VI AVANT-PROPOS
adversaires, elle présente, outre une incontestable utilité pratique, des mérites d'un ordre assez relevé et qui valent la peine qu'on s'y arrête.
Et d'abord, si l'interview n'est pas d'invention moderne (tout récit où sont rapportés les propos d'un personnage réel pouvant être regardé comme interview), on ne peut contester que ce genre n'ait été rajeuni et élargi dans ces dernières années. De ce qui n'était qu'une sèche sténographie, on a tâché de faire une peinture vivante. On s'est efforcé d'apporter à cette tâche l'esprit de critique et d'observation; on s'est inspiré des grands modèles et particulièrement de Saint-Simon, qui fut (à ne le considérer que sous cet aspect) un reporter de génie. Peut-être ces notes, dispersées aux quatre vents de la presse, seront-elles plus tard consultées, et serviront-elles à asseoir le jugement que la postérité portera sur les choses et les hommes de ce temps. Enfin aux qualités que déploie V u interviewer » dans l'exercice de sa profession; on peut mesurer la valeur esthétique de l'interview. L'interviewer idéal doit avoir plus de vingt-cinq ans et moins de cinquante. Il lui faut se défier de l'extrême jeunesse et de l'extrême maturité. Trop jeune il a des opinions violentes et mal assises, il est porté à se fier aux apparences et à donner sa première impression sans avoir pris le temps de la corriger par la réflexion ; trop âgé, il plaint sa peine et ce contente de renseignements approximatifs pour s'éviter la fatigue d'en chercher de plus précis. Et d'ailleurs ce métier exige une activité d'allures, une rapidité d'exécution qui cadrent mal avec la vieillesse. Aux cheveux blancs, le travail sédentaire et méditatif; aux cheveux noirs ou blonds, la besogne aventureuse. Au delà de la soixantaine, l'interviewer en est