‹ Portraits intimes (volume 3)Chapitre 11 sur 51 · LE JOCRI^AL D'EDMOND ABOUT · texte numérisé non relu

LE JOCRI^AL D'EDMOND ABOUT

canardant sans pitié les abus de radministration, les fautes de la justice, les empiétements du clergé. About et Sarcey menaient le branle, Tun décochant aux ministres ses flèches empoisonnées, l'autre plaidant avec une verve intarissable-la cause de la liberté sous toutes ses formes, et traînant après lui Tin- Bombrable cohorte des instituteurs français...

Peu à peu la rédaction s'était complétée. Sarcey s'occupant surtout des questions universitaires et sociales, le besoin d'un chroniqueur littéraire se faisait sentir.

— Lis-tu quelquefois, dit-il à About, le Petit Parisien?

— C'est selon...

— Il y a là un garçon de grand talent, Henry Fouquier. Si nous le prenions avec nous?...

A Henry Fouquier vinrent se joindre Charles Bigot, Ducuing (jurisconsulte et avocat distingué), Raoul Lucet, Abraham Dreyfus, Pellegrin et Charles Martel, notre spirituel confrère de la Justice,,, De temps à autre la porte s'entre-bàillait pour laisser entrer un nouveau venu, mais rarement, péniblement... La •maison n'était pas hospitalière ou, du moins, elle choisissait ses hôtes et ne les accueillait pas tous du même sourire.

U y a plusieurs façons de comprendre la confection d'un journal. Le considérer comme un bazar où chacun, quel qu'il soit, peut venir offrir sa marchandise, comme un établissement commercial, soucieux

simplement d'amuser le public et d'encaisser des recettes, comme un magasin de nouveautés peuplé d'un monde de commis et d'auxiliaires, sans autre lien entre eux que l'appât du gain et l'intérêt du salaire; ou bien voir dans le journal une famille, très unie, très disciplinée, très fermée, englobant dans son sein quelques membres solidaires et triés sur le volet, et n'acceptant sous aucun prétexte l'intrusion d'un élément étranger...

Ce sont deux systèmes en présence, le système américain, le vieux système français. Chaque système a ses inconvénients et ses avantages. Le journal américain sacrifie tout à l'information, cherche sans cesse à lancer des pétards] il est d'aspect bariolé; sa rédaction mouvante offre au lecteur une grande variété de signatures et amuse sa badauderie. Mais cet ensemble hétéroclite ne présente pas beaucoup de sécurité, et ne satisfait pas ceux qui, dans leur lecture quotidienne, cherchent un autre aliment qu'une distraction frivole. Et ceux-là, je vous assure*, sont nombreux en France, plus nombreux qu'on ne le croit. Us ont des principes, des idées arrêtées, des doctrines. Et ils tiennent par-dessus tout à trouver en leur journal l'écho de leui's propres sentiments. Et il leur plaît de voir ces sentiments exprimés, ces opinions défendues par quelques talents supérieurs qu'ils honorent de leur sympathie et de leur estime^ Un organe comme le XIX'' Siècle Tépondait merveilleusenient aux aspirations de cette catégorie

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