AVANT-PROPOS VU
réduit, comme les généraux en retraite, à raconter ses campagnes; il ne saurait les recommencer... Les deux vertus qui lui sont le plus nécessaires sont d'une part une facilité d'assimilation qui lui permette de se pénétrer, sur Theure, des idées de son interlocuteur, lui fussent-elles peu familières. Il n^est pas mauvais, assurément, mais il n'est pas indispensable qu'il ait des connaissances encyclopédiques. Il suffît qu'il saisisse vite et bien ce qu'on lui expose et qu'il soit en état de le rendre avec netteté. D'autre part, il doit avoir une certaine délicatesse qui lui indique jusqu'où il peut aller honnêtement dans la voie des révélations et quelles limites la discrétion lui impose. S'il a reçu de la nature cet esprit de prudence et cette agilité de compréhention, il est assuré d'arriver à un rang honorable dans la phalange de l'interview. Car j'oserai dire que l'on naît interviewer, comme nos aïeux prétendaient que l'on naissait rôtisseur...
Ce sont là les dons essentiels qui constituent la bonne interview. Mais une interview brillante en suppose de plus variés, et de plus rares. Il ne s'agit pas seulement de rapporter des paroles entendues, mais d'évoquer celui qui parle, de, donner l'impression de sa voix, de son geste, de sa physionomie, du milieu où il vous est apparu, et de deviner ce qu'il n'a souvent énoncé qu'à demi, de surprendre le secret de sa pensée. L'interview devient une sorte de duel, où les deux adversaires se mesurent, s'observent, cherchent à se tromper par d'habiles feintes. 11 est rare que l'interviewé se montre tel qu'il est, en toute franchise... Par cela même qu'il est sur la sellette et pose devant le public, il joue un rôle. Et l'interviewer s'applique à démêler ce qu'il y a do sincère et d'emprunté dans cette attitude. Je vou-