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de ims prières : Que votre règne arrive sur In terre comme au ciel '
Nous disions que le christianisme devint tout d'abord, naturellement, simplement, logiquement, non seulement une puissance religieuse, mais encore une puissance sociale. En effet, il se trouvait, en proposant ses dogmes, proposer en même temps un programme complet de morale, de famille, et par conséquent de Législation, et, dès lors, tous ceux qui acceptaient ses dogmes devenaient naturellement ses justiciables, justiciables d'autant plus soumis à te tribunal, sujets d'autant plus fidèles à ce gouvernement, qu'ils n'étaient déterminés à le subir que par l'effet de leur volonté réfléchie et de leur conviction profonde. Or, les lois les plus fortes ne sont autres que celles auxquelles on obéit le plus volontiers.
On peut donc voir d'ici à quel point sont ridicules et niaises les accusations de ceux qui ont reproché au christianisme davoir voulu usurper le gouvernement du monde. Le christianisme n'est pas allé aux peuples, les peuples sont allés à lui. 11 a proposé aux nations de certains axiomes relatifs à la morale, à la famille et aux lois; les peuples oui accepte ces a\ioines: et, par conséquent, se sont soumis au christianisme, duquel ces axiomes émanaient. En outre, ces axiomes étaient assez compréhensibles pour embrasser l'homme tout entier, pendant sa vie et après sa mort ; et. par conséquent, en acceptant ces axiomes dans leur contenu, les peuples ont remis au christianisme leur vie en ce monde et en l'autre. Le christianisme a donc, il est vrai, un pouvoir qui comprend tout l'homme, et. par conséquent, tous ses actes, quels qu'ils soient : m. lis ce pouvoir n'existe qu'à la condition d'être sincè-
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renient accepté par ceux qu'il régit. Est-ce là ce qu'on appelle «ne usurpation?
C'est donc par cette adhésion des peuples aux dogmes prêches par les apôtres que la société chrétienne se forma. Toutes les fois qu'un païen se convertissait, c'est-à-dire se changeait, il cessait d'être ce qu'il avait été jusqu'alors; il acceptait une règle de conduite nouvelle, et une manière nouvelle aussi d'apprécier les hommes, les choses et les idées. Une foule d'actions qui, jusqu'à ce moment, lui avaient été permises, lui furent interdites; une foule de sentiments avec lesquels il avait vécu, lui furent défendus. Sa règle, son critérium, sa loi, ne fut donc plus dans la société qu'il quittait, mais dans la société où il entrait. Il ne se maria plus selon les païens, mais selon les chrétiens ; il ne considéra plus sa femme et ses enfants d'après les principes païens, mais d'après les principes chrétiens ; de telle sorte que le christianisme, sans faire aucune violence à la société établie, et en lui fournissant, au contraire, des magistrats plus intègres, des soldats plus braves, des femmes plus dévouées et plus pures, la démolissait néanmoins avec plus de vigueur que ne l'eût fait le plus redoutable bélier, car elle lui enlevait un à un tous ses membres. Une fois admis dans le christianisme, les néophytes qui en acceptaient les dogmes en acceptaient, à plus forte raison, la discipline : ce qui faisait que toute contestation de chrétien à chrétien ne se portait plus devant le préteur, mais devant l'évêque. Tertullien avait donc ses raisons, quand il déliait, dans Y Apologétique, tous les tribunaux de Rome de nommer un chrétien qui eût jamais comparu devant eux.
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ïnni U' monde sait comment les empereurs romains, alors maîtres de l'Occident, voulurenl forcer 1rs converti* à rentrer dans le paganisme, ce qui montre bien clairement encore que le christianisme ne procédai! pas en envahissant, en usurpant, mais en se retirant à l'écart. On sait, en outre, que toutes les tentatives dos empereurs furent vaines, et que, dès le commencement du quatrième siècle, Constantin passa lui-même du côté des persécutés. A partir de Constantin jusqu'à la fin du cinquième siècle, le christianisme alla gagnant du terrain sur cette puissance de César, qu'il avait pourtant toujours respectée. Les populations chrétiennes ne voulaient pas. et, naturellement, ne pouvaient pas vouloir d'autre magistral que lui: il devenait peu à peu, dans son ordre d idées à lui, dans ses principes et dans ses dogmes, décurion, prêteur, comte et préfet des provinces. De même qu'une génération chrétienne remplaçait une génération païenne, de même une autre nature d'administration se formait pièce à pièce et s'organisait, écorce nouvelle qui poussait siius la vieille écorce, qui la soulevait, qui l'isolait de l'arbre, et qui lui ôtait ainsi toute communication avec les sources de la vie. Ce mouvement d'extension du christianisme est un spectacle magnifique, représenté dans les idées morales et domestiques par les écrits des pères, dans l'administration, par les lettres décrétâtes des papes, dans la législation générale, par les conciles.
On ne peut pas dire aujourd'hui ce que le christianisint serait devenu, sans un grand événement qui arrêta son développement politique; cet événement, c'est l'invasion des barbares.
L'invasion commença au mois de décembre de l'année
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406, et continua jusqu'à la fin du cinquième siècle. Ce* i est la seconde des t rois périodes de l'établissement du christianisme que nous avons annoncées.
Il naquit pour le christianisme deux Immenses obstacles de l'invasion. Les voici par ordre : le premier, ce fut la nécessité de recommencer l'apostolat et les conversions. Tous les barbares étaient idolâtres ou hérétiques. Les meilleurs, qui étaient les Goths, étaient ariens. La bonne terre de l'empire romain, défrichée par la main des apôtres et des pères, et fertilisée par le sang des martyrs, fut donc recouverte en 400 par un flot immense et profond de barbares, qui y déposa une épaisse couche de limon païen. Alors il fallut reprendre la bêche qui sème et quitter la faucille qui moissonne. Et, comme l'invasion continuait incessamment, avec de courtes intermittences, comme les Alains succédaient aux Vandales, les Yisigoths aux Alains, les Bourguignons aux Visigoths, les Francs aux Bourguignons, les Saxons aux Francs, les Huns aux Saxons, ce furent, pendant tout un siècle, des travaux continuels, continuellement détruits, des conquêtes continuellement rendues vaines, des idées à demi écluses continuellement fauchées avant leur maturité, jusqu'à ce que ces eaux débordées eurent trouvé leur rivage, jusqu'à ce que ces laves brûlantes, coulant du cratère des steppes asiatiques, se furent refroidies et arrêtées, jusqu'à ce que ces oscillations perpétuelles d'hommes, de familles et de civilisation, se furent immobilisées dans un complet équilibre.
Le second obstacle fut plus grave encore, et il demande à être nettement exposé. Les barbares de l'invasion étaient, comme nous disons, arriérés par rapport au
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niipinlr idin.iiu où ils faisaient irruption, el voici de quelle manière : Noua ayons déjà expliqué comment c'e i une loi nécessaire de l'histoire, que tons les peuples commencent par l«' gouvernement des races nobles, et continuent par le gouvernement des races bourgeoises, nées de l'émancipation des esclaves. \u cinquième siècle, les races uobles de tout l'empire romain étaient disparues, el 1rs races bourgeoises étaient nées. Parmi les barbares, au contraire, l'esclavage primitif était encore dans toute sa vigueur; il n \ avait pas d'affranchis, à plus forte raison pas debourgeois. Cela est si vrai, qu'en France, où les bourgeoisies romaines existaient déjà très - florissantes avant d'avoirété recouvertes par L'invasion, L'émancipation des communes et la formation * lu tiers-état ne sont revenues qu'au treizième siècle, six cents ans après l'invasion. Le christianisme se trouva tout d'un coup en quelque sorte dépaysé : au Lieu d'avoir affaire à des populations, comme celles du monde romain sous Honorais, il eut affaire à des populations, comme celles du monde romain sous Tarquin le Superbe; populations féodales, populations de maîtres el d'esclaves, populations qui reportaient toutes choses à mille ans en arrière; populations qui rètablissaienl tuut ce que le christianisme avait aboli, l'inégalité de nature pour l'espèce humaine, l'autorité absolue pour le père, la sujétion pour la femme, le droit d'aînesse pour les enfants.
Alors furent arrêtes tout court les progrès politiques du christianisme. Les nouveaux maîtres du monde ne le voulurent plus pour administrateur el pour magistrat, et c< La se conçoit sans peine, quand on se place au point de vue de leur position. Possesseurs, comme les anciens lié-
ros d'Homère, de vastes domaines et de nombreux esclaves, ils ne pouvaient pas admettre chez eux d'autre autorité que la leur. Tout ce qu'ils firent, ce fut de souffrir que le christianisme devînt propriétaire, noble, gentilhomme comme eux ; qu'il eût dans ses possessions, tomme eux dans les leurs, trône et main de justice; qu'il commandât, comme eux, à ses esclaves, et qu'il eût. comme eux, juridiction sur ses serfs.
La noblesse de l'invasion tenta donc de gouverner l'Europe, comme t'avait tenté la noblesse de l'ancienne Grèce et de l'ancienne Italie ; elle eut pour dogme sa lance, et pour morale son bon plaisir, comme toute puissance absolue; elle accepta Dieu pour égal et non point pour sapérieur sur la terre ; elle prit en main la conduite de la société, et, à coups de sabre et à coups de lois, elle charpenta du mieux qu'elle sut l'édifice enchevêtré du moyen âge.
Si le christianisme ne fut pas entièrement refoulé dans le sanctuaire par ces rois de la conquête; s'ils ne lui reprirent pas toute l'action sociale qu'il avait conquise avant leur venue; et si quelques principes religieux filtrèrent toujours à travers les joints des capitulaires, cela tinta un événement singulier, à une fraude sainte et inouïe, à une mystification pieuse et incroyable, la plus étrange surprise qui se soit faite dans l'histoire des nations. A la fin du huitième siècle, un moine espagnol inconnu, qu'on désigne par le nom d'Isidore, imagina de fabriquer près de quatre cents lettres des premiers papes jusqu'à saint Silice, lettres adressées à divers évêqoes de la chrétienté, et relatives à des points de doctrine et d'administration. Or, le principal caractère des fausses décrétâtes, c'est de ramener toutes les choses sociales à l'unité catholique et
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pontificale, <mi ne s'est aperçu de la fausseté de ces dé* crétales qu'au concile de Bftle, eu 1431; et, comme Leur esprit est parfaitemenl conforme au dogme catholique, e( qu'elles oe sont peut-être au fond qu'une anticipation de quelques siècles sur l'histoire du monde, toute l'Europe y crut de bonne foi, même l'Eglise. Gela donna donc aux papes une puissance politique el réglementaire immense; mais cela leur créa aussi leurs querelles avec les empereurs d'Allemagne et avec la maison de Valois; et comme la force qu'ils tiraient des décrétâtes était une force factice el née d'un mensonge, quoique l'Église s'en servît avec lovante, ce triomphe subreptice ne servit plus tard qu'à les faire tomber de plus haut.
Donc, la noblesse de l'invasion ôta les rênes de l'Europe au christianisme, et les prit dans sa main. Elle accomplissait en aveugle la destinée de toute noblesse. Elle travaillait à son anéantissement. Elle passa près de dix siècles à batailler pour marquer la frontière des divers États actuels de l'Europe, et pour en chasser les ennemis du dehors. Au treizième siècle, elle était déjà si épuisée, et sa cause avait fait des pertes si cruelles, qu'elle fut obligée de se recruter par des anoblissements. C'était un mauvais signe. Du reste, on n'est en droit de lui adresser aucun reproche; elle a tout fait de ce que peuvent les forces humaines pour rester à la tête des sociétés ; elle a été guerrière avec héroïsme, législatrice avec sagesse, poëte avec éclat et grandeur ; mais tout cela ne devait pas l'empêcher de périr. Au seizième siècle, elle tenta un dernier effort ; sentant que le monde lui échappait, sentant que le christianisme qu'elle avait souftleté par ambassadeur était plus solidement établi
qu'elle, sentant qu'en définitive le dogme religieux est toujours la seule base possible des lois, et quelle ne renfermait pas en elle le dogme religieux, c'est-à-dire la source des lois et du droit, elle eut l'idée, l'idée gigantesque mais impossible, on le verra un jour, de se faire elle-même puissance religieuse, de se créer pontife et roi, comme César à Rome, et comme Melcbisédecb dans le désert. Elle fit donc la réforme en l'appuyant; car la réforme, sur laquelle on a de notre temps toute espèce d'idées singulières, fut moins faite par Luther que par une douzaine de seigneurs allemands et par Henri VIII, qui voulaient se soustraire à l'action du pape, en se déclarant papes chez eux.
Cette dernière tentative fut vaine ; un fait, né de la noblesse, la royauté, l'envahissait pur en haut; un autre fait, né aussi de la noblesse, la bourgeoisie, l'envahissait par en bas. Chacun sait comment cela a fini. La noblesse du moyen âge, comme la noblesse de l'ancienne Italie et de l'ancienne Grèce, a péri à la tâche; et le globe du monde, qu'elle portait dans sa main droite comme une impératrice, a roulé dans le sang sur la place de la Révolution.
La noblesse morte, il semble que le gouvernement de la société, quelle avait ôté au christianisme, devait revenir au christianisme; oui, selon les idées; non, selon les faits. Il s'est opéré sous nos yeux, depuis un demisiècle, une nouvelle invasion de Huns, de Quades, de Saxons et dellérules; ce sont les bourgeois. Ces nouveaux conquérants de l'Europe recommencent ce que la noblesse a essayé de faire, ce qui lui a coûté la vie, et ce. qu'elle n'a pu achever; ils tentent d'asservir l'Occident, de s'en rendre maîtres et de le gouverner. Ceci coin-
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menée la troisième période de I histoire du christianisme.
Les bourgeois oui ou sonl capables de se donner toutes les qualités humaines ; ils sont braves, ils sonl législateurs, ils sont poètes. Us ont fait à travers l'Europe des guerres qui rendraient jaloux Roland et Dunois; ils mil composé des lois qui feraient envie à Gharlemagne, a Wisogast, à Bodogast, Salogast et à Windogast, les quatre vieillards qui rédigèrent la loi salique; ils ont rcrit des poèmes et «les histoires, comme Joinville el le roi Adenès eux-mêmes n'en écrivaient pas; ils font, pour conserver le gouvernement de la société, d'aussi énergiques efforts qu'en fit jamais la noblesse; et cependant, ils sentent d'une manière vague que la société leur échappe, et qu'ils ne la tiendront pas longtemps.
Depuis qu'ils ont abattu la noblesse, les bourgeois lui ont quelquefois, et avec peu de générosité, adressé des railleries et des injures; ils l'ont plaisantée surtout avec amertume sur la légitimité qu'elle s'attribuait. Non, la noblesse n'était pas légitime; non, elle ne contenait pas en elle le principe absolu des lois; non, elle n'avait pas un droit imprescriptible sur le monde. Mais où est donc, s'il vous plaît, votre légitimité, ù bourgeoisie ! qui êtesvous, sinon des vainqueurs, comme tous les vainqueurs? Pour quelle raison la conduite de la société vous appartiendrait-elle? Qui est-ce qui vous a créée césar et pontife'.' Quand vous faites des lois, sur quoi les asseyez-vous, si ce n'est sur les idées morales? et expliquez-nous donc comment la règle des idées morales se trouve en vous!
Ainsi, plus les bourgeoisies victorieuses trouvent de raisons irréfragables contre le gouvernement des nobles, plus elles en fournissent contre leur propre gouverne-
ment. Les bourgeois sont des hommes, comme les nobles, et dans les mêmes conditions de faiblesse, d'erreur et d'ignorance. 11 n'y a de moins que l'écusson et la devise.
Il est donc démontré pour nous, à cette heure, que les bourgeoisies ne pourront pas plus gouverner le monde que la noblesse ne Ta gouverné. La raison de cela, c'est que les hommes ne contiennent pas en eux la raison des lois et la source du commandement. Les lois civiles tomberont comme sont tombées les lois féodales, parce qu'il n'y a pas plus de pouvoir civil que de pouvoir féodal; parce que le seul pouvoir réel est celui que donne la révélation faite aux hommes de leur origine et de leur fin, et que cette révélation n'appartient qu'à Dieu.
Il n'y a donc que des esprits étroits qui se confient dans ce qu'ils appellent 1 éducation des masses, pour arriver à la constitution d'un pouvoir social définitif; les masses éclairées ne donneront jamais qu'une bourgeoisie impuissante, comme celle d'aujourd'hui, et comme la noblesse que celle-ci remplace.
Maintenant, à quelle époque se verra cette chute inévitable de la bourgeoisie, et de quelle façon le christianisme reprendra-t-il le gouvernement du monde? c'est là le secret de Dieu. Toujours est-il que, d'ici là, il doit y avoir un tiraillement perpétuel en Europe, causé par la progression du pouvoir spirituel et par la résistance de l'empiétement civil; tiraillement qui peut prendre bien des formes et causer bien des désastres ; qui s'aperçoit déjà sur quelques points de l'Europe, mais dont l'issue ne doit effrayer aucun chrétien.
Voilà la cause dogmatique des troubles européens que M. l'abbé Lacordaire nous paraissait avoir négligée.