‹ Portraits littérairesChapitre 14 sur 29 · I. I ni. s LOIS DU s n LE. i.'.l · texte numérisé non relu

I. I ni. s LOIS DU s n LE. i.'.l

décrire If nombre incalculable des styles qui existent et qui peuvent exister avec les trois types primitifs, combinée et modifiés par la personnalité des écrivains; autant vaudrait entreprendre de décrire la manière différente de tous les peintres passés et futurs, ou de rendre compte des broderies que les architectes de la renaissance ont sculptées sur la pierre des châteaux et des cathédrales. On sent que c'est là le champ du possible, dans le style, champ dans lequel il y a place pour tous, ou Homère avait laissé la place de Virgile, Virgile la place de Haute. Hante la place île l'roissart, Froissart la place de Claise Mon t lue, Biaise Hontluc la place de Régnier et de Voiture, ceux-ci la place de Corneille et de Molière, ceux-ci la place de Saint-Simon et d'André Ghénier, ceuxci la place de madame de Staél et de M. de Chateaubriand, ceux-ci la place de M. de Lamartine et de M. Victor Hugo, ceux-ci enfin la place de tous les grands écrivains que Dieu lient encore dans sa main, et dont il n a pas dit le nom aux peuples qui doivent le prononcer comme le sien propre, en courbant la tête et en fléchissant le genou.

La variété infinie des formes de style, déduites des trois types fondamentaux, n'est pas seulement la propriété de la personnalité et du sentiment des écrivains, c'esl encore la propriété des diverses époques de l'histoire de l'art littéraire, et c'est principalement par la manière de construire la phrase que le seizième, le dixseptième et le dix-huitième siècles, par exemple, diffèrent entre eux. A chacune de ces trois grandes périodes de outre langue. • • 1 1 retrouve les règles immuables du dessin et de l'harmonie du style, que nous avons expliquées plus

haut, et qui sont, comme nous l'avons dit, les conditions premières du style lui-même; mais chacune de ces trois époques a une manière distincte de combiner les trois formes primitives de la phrase, et c'est là ce qui constitue sa personnalité littéraire, son goût. Les artistes qui ont l'intelligence et l'habitude de ces matières ne s'y trompent pas; pour eux, toute phrase porte sa date écrite dans son air, dans l'ordre de son architecture, et il n'est même pas très-difficile de reconnaître, à la première lecture, non-seulement à quel siècle appartient une page que l'on parcourt, mais encore à quel auteur. C'est ainsi qu'un connaisseur n'hésitera jamais une minute entre une toile de Michel-Ange et une toile de Raphaël. Le vulgaire ne sait pas jusqu'à quel point il y a d'une époque et d'un homme dans le port d'une phrase, dans l'attache qui lie un membre à un autre, dans la place d'un qui ou d'un dont. Si l'on montre à un architecte, qui sait son métier, un arceau surbaissé, fermé par trois claveaux formant saillie, il dira, sans hésiter, qu'il appartient au règne de Henri II; si on lit à un écrivain, sachant la langue, une phrase où le mot dont soit placé comme dans celle-ci : « Surtout ma mère étant morte, dont on ne peut m'ôter le bien, » il dira également, sans hésiter, qu'elle appartient à la première moitié du règne de Louis XIV.

En résumé, le style est un art qui a d'abord des règles fixes, dès principes immuables, c'est-à-dire une partie de métier, qu'il faut apprendre; ensuite une partie variable, une partie d'inspiration, qu'il faut deviner. Combien de gens, parmi ceux qui écrivent, savent Tune et devinent l'autre? fort peu. Nous nous sommes permis

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