X AVANT-PROPOS
Ils n'ont pas tous cette humeur facile. Mais ceuxlà même qui sont les plus rebelles à l'interview arrivent promptement à composition. C'est qu'ils sont agités de sentiments confus et contradictoires. Ils détestent Tinterview et cependant, si, par un commun accord, on cessait d'aller les interviewer, ils souffriraient secrètement de cet abandon. Il leur plaît d'être persécutés : — « Ces journalistes ont une audace! Cela est intolérable! Bientôt nous en serons réduits à appeler les gendarmes! » Mais cet empressement dont ils se plaignent est un hommage rendu à leur réputation et, en dépit de leurs dénégations hypocrites, ils ne laissent pas d'en jouir. Songez qu'il y a à l'Académie et ailleurs, une vingtaine de littérateurs devenus stériles, dont les volumes ne se vendent plus, et qui seraient totalement oubliés, si une interview^ compatissante ne daignait, de temps à autre, faire un peu de bruit autour de leurs noms. Elle n'a pas, au reste, de plus ardents détracteurs que ces invalides qui payent ses bienfaits de la plus noire ingratitude.
Le préjugé qui règne contre l'interview vient surtout de la façon dont cette méthode d'investigation est pratiquée en Amérique. On n'est pas d'accord sur l'année et le lieu où elle a pris naissance. Sept villes seulement se disputaient Thonneur d'avoir donné le jour à Homère. Presque toutes les villes des États-Unis briguent celui d'avoir inventé l'interview. Il semble que ce soit à M, Joseph Cullagh, directeur du Globe democrat que l'on doive attribuer cette admirable découverte. Quand il mourut, les feuilles américaines racontèrent l'aventure à laquelle il avait dû sa réputation et sa fortune. M. Joseph. Cullagh était un déiste convaincu. Un conférencier athée, M. Robert Ingersall avait
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