il fit un évoque ; î'était un sien cousin, François de Bourdeilles, qu'à ;a sollicitation le roi nomma au siège de Péri- {ueux. Mais Branthôme n'avait pas la main heureuse : le nouvel évéque se montra peu recon-
naissant; Branthônie l'accuse d'ingralitude, et rappelle c un âne bâté, et caparaçonné quand il a^ait sa chape. >
L'année suivante, il accompagna la reine-mëre dans le voyage qu'elle fit en Poitou pour ramener le duc d'Alençon , brouillé avec la cour et en traité avec les prolestants. Il fit encore partie de la suite de cette princesse en 1578, lorsqu'elle conduisit en Navarre sa fille Marguerite de Valois.
Au milieu des plaisirs de la conr, Brautliôme n'oubliait pas ses amis malheureux. Lanouc, en Flandre, s'était fait battre par les Espagnols, et il était leur prisonnier, durement traité, comme hérétique et chef des rebelles. La cour de France, qui le haïssait et le craignait, ne faisait aucune démarche pour adoucir sa captivité. Branthôme sollicita le roi à plusieurs reprises et avec beaucoup de hardiesse ; il s'adressa également à tous les personnages qui pouvaient avoir quelque influence; mais de tous les côtés ses efforts furent inutiles.
Le frère aîné de Branthôme, André de Bour- Jeilles, mourut en janvier 1582. 11 était sénéchal et gouverneur du Périgord, capitaine de 50 hommes d'armes des Ordonnances, chevalier de l'ordre cl conseiller privé. Pendant les guerres civiles, sa
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fidélité ne s*élait jamais démentie, et il avait rendu de véritables services en conservant au Roi une province souvent menacée par l'ennemi. BranihômedemandaàHenri III la survivance de la charge de sénéchal du Périgord pour son neveu, le fils d*André de Bourdeilles, garçon âgé de neuf ans à peine. Il est assez difficile de le croire lorsqu'il nous dit qu'il n'ambitionnait pas cette charge pour luimême t et qu'il s'en souciait comme d'une prune (tridet). i II prétendait seulement, assure-t-il, garder la charge pour son neveu, par respect pour les droits de la branche aînée, de même que plus tard, en s* attachant à la veuve d'André et l'empêchant de contracter un nouveau mariage, il conserva dans sa famille les biens considérables de cette dame. Quoi qu'il en soit, le roi comprit qu'il était impossible de confier une charge importante à un enfant de neuf ans, et il dit à Branthême qu'il la lui donnerait à lui-même, ajoutant obligeamment que plus tard il lui permettrait de s'en défaire en faveur de §on neveu. Peu de jours après, au moment d'expédier le brevet, le roi apprit qu'André de Bourdeilles avait déjàdisposé de la sénéchaussée de Périgord en faveur de son gendre, le vicomte d'Aubelerre. 11 avait élevé ce gentilhomme, fils d'un chef
âÔ*2 PURTRAITS HISTORIQIES ET LITTÉRAIRES
protestant fameux, le même qae Branthôme avait trouvé faisant des boutons à Genève en compagnie de Poltrot. l'avait converti et lui avait donné sa fille. Par son testament, il laissait à cette fille dix écus seulement; mais dansson contrat de mariage il s'était obligé à résigner sa charge au vicomte d'Aubeterre,
avantage qui devait lui tenir lieu de complément de dot et de legs. Le roi se crut obligé de respecter tes dernières volontés d'André de Bonrdeilles, et Brantbôme en fut piqué au vif, plutôt, dit-il, pour TaiTront personnel que pour le dommage fait à sa famille; car le vicomte d'Aubeterre annonçait rintenlion de céder sa charge à Henri de Bourdeilles, fils d*André, lorsqu'il serait en âge de l'exercer. Le roi s' excusant, Branlhôme lui dit : « Vous m'avez donné, ce coup, grand subject de vohs » faire jamais service comme j'ay faict. » En sortant du Louvre, il jeta sa clef de chambellan dans la Seine, et pendant quelque temps il ne parât plus chez le roi ; pourtant il continuait de faire sa cour à la reine-mère.
Mécontent de son maître, mécontent des Guises, qu'il accuse de payer mal le dévouement de lears créatures, Branthôme fut tenté un instant de s'altaclier à la fortune du duc d'Alençon, prince am-
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Ktieux et hardi jusqu'à la témérilé, qui flattait our à tour les protestants et les catholiques pour e faire un parti et profiter de Tanarchie générale. Lrrivé à la maturité de l'âge, Branthôrae comraenait à s'apercevoir qu'il avait employé ses plus ►elles années d'une manière assez inutile à sa forune. Satisfait de l'apparence, il avait négligé la •éalité. Il avait recherché avec passion la familiarité les grands ; mais il leur avait trop laissé voir qu'un lourire et quelques bonnes paroles suffisaient pour assurer son dévouement. Il avait affecté une insouciance cavalière pour les honneurs, et on l'avait pris au mot. Cependant il voyait ses anciens camarades pourvus de charges considérables, dev^enus de grands seigneurs, tandis que lui, ami de tout le monde, était traité par tous comme un personnage sans conséquence. Longtemps bien venu auprès des dames, après beaucoup de galanteries, il demeurait sans établissement à un âge où il lui devenait plus difficile de former une liaison légitime, et presque ridicule de chercher des aventures. Dans ces sombres pensées, il se souvint de l'accueil qu'il avait reçu à différentes reprises de plusieurs grands seigneurs espagnols. Les connaissant moins à fond que lesFrançais, il était disposé àlesjuger plus
favorablement. La gravité castillane, si opposée à la légèreté française, lui semblait une preuve de bonne foi et de sincérité. La fortune du connétable de Bourbon, et, pour ne pas élever si haut ses visées, celle de Le Peloux, serviteur de ce prince, comblé d'honneurs par Charles-Quint et ramené par lui en France comme pour y braver son ancien maître, maint autre exemple de défections magnifiquement récompensées, lui revinrent en mémoire, et il nous avoue qu'il songea sérieusement à offrir ses services à l'Espagne contre sa patrie. A la vérité, il ne pouvait se flatter d'apporter un grand poids dans la balance, et, quelque bonne opinion qu'il eût de son mérite, il n'osait guère espérer que le prudent Phi 1 ippe II estimât à un bien haut prix une épée encore assez peu connue. Cependant il avait navigué, pratiqué les ports de l'ouest de la France et ceux de la Méditerranée; chargé de diriger les armements de Strozzi à Brouage, il avait recueilli beaucoup de documents précieux sur l'état de notre marine et de nos ports ; il se proposait d'étudier de nouveau les points faibles de nos côtes, et, muni d'un plan (le surprise de sa façon, d'aller le présenter au gouvernement espagnol. Pour traverser la frontière, il comptait demander la permission du roi ; mais
il était résolu à s'en passer, si on la lui refusait. Un accident qui paraît lui être arrivé vers 1584, et sur lequel nous reviendrons dans la suite, le préserva de celte trahison. Un cheval « dont le » malheureux poil blanc » présageait quelque accident, superstition qui se conserve encore parmi nos cavaliers, qui se déflent d'un cheval à, quatre balzanes, se renversa sur lui et lui fracassa les reins. Il dut passer quatre ans entiers dans son lit, et tout le reste de sa vie il demeura infirme et soufTrant. Dans son malheur il trouva une amitié dévouée. La veuve de son frère André fut sa garde assidue, et lui prodigua les soins les plus empressés. Branthôme, qui oublie souvent les confidences qu'il nous a faites pour se vanter de ses bonnes ou mauvaises actions, se fait un mérite d'avoir été toujours une garde vigilante auprès de madame de Bourdeilles, de l'avoir empêchée de se remarier et de porter dans une autre famille sa fortune, qui était considérable pour le temps. On peut se demander qui des deux gardait l'autre et de quel côté était le dévouement & la famille.
Depuis son accident, Branthôme paraît avoir demeuré ou dans son abbaye, ou aux environs.
Son oisiveté forcée nous a valu probablement ses
volumineux ouvrages. Cloué sur an lit dedouleturs, il trouva quelque soulagement à écrire ses souvenirs et ses réflexions. Il variait ses distractions par de nombreux procès contre ses parents, ses voisins, et les moines de son abbaye. Plaideur acharné, dans son testament il lègue des procès à ses héritiers et leur recommande de poursuivre ses adversaires à outrance. Sauf un commerce littéraire avec quelques beaux esprits du temps et quelques personnages illustres, entre autres la reine Marguerite, pour laquelle il professait une admiration chevaleresque, il cessa toutes relations avec le monde où il avait toujours vécu. On devine par ses ouvrages et par les railleries d'un écrivain calviniste qu'il avait un secret penchant pour la Ligue, et peut-être Ta-t-il servie à sa manière, car d'Aubigné lui donne une petite place, celle de porteur de sonnettes, dans sa caricature de la procession catholique qui eut lieu pendant le siège de Paris. Il mourut le 15 juillet 1614, dans un oubli profond, sans que ses héritiers songeassent à exécuter un des articles de son testament qui prescrit de publier ses manuscrits, et sans ([ue les personnes auxquelles ils furent sans do;ite communiqués se soient avisées d'y ajou-