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LES SENSATIONS D'UN SPORTSMAN HEUREUX

enviable. L'entraîneur reçoit pour chaque bête, à lui confiée, un fixe qui l'indemnise largement de ses frais; il touche une part des bénéfices; il arrive, avec un peu de chance, et sans recourir à la spéculation, à se ménager cinquante ou soixante mille livres de revenu. Le jockey pousse aisément son gain à quatre-vingts ou cent mille francs, en tenant compte des innombrables cadeaux qui lui sont offerts. Nous avons avantage à être généreux avec lui, pour l'attacher à notre service et l'empêcher de succomber à la tentation de nous trahir. Les conseils malhonnêtes ne lui manquent pas. Et il lui est si facile de les suivre! Il a des excuses si plausibles pour expliquer son échec! Il n'a pu se placer, il est mal parti. Allez donc contrôler ces assertions! Nous avons devant nous deux êtres qui ne font qu'un, le cavalier et sa monture, et nous cherchons en vain à pénétrer qui des deux est le coupable. Le plus simple est de se fier à la bonne foi du jockey et de s'arranger de façon que son intérêt soit solidaire du vôtre. S'il est vainqueur du Grand Prix, ne craignez pas de lui abandonner quinze ou vingt mille francs et, dans les courses ordinaires, remettezlui dix pour cent des sommes encaissées par vous. Il vous revaudra ces bons procédés. Et certainement, vous les devez à ses talents. Ne tombez pas, en effet, dans le préjugé qui n'attribue au jockey qu'un intellect médiocre. Il n'arrive au premier rang de sa profession que s'il est doué de qualités rares, dont les plus remarquables sont le sang-froid, la résolution et une énergie sans pareille. Le vrai jockey, dès qu'il est sur la piste, se peut comparer à un chef d'armée: il doit dresser son plan, l'exécuter avec une rapidité inouïe, profiter des fautes de ses rivaux, quelquefois les tromper par d'habiles feintes, et, suivant qu'il a un cheval brillant ou solide, capable d'un effort momentané ou soutenu, le contenir, le modérer, maintenir

son allure ou la précipiter, obéir aux ordres du propriétaire ou les transgresser, en un mot s'inspirer des circonstances et les tourner, autant que possible, à son profit. Quand on a essayé soi-même de courir, on se rend compte de ces extraordinaires difficultés et l'on est pénétré d'étonnement devant la maîtrise de certains jockeys qui mettent leur coquetterie (le cas s'est produit en Angleterre) à ne gagner la course que d'une tète, alors qu'ils pourraient la gagner de plusieurs longueurs. J'ose proclamer que ce sont de grands artistes. »

Et M. Faider a continué...

« Il est étrange que n'ayons pu former parmi les enfants des races latines de bons jockeys et que nous soyons obligés de les recruter à Londres. Y a-t-il là des raisons d'atavisme qui interviennent? Les Anglais sont-ils mieux préparés, par leur ascendance, à exceller dans ce métier que les Français, les Espagnols ou les Belges? Pourtant les Français ne sont pas maladroits de leurs corps, les Belges ont de l'audace, et les Espagnols une merveilleuse agilité. Mais ils sont privés d'une vertu qui est l'essentielle des Anglo-Saxons. C'est l'esprit de persévérance. Mettez aux prises, dans des jeux de vigueur et d'adresse, tels que le lawntennis, le football ou le polo, des jeunes gens de ces différents peuples. Si ce sont des débutants, vous observerez que les Espagnols et les Français sont moins lents que les Anglais à s'assimiler les règles et la pratique de ces jeux. Mais bientôt ils s'arrêtent et cessent de progresser. L'Anglais, qui s'est montré au début gauche et balourd, continue lentement d'avancer ; il parvient à un degré de perfection auquel ses concurrents sont incapables d'atteindre. C'est qu'il besogne en professionnel, tandis qu'ils travaillent en amateurs. Ce qui n'est pour eux qu'un délassement est pour lui

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