livre, deux phrases ou deux fleurs se ressemblent jamais
exactement.
11 ne faudrait pas croire néanmoins que la diversité des formes dans les phrases soit une affaire de hasard, de pêle-mêle et de fouillis : un œil exercé ne suit pas longtemps la marche d'un style, sans découvrir qu'il se meut dans une certaine direction et selon de certaines lois. Il y a toujours, dans les styles les plus abondants et les plus variés, un petit nombre de types ou de formes élémentaires, qu'il n'est pas impossible de démêler dans les combinaisons les plus nombreuses et les plus compliquées. Même, on reconnaît que toutes les formes possibles de phrases peuvent, en se décomposant, être réduites à trois formules primordiales, de même que tout le dessin possible se réduit, en définitive, à l'emploi de la ligne droite et de la ligne courbe.
L'une de ces formes primitives et élémentaires consiste à débuter par l'emploi d'une proposition courte, générale, élevée, exprimée par une phrase brève, nette, serrée, brusquement coupée aux deux extrémités, sans laisser dépasser aucune bavure, ou sans laisser pendre aucun filament; puis on reprend cette proposition générale, on la détaille, on la spécialise ; et, à la suite de cette première phrase roide et trapue, on jette des phrases secondaires de plus en plus amples, nombreuses et touffues, de manière à ce que l'ensemble résultant de tous ces détails, la figure sortie de la réunion de tous ces traits, représente à l'œil quelque chose comme une pyramide, dont le sommet est le commencement de la phrase totale, et dont la base est son épanouissement. Une autre, forme également primordiale, c'est précisé-
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inouï le contraire de la forme précédente. On commence par ii h <* grande profusion de phrases un peu molles, exprimant des propositions an peu vagues; viennent ensuite des phrases successivement moins nombreuses cl plus fermes, exprimant des propositions plus convergentes et plus nettes. Enfin, il y a un moment on tontes les phrases, insensiblement raccourcies, sont réduites a une seule, et où toutes les propositions, insensiblement rapprochées, aboutissent à une idée; alors, toute l,i phrase se condense, et toute l'idée se résume en un dernier trait, court, précis et vigoureux, de manière adonner à l'aspect général de la phrase résultante la figure d'une pyramide renversée.
H y a, avant de passer outre, une remarque à faire sur la singularité du rapport qui existe entre la phrase et l'idée, dans les deux formes de style que nous venons de mentionner et de caractériser. En l'une et en 1 autre, le gins bout de l'idée correspond au [•et i t bout de la phrase, et réciproquement. Par exemple, dans la première forme, l'idée commence par se donner dans une généralité, c'est-à-dire par se donner en masse, et finit par se donner dans plusieurs spécialités, c'est-à-dire par se donner en détail; tandis que, dans cette même forme, la phrase commence par des membres courts, continue par des membres successivement plus longs, et finit par un épanouissement de draperie et de couleurs, qui la font ressembler à un bouquet dont la queue serait en haut et les fleurs en bas. Dans la seconde forme, c'est précisément tout le contraire. La phrase débute par du nombre, par de l'ampleur, par une grande prodigalité dans le son et dans le terme, et con-
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tinue en se dégradant, en s affaiblissant, en s'éteignant; tandis que l'idée, au contraire, commence par montrer timidement une de ses faces, puis l'autre, puis toutes; c'est-à-dire qu'elle est timide et toute honteuse, lorsque la phrase prend des airs et se pavane; qu'elle éclate et qu'elle rayonne, lorsque la phrase s'alanguit et se meurt.
La troisième forme de style n'est, à proprement parler, qu'un composé des deux formes précédentes, en ce qu'elle consiste à les réunir toutes deux, soit dans l'ordre où nous les avons placées, soit dans l'ordre opposé. Dans le premier cas, qui est le plus commun, la forme résultante commence par une phrase serrée contenant une idée générale, et finit de même, en plaçant dans le milieu le développement dont la phrase initiale est le germe, et dont la phrase finale est le résumé. Dans le second cas, la forme résultante est comme étranglée, au milieu, par cette phrase courte et serrée qui est à la fois résumé et germe, et elle offre à peu près à l'œil l'image de deux pyramides qu'on aurait jointes par le sommet.
Voilà, à la rigueur, les trois types, les trois formules fondamentales auxquelles peuvent être ramenées toutes les phrases possibles. Si l'on considère maintenant que, quoique toutes les créatures humaines aient le même nombre de membres et d'organes, il n'y en a pas deux néanmoins que le grand poëte qui a composé l'épopée du monde ait faites semblables, on comprendra sans peine que, quoique tous les écrivains aient à leur disposition le même nombre de types, ils tirent néanmoins de leur combinaison infinie des phrases qui paraissent et qui sont complètement individuelles. Il n'appartient à personne de